Le fondu enchaîné est un mode particulier de montage par lequel on passe d'une image A à une image B. A disparaît progressivement. En même temps, B apparaît alors que A n'a pas encore quitté l'écran. Si bien que, pendant un instant, A et B se superposent : il y a comme une courte surimpression.

Figure de ponctuation et de démarcation, le fondu enchaîné marque, la plupart du temps, un enchaînement entre deux épisodes différents d'un film. Il ne se réduit presque jamais à la simple transition narrative entre deux séquences mais possède une force figurative propre. Il permet de changer de lieu, de lier intimement cause et conséquence et a longtemps servie de point d'entrée ou de sortie d'un flash-back.

1- Fondu-enchainé : changer de lieu.

Le fondu enchainé offre aussi la possibilité de lier des actions séparées dans l'espace. Dans Bel-Ami, l'enseigne lumineuse "Folies bergere" qui s'attarde sur le plan de l'intérieur signale discrètement qu'est reproduit le tableau d'Edouard Manet, Un bar aux Folies bergère.

Lier extérieur et intérieur dans Bel-Ami (voir : Folies Bergère)

Plus virtuose, Vincente Minnelli raccorde trois espaces liés par une même réaction de refus dans Les ensorcelés.

Trois refus enchainés par des téléphones dans Les ensorcelés (voir : refus)

Suite rédemptrice de Vertigo, le thème majeur de La mort aux trousses est la force de l'amour à passer l'éponge sur les trahisons. Il s'incarne dans les deux fondus-enchainés du film. Le premier voit Eve Kendall envoyer Roger Tornhill à la mort : le visage de la jeune femme s'efface progressivement sur l'étendue désertique où l'avion sulfateur viendra mitrailler Roger Tornhill. Le second en est la réplique rédemptrice : à l'aéroport, Roger Tornhill, comprenant les explications du Professeur sur le dévouement de la jeune femme, se projette déjà sur les statues du mont Rochemort où il sauvera celle qu'il aime de la mort. La beauté plastique de ces deux fondus-enchainés a été particulièrement soignée par Hitchcock : dans le premier, la diagonale de la route vient barrer le visage d'Eve et, dans le second, un projecteur d'avion vient éclairer de blanc de visage de Roger pour préparer sa superposition sur les faces crayeuses des sculptures des pères fondateurs de l'Amérique


2 - Fondu-enchainé : l'écoulement du temps

Dans Bel-Ami, Georges Duroy, pauvre mais ambitieux, se verrait bien journaliste. Mais s'il a des idées, il est incapable d'écrire. Les feuilles de brouillon s'accumulent sur son bureau durant la nuit. Le fondu-enchaîné offre matérialise là une l'ellipse de courte durée.

(voir : écrire)

3-Fondu-enchainé : projection d'une idée dans le temps

Le fondu-enchainé peut aussi matérialiser la liaison cause-conséquence avec une ellipse d'amplitude bien plus grande et un changement de lieu. Dans Les poupées du diable (Tod Browning), Lavond sous son déguisement de "Madame Mandelip" a envoyé ses poupées chez Radin afin qu'il soit entièrement soumis à sa volonté : il sait ce qui sera demain dans le journal. Dans bel-Ami, madame Walter effondrée que celui-ci veuille épouser sa fille Suzanne cherche à le perdre : elle ira voir le maire de Canteleu où résidait le dernier des De Cantel dont bel Ami veut s'approprier le titre de noblesse.

Dans Obsession, De Palma met en place deux fondu-enchaines traduisant la difficulté pour Michael Courtland d'échapper au souvenir d'Elizabeth auquel il a consacré un mausolée puis son désir de se rendre là où il pourra en retrouver l'image... dans légliseSan Miniato al Monte.

Voir : contexte

4-Fondu-enchainé : point d'entrée ou de sortie d'un flash-back.

Le flash-back s'est longtemps signalé par un fondu-enchainé et les images qu'il introduit sont souvent surexposées ou tramées. C'est comme un écriteau : "attention ! souvenir". Certains sont néanmoins très beaux. Ainsi le fondu-enchainé sur la tête baissée de Casque d'or qui vient d'assister à l'exécution de Roland. Il amorce un flash-back mental. Casque d'or se remémore sa danse avec Roland sur la piste de danse de la guinguette dépourvue cette fois des autres danseurs et bientôt de toute présence humaine : le couple étant aspiré par le fond du plan. Les onze flash-back des Tueurs sont amorcés et terminés par des fondus-enchainés.

Dans Le Parrain 2, Coppola magnifie les points d'entrée des flashes-back dans des fondus-enchainés plastiquement très travaillés.