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Justine ouvre les yeux, des perdrix mortes tombent du ciel autour d'elle.
Sur la pelouse du parc d'un château un énorme cadran solaire
et, devant lui, une femme en blanc. Dans ce même parc, une mariée,
un petit garçon et une autre femme, avec au-dessus d'eux, Melancholia,
la lune et le soleil. Un cheval s'effondre. Une grosse planète en cache
une plus petite. Justice en robe de mariée peine à avancer retenue
par des fils de cotons qui sortent des arbres. Des oiseaux dorés volètent
autour de Justine. Du courant électrique bleu sort des doigts de Justine
comme des fils électriques derrière elle. Claire, portant son
fils dans ses bras, s'enfonce jusqu'aux genoux dans la terre meuble du terrain
de golf. La petite planète est engloutie dans la grosse.
1-Justine. Le couple Justine et Michael dans une très longue limousine blanche en habits de mariés ne cessent de s'embrasser en souriant malgré un léger tracas : ni le conducteur de la limousine, ni Michael, ni Justine ne parviennent à faire avancer la limousine dans un virage en épingle à cheveux.
C'est ainsi qu'avec deux heures de retard, Justine et Michael, à pied, arrivent dans le château autour duquel est aménagé un golf dix-huit trous où est donnée une somptueuse réception par Calier, la sœur de Justine et John, son beau-frère. Dexter, le père de Justine, fait preuve d'une bonne humeur factice alors que Gaby, sa mère, ne tarde pas à faire un discours provocateur sur l'inutilité du mariage. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...
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Melancholia
est un film sincère, simple dans son propos : il n'y a rien à
espérer de la race humaine. Il, pèche, à notre avis par
le déséquilibre entre son premier motif, l'emphase de la destruction
de l'humanité par une superbe et "amicale" planète
et le second, l'anecdotique histoire du mariage raté de Justine. Certes
dans les deux cas, le désastre est là, le désastre s'annonce
et le désastre aura lieu. Mais sur un mode tellement empathique dans
le prologue et la seconde partie qu'ils prennent en étau la première
partie : le prologue l'écrase et la seconde partie la fait oublier.
Le mariage : pour quoi faire ?
Graduellement l'image idyllique que donne Justine d'elle même se révèle fausse. De centre de la cérémonie de mariage, elle s'éloigne progressivement jusqu'à chasser mari, famille et invités. Alors qu'elle vient d'obtenir une promotion de la part de son patron, elle l'insulte comme on donne une démission. Ce comportement est soigneusement expliqué par une famille borderline : un père enfantin et fuyant, une mère ultra-rigide dans son refus des concessions, une sur raisonnable qui s'est pliée à la volonté de sa sur pour cette cérémonie extravagante mais qui souvent dit la haïr pour cela. Claire est en effet au courant des crises d'autodestruction de sa sur et l'empêche de répondre à la provocation de sa mère. A contrario, Claire ne sera pas là quand Justine incendiera son patron.
L'accord sensible entre Justine et Melancholia fait aussi l'objet de scènes explicatives. Le mal-être de Justine s'annonce par son regard vers le ciel où elle distingue puis ne voit plus la planète Antares dans la constellation du Scorpion.
Tant est si bien que le comportement de Justine finit par n'avoir plus rien de mystérieux : elle est en phase avec la destruction de l'humanité qu'elle a produite à petite échelle et qu'elle ne regrette pas. Comme les animaux, elle accepte la catastrophe et retrouve son calme quand celle-ci survient. La mise en scène vient redoubler le sentiment d'inquiétude à l'image de ces mouvements de caméra tels des yeux hagards. Toutefois, tous les signes les plus forts de la catastrophe ayant été donnés dans le prologue, les petits malheurs de Justine ne nous intéressent que comme un écho assourdi de ce que l'on a déjà vu et de ce que nous attendons avec impatience : la destruction du monde.
