
Malade, cloîtré, veillé par sa fidèle Céleste, le narrateur, obsédé par l'oeuvre
qu'il veut terminer, égrène les souvenirs qui la nourrissent et regarde les
photos des êtres qui ont compté pour lui : Gilberte, son amour de jeunesse,
mariée à Saint Loup, qui la trompe avec des hommes ou des femmes, dont l'actrice
Rachel ; Odette, mère de Gilberte, que le narrateur a toujours connu belle,
mondaine et mystérieuse ; Albertine, qu'il aima jadis ; ou encore cette coterie
homosexuelle autour de l'oncle de Saint Loup, Charlus, esprit libre et provocateur,
et de son jeune amant Morel, tour à tour gigolo, musicien, journaliste, soldat
puis déserteur pendant la guerre de 14-18. La mémoire du narrateur balance
entre le futile (le salon mondain de Mme Verdurin) et le grave (la guerre
vue de l'arrière, l'évolution de la société, le vieillissement, la mort),
entre l'enfance heureuse, lorsqu'il jouait avec une lanterne magique, et le
Paris de l'époque, où, au hasard d'une alerte aérienne, il se retrouve dans
un bordel de garçons, fréquenté par Charlus et Saint Loup. Ce dernier meurt
à la guerre, Charlus est diminué par une attaque, Morel devient un notable
pontifiant et Oriane de Guermantes, la douairière, tante de Saint-Loup, juge
avec sévérité les transformations de son monde. Le narrateur comprend que
sa mission est de figer dans une oeuvre d'art le temps passé, retrouvé au
hasard d'une sensation : bruit de tasse qui se brise, faux pas sur des pavés
inégaux, etc. Une dernière vision apaisée l'assaille : sur la plage normande
de son enfance, ses proches et lui-même, à tous les âges de sa vie.
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