Etienne-Jules Marey est né à Beaune en 1830. Etudiant à la faculté de médecine de Paris et interne à l'hôpital Cochin, il soutient, en 1859, une thèse sur la circulation du sang à l'état physiologique et pathologique. Très vite il abandonne ses recherches médicales au profit de la physiologie. Il est nommé professeur d'histoire naturelle au Collège de France en 1867 où il installe un laboratoire. Interéssé par la fonctionnement du coeur, il invente le sphygmographe, appareil permettant d'enregistrer les battements de cet organe.

Il prend connaissance en 1870 des travaux de l'américain Muybridge, et décide de concentrer ses recherches sur la décomposition du mouvement. Il invente alors une série d'appareil pour atteindre cet objectif, mais ce n'est qu'en 1882, après avoir vu les images de cheval au galop réalisées par Muybridge, qu'il utilise la photographie.

Ayant vu le dispositif de Muybridge, emcombrant, compliqué et nécessitant beaucoup de main d'oeuvre, Marey invente un appareil avec les mêmes fonctions mais de taille réduite. C' est en réalité un fusil de chasse, dans lequel la chambre a été remplacée par un obturateur et le viseur, par un rouleau de pellicule flexible enroulée autour d'un cylindre, et qui permet de prendre plusieurs photos à la fois. Il utilise des plaques humides au collodion qui sont remplacées par les plaques sèches au bromure d'argent puis par la première bande de papier sensible. Intéressé à ses travaux, Marey recevra bientôt la visite d'Edison, qui s'en inspirera pour son kinetoscope. Marey a quasiment inventé la caméra mais la question de projection ne l'a jamais interessé. Il crée ainsi le fusil photographique en 1882, appareil permettant de prendre 12 vues par seconde.

 

Le chronophotographe à plaque fixe

La même année, il construit le chronophotographe à plaque fixe. Il aménage une chambre noire classique avec un obturateur en forme de cercle et percé d'une fente, devant la surface photo-sensible (étain recouvert de gélatino-bromure d’argent). Une fois en rotation, la fenêtre du disque laisse passer de la lumière qui vient s'impressionner sur la pellicule. L'opération est repétée plusieurs fois et l'on obtient ainsi la décomposition d'un mouvement sur une seule photographie. La superposition des images oblige cependant à prendre un sujet clair devant un fond noir (le noir n'impressionnant pas sur une pellicule).

chronophotographe sur plaque fixe
la marche de l'homme 1886

Marey a l'idée, pour remédier à ce problème de poser des bandes réfléchissantes sur les membres du sujet le réduisant ainsi a des formes géométriques plus nettes et plus interprétables.
Les chronophotographies de Marey sont toutes liées à ses recherches physiologiques : locomotions et mouvements divers de l'homme, du cheval et d'autres animaux, ...

image d'un coureur en costume noir à ligne brillante 1883 E.–J. Marey Balle rebondissante, étude de trajectoire Chronophotographie
image d'un coureur en costume noir à ligne brillante, 1883
Balle rebondissante, étude de trajectoire

 

Le chronophotographe sur pellicule mobile

Marey parvient enfin à résoudre le problème de la séparation des images en 1890 par l'emploi d'une bande de papier sensible, puis d'une pellicule transparente (dite "de Balagny") mesurant 9cm de large et 1m de long.

Grâce à un système perfectionné, la bande s'arrête à chaque prise de vue (ou plutôt, avance par saccade comme pour le cinématographe). Le nombre de vue peut être au maximun de 60 par seconde.


Ce chronophotographe est encore perfectionné en 1893 : Marey combine, dans cet appareil nouvellement appelé "à double usage", la plaque fixe et la bande pelliculaire.

Grace à sa méthode, il obtient des images qui respectent l'égalité des intervalles de temps entre les positions. Tous ces procédés permettent au chercheur français de disséquer au ralenti les différentes phases de la locomotion humaine et animale.

Il publie de nombreux ouvrages traitant de ses travaux dont les principaux sont : La machine animale (1872), La méthode graphique dans les sciences expérimentales (1878), Etude de la locomotion animale par la chronophotographie (1887), Le vol des oiseaux (1890) et Le mouvement (1894).

Marey est nommé membre de l'Académie des sciences en 1878 puis puis élu Président de cette même académie en 1895 et Président de la Société française de photographie en 1894. Il meurt à Paris en 1904.

Marey et le phonoscope de Demenÿ

Marey est l'inventeur de la chronophotographie mais il ne s'interesse pas beaucoup à la projection, le zootrope répondant souvent à son attente. Il fabrique néanmoins un projecteur chronophotographique rudimentaire. Mais c'est son disciple et assistant, Georges Demenÿ qui met au point le phonoscope, dénomé ainsi car il sert à "reproduire l'illusion du mouvement de la parole et de la physionomie d'une personne qui parle". Demenÿ, excédé de la réticence de Marey se brouille avec lui. Mais, il peine à trouver des associés et ne parvient pas à empecher les recherches solitaires de Louis Lumière. Ecarté des processus industriels, son apport à l'histoire de la technique cinématographique ne sera pas reconnu.

 

Source :Laurent Mannoni : Le grand livre de la lumière et de l'ombre. Editeur Nathan Université, 1995.

 


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(1930-1904)