Reste donc dans cette partie que de petites surprises tels l'exacerbation du trivial, pisser dans le jardin en habit de mariée les yeux levés au ciel ou son contraire, prendre nue un bain de mélancolie. L'attention se porte sur des détails : le maître de cérémonie qui ne veut plus voir la mariée ; le patron à la recherche de son slogan puis incendié par Justine ; la mère qui justifie de son ostensible et désapprobateur retrait par une phrase bien délicate : "Je n'ai pas été là lors de sa première crotte, je n'ai pas été là lors de son premier rapport sexuel, alors laissez-moi tranquille !" ; le fiancé niais avec son discours inconsistant et les pommiers de son enfance.
Toute la première partie ne semble viser qu'à rendre le lieu désert pour vivre tranquillement la fin du monde sans l'hystérie des foules et de la panique de l'humanité ordinaire.
Bricoler avant de mourir
Alors que Melancholia s'approche de la terre, ne restent donc plus que quatre témoins pour assister au désastre. John se suicide et Justine devient progressivement plus forte que Claire. Leo apparait comme le seul élément vivant, échappant à l'esprit de systéme avec son appareil à mesurer la grosseur de la planète et son envie de construire une cabane que Justine transformera en cabane magique : la seule, esthétiquement, à pouvoir répondre au désastre, mieux, en tous les cas que les proposition du verre de vin sur la terrasse ou chier dans les toilettes
C'est aussi avec son bricolage des références esthétiques, picturales, musicales et cinématographiques que le film séduit. Le prélude de Tristan et Isolde peut paraitre un curieux choix dans ce film où nul amour ne sera décrit. Mais ce serait sans doute oublier la danse de mort : la fusion des deux planètes et l'amour de l'autodestruction dont fait preuve son metteur en scène.
Les références picturales surprennent aussi. La mélancolie, thème majeur de la peinture, fait l'objet d'une longue tradition, de Dürer à Nerval, mais il semble que ce soit la seule représentation de Cranach que retient Lars von Trier avec sa planète à proximité d'un château, ses perdrix et sa longue branche taillée au couteau. La présence de la mort justifie plus ou moins les références à l'Ophélie de John Everett Millais et au David du Caravage. Et le thème de la planète mystique renvoie à Solaris (Tarkovski, 1972) via le tableau Chasseurs dans la neige qui y était aussi montré.
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Mélancolie
, 1532
Lucas Cranach |
Chasseurs
dans la neige , 1565
Pieter Bruegel |
Ophélie,
1852
John Everett Millais |
David,
1610
Le Caravage |
Si l'attention à la matière est proche de Tarkovski, le travail sur l'architecture, le mystère des sphères et la danse de mort renvoient davantage à L'année dernière à Marienbad (Alain Resnais, 1961).
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Ordonnancement et dérèglement : L'année
dernière à Marienbad
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Les ondes, la matière : Solaris
de Tarkovski
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Si certaines des images du prologue sont montrées ou narrées dans les dialogues (Les fils de coton) d'autres restent mystérieuses. On ne sait ainsi pas pourquoi le cheval refuse de passer le pont ou quel est le rôle du bain de lumière mélancolique que prend nue Justine. On ne sait pas trop non plus où se passe la fin du monde : est-ce la maison de Claire ou un golf dix-huit trous louée à proximité pour permettre à "petit père", le fidèle domestique (celui qui sait que son patron a l'habitude de jeter les valises de sa belle-mère) ? De ces mystères qui subsistent à une première vision, peut-être, peut-on en espérer une seconde plus émouvante.
Jean-Luc Lacuve le 12/08/2011
Avec : Kirsten Dunst (Justine), Charlotte Gainsbourg (Claire), Kiefer Sutherland (John), Charlotte Rampling (Gaby), John Hurt (Dexter), Alexander Skarsgård (Michael), Stellan Skarsgård (Jack), Brady Corbet (Tim), Udo Kier (Le maître de cérémonie), Cameron Spurr (Leo). 2h10.
