La même année où il invente le fusif photographique, Marey construit le chronophotographe à plaque fixe. Il aménage une chambre noire classique avec un obturateur en forme de cercle et percé d'une fente, devant la surface photo-sensible (étain recouvert de gélatino-bromure d’argent). Une fois en rotation, la fenêtre du disque laisse passer de la lumière qui vient s'impressionner sur la pellicule. L'opération est repétée plusieurs fois et l'on obtient ainsi la décomposition d'un mouvement sur une seule photographie. La superposition des images oblige cependant à prendre un sujet clair devant un fond noir (le noir n'impressionnant pas sur une pellicule).

chronophotographe sur plaque fixe
la marche de l'homme 1886

Marey a l'idée, pour remédier à ce problème de poser des bandes réfléchissantes sur les membres du sujet le réduisant ainsi a des formes géométriques plus nettes et plus interprétables.
Les chronophotographies de Marey sont toutes liées à ses recherches physiologiques : locomotions et mouvements divers de l'homme, du cheval et d'autres animaux, ...

image d'un coureur en costume noir à ligne brillante 1883 E.–J. Marey Balle rebondissante, étude de trajectoire Chronophotographie
image d'un coureur en costume noir à ligne brillante, 1883
Balle rebondissante, étude de trajectoire

 

Le chronophotographe sur pellicule mobile

Marey parvient enfin à résoudre le problème de la séparation des images en 1890 par l'emploi d'une bande de papier sensible, puis d'une pellicule transparente (dite "de Balagny") mesurant 9cm de large et 1m de long.

Grâce à un système perfectionné, la bande s'arrête à chaque prise de vue (ou plutôt, avance par saccade comme pour le cinématographe). Le nombre de vue peut être au maximun de 60 par seconde.


Ce chronophotographe est encore perfectionné en 1893 : Marey combine, dans cet appareil nouvellement appelé "à double usage", la plaque fixe et la bande pelliculaire.

Grace à sa méthode, il obtient des images qui respectent l'égalité des intervalles de temps entre les positions. Tous ces procédés permettent au chercheur français de disséquer au ralenti les différentes phases de la locomotion humaine et animale.

Il publie de nombreux ouvrages traitant de ses travaux dont les principaux sont : La machine animale (1872), La méthode graphique dans les sciences expérimentales (1878), Etude de la locomotion animale par la chronophotographie (1887), Le vol des oiseaux (1890) et Le mouvement (1894).

Marey est nommé membre de l'Académie des sciences en 1878 puis puis élu Président de cette même académie en 1895 et Président de la Société française de photographie en 1894. Il meurt à Paris en 1904.

 

Marey et et le phonoscope de Demenÿ

Marey est l'inventeur de la chronophotographie mais il ne s'interesse pas beaucoup à la projection, le zootrope répondant souvent à son attente. Il fabrique néanmoins un projecteur chronophotographique rudimentaire. Mais c'est son disciple et assistant, Georges Demenÿ qui met au point le phonoscope, dénomé ainsi car il sert à "reproduire l'illusion du mouvement de la parole et de la physionomie d'une personne qui parle". Demenÿ, excédé de la réticence de Marey se brouille avec lui. Mais, il peine à trouver des associés et ne parvient pas à empecher les recherches solitaires de Louis Lumière. Ecarté des processus industriels, son apport à l'histoire de la technique cinématographique ne sera pas reconnu.

 

Source : Laurent Mannoni, Le grand art de la lumière et de l'ombre. Editeur Nathan Université, 1999.


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Le chronophotographe
1882