L'arbre, le maire et la médiathèque
1993

A Saint-Juire, en Vendée, au cœur de la France profonde, Julien Dechaumes, jeune et ambitieux maire socialiste, a pu, grâce à ses relations en haut lieu, décrocher des crédits pour édifier un centre culturel et sportif.

Mais la position politique de Julien s'effrite et sa maîtresse, la romancière Bérénice Beaurivage, trouve des arguments pour décourager l'initiative au nom de la défense de l'environnement. Marc Rossignol, l'instituteur, est encore plus radical dans son opposition : le projet oblige à abattre un arbre centenaire et à polluer avec du béton un cadre "digne de Ruysdael", selon lui. Là-dessus, Blandine Lenoir, journaliste parisienne, s'intéresse à ces remous provinciaux et écrit un article sur le maire, l'instituteur, l'arbre et la médiathèque de la discorde. Son texte est censuré in extremis par Régis Lebrun-Blondet, le directeur du journal, lui-même socialiste, qui veut mettre en avant l'instituteur écologiste au détriment de l'encombrant jeune maire.


Le ton monterait si les enfants ne s'en mêlaient : Zoé, fille de l'instituteur, devient l'amie de Véga, fille du maire, rencontre ce dernier et lui tient le discours du bon sens. Pour elle, l'avenir, c'est de construire des espaces verts... à la campagne. Et, comme le terrain choisi est déclaré impropre à la construction par un fonctionnaire parisien, le projet est abandonné, après quoi, au cours d'une fête champêtre, tous les protagonistes pourront tirer, en chantant, la morale de cette histoire.


L'occasion de confronter la parole de l'homme politique, de la romancière, des journalistes, des enfants. Rohmer privilégie le politique. Même si le projet du maire n'aboutit pas, c'est un être positif qui pense agir pour le bien de tous.

Pour Claude-Marie Trémois : " Le cinéma politique selon Rohmer est un peu spécial. Ne comptez pas sur lui pour vous dicter votre vote. Qui a raison : le maire socialiste d'un village vendéen, qui veut construire une médiathèque dans un pré, ou l'instituteur écolo, qui veut sauver un saule centenaire ? Rohmer applique au politique la méthode de dissection qu'il réservait jusqu'ici aux sentiments amoureux. Et continue d'étudier le rôle des hasards. Ici, il y en a sept... dont on n'est même pas sûr qu'ils déterminent vraiment le dénouement. De quoi discuter à perdre haleine..."

 

Ciné-club de Caen

Avec : Pascal Greggory (Julien Dechaumes), Arielle Dombasle (Berenice Beaurivage), Fabrice Luchini (Marc Rossignol), Clémentine Amouroux (Blandine Lenoir), François-Marie Banier (Regis Lebrun-Blondet), Michel Jaouen (Antoine Pergola). 1h45.