Editeur : Carlotta-Films. Novembre 2007.

Suppléments:

  • Compte à rebours : À bout portant ou la dernière vie des Tueurs (18 mn) Serge Chauvin, Maître de conférences, analyse les différentes évolutions esthétiques et thématiques qui marquent la rupture entre film noir (Les Tueurs) et polar urbain (À bout portant).
  • Don Siegel : Le dernier des géants (16 mn) Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma des années 70 et auteur de nombreux ouvrages, revient sur la carrière de Don Siegel, sur son goût prononcé pour le réalisme et sur la dimension opaque de ses héros.

Deux tueurs à gages, Charlie et Lee, arrivent dans une institution pour aveugles. Leur mission : tuer Johnny North, qui travaille dans cet établissement. North n'essaie même pas de leur échapper et se laisse tuer.

Intrigué par son attitude, Charlie commence à se demander pourquoi leur employeur anonyme, qui les a payés grassement, voulait la mort de Johnny.

 

Compte à rebours : À bout portant ou la dernière vie des Tueurs
par Serge Chauvin (0h18)

La situation de départ est identique à celle de la nouvelle d'Hemingway. Deux tueurs terrorisent les habitués d'un bar, ici une institution d'aveugles, alors que leur victime, un sportif déchu, ne tente pas de résister. Il s'agit aussi d'une méditation sur la mort et son acceptation.

Par rapport au film de Siodmak, le récit se déplace de l'interrogation sur l'identité de la victime ou les mobiles du meurtre vers les personnages de Charlie et Lee. Ce n'est plus un enquêteur des assurances banal mais par les tueurs eux-mêmes qui mènent l'enquête, redonnant au titre une pleine signification.

De Johnny North on sait très tôt qu'il a été coureur automobile et pris dans un braquage ce qui supprime près de la moitié des flash-back.

Film noir essentiellement diurne, il se passe dans des villes impersonnelles et interchangeables, Miami, La Nouvelle Orléans, Los Angeles. Dans une société d'abondance aux moyens de transports rapides (trains et voitures), les tueurs sont des professionnels sans états d'âme. Le commanditaire, un criminel en col blanc, est une figure du pouvoir capitaliste. A la mythologie de la boxe, si prégnante dans les années 40, succède une fascination typiquement sixties pour la course automobile. Les cadrages obliques et la mort de North filmée au ralenti soulignent la violence, la froide boucherie de l'exécution frontale.

Lee est puéril, il s'amuse avec les fleurs du vase, l'eau, la sonnette, les petites voiturese et prend soin de lui, boit du jus de carotte, se recoiffe, fait des pompes et se muscle la main. Charlie, sage grisonnant, sait que son temps est compté. Il veut savoir pourquoi on peut accepter la mort. Il découvrira que "celui qui n'a pas peur de mourir est un homme déjà mort". Ce sera le lot commun de chacun des protagonistes.

 

Don Siegel : Le dernier des géants par Jean-Baptiste Thoret (0h16)

Don Siegel occupe une place identique à celle de Peckimpah et Aldrich, assurant le passage du cinéma de studio moribond dans les années 60 au Nouvel Hollywood.

Siegel entre en 1934 a la Warner, firme spécialisée dans le polar. Il réalise quelques films notables comme Les révoltés de la cellule 11, un des premiers films de prison de cinéma américain où il fait preuve d'un réalisme presque documentaire, Baby Face et surtout L'invasion des profanateurs de sépultures qui inaugure le cinéma du complot, de la paranoïa, de l'horreur moderne où l'autre ce n'est plus l'extraterrestre mais le voisin près de chez soi.

C'est la dernière apparition à l'écran de Reagan avant son entrée en politique et son unique interprétation d'un rôle de méchant. Il détestait son personnage. Siegel le convainc de le jouer en évoquant James Cagney ou Bogart dans Le trésor de la sierra madre. Mort de John Kennedy en plein tournage.

Dans les années 60, Hollywood tente de survivre avec des superproductions genre Cléopâtre et le nouvel Hollywood, celui de Bonnie and Clyde n'est pas encore né. On en trouve pourtant trace ici avec des personnages qui ignorent les bonnes causes, agissent pour eux-mêmes, cyniques, égoïstes, pures machines, indifférents au bien de la communauté, solitaires sans attaches. Fin élégante et nihiliste de Charlie qui titube, simule puis s'écroule laissant la caméra s'élever.

Charlie est une marionnette qui essaie de remonter vers les fils du marionnettiste. Il enquête sur les sources du pouvoir. Là, encore incarné dans les mains d'un homme et d'une femme. Dans Dirty Harry et Un espion de trop, le pouvoir est sans limites appartenant à des réseaux. Au bout de la chaîne, il n'y plus un homme mais un système. C'est ce que raconteront les films de Fiedkin, Coppola, Scorsese et Arthur Penn.

Johnny North croit à l'amour, à la passion et au désir. Sheila Farr, sans être amoureuse, a un désir sincère pour lui. Ils seront supprimés et les amis de North s'en sortiront brisés.

 

 

 
présente
 
A bout portant de Don Siegel