Wang Chao et son interprète
Le 2 juillet au cinéma Lux

Fantasia est tourné à Chongqing, surnommée la ville-montagne. Il y a une part d'autobiographie dans le film. Wang Chao est fils d'ouvriers et alors qu'il travaillait dans une usine de sidérurgie, il s'est cru atteint d'une grave maladie car il crachait du sang.

Fantasia garde les traces de son premier scénario, écrit il y a dix ans, et intitulé Papa est malade, pour toute sa partie quasi documentaire sur la vie des petites gens à la périphérie d'une mégalopole chinoise soudain déstabilisées par la maladie du père. La longue errance du père suivi par le fils, les scènes à l'hôpital ou à la maison, le stand de vente de journaux ou la boite de karaoké sont constituées de séquences peu scénarisées.

Ai-je bien compris la question ?
Wang Chao explique la fin de son film

Le physique particulier du jeune acteur principal, apparemment grand propre et lisse, mais aussi mutique et fragile a conduit à lui donner plus d'importance et à développer la partie au bord de la rivière où il erre réellement ou en rêve et qui constitue une sorte d'échappatoire au monde réel. Ces séquences sont filmées à la grue en plan fixe ou en lent traveling dans une atmosphère irréelle, brouillard accentué laissant l'arrière-plan des tours dans le flou avec de longues focales ou en accentuant la couleur orange des réverbères.

Dans le scénario, il était écrit que Lin dans la dernière séquence à l'hôpital, voyait son père partir vers la lumière. Mais au moment du tournage, il manquait de projecteurs pour faire l'appoint supplémentaire de lumière. Wang Chao a donc improvisé cette séquence heureuse de gymnastique, tirée de la 6e série des exercices du matin et pratiquée sous Mao.

O sole mio, l'air napolitain joué à la trompette, n'est pas une référence à Fellini. C'est un air très populaire en Chine. Lin voudrait un père en bonne santé; ainsi il se refugie auprès du trompettiste sur le bateau. De même il voudrait garder intact l'honneur de la famille et ne sait comment réagir lorsqu'il découvre son professeur avec sa mère sur le lit conjugal. Il n'est pas certain du tout qu'il tue son père à l'hôpital. Il voudrait surtout le voir heureux. Il ne reste ensuite pas même ses amis sur le bateau juste l'air de trompette qui continue. La fin du film où Lin reste seul au bord de l'eau est un hommage au 400 coups où le jeune Antoine reste seul devant la mer.

Son prochain film, Looking for Rohmer est tourné en grande partie en France mais c'est l'adaptation de son livre paru en France sous le titre Adieu au Tibet. Plus qu'un hommage au cinéma de Rohmer, c'est un hommage à la recherche obstinée du personnage du Rayon vert qui a motivé le choix du titre.

Jean-Luc Lacuve, le 03/07/2015

 

Retour à la page d'accueil