Les rendez-vous de Paris
1994
Avec : Clara Bellar (Esther), Antoine Basler (Horace), Mathias Mégard (Flirt), Judith Chancel (Aricie), Malcolm Conrath (Felix), Cécile Parès (Hermione), Aurore Rauscher (Elle), Serge Renko (Lui), Michael Kraft (Le peintre), Bénédicte Loyen (La jeune femme), Veronika Johansson (L’amie suedoise). 1h34.

LE RENDEZ-VOUS DE 7 HEURES. Esther apprend que son amant Horace a été souvent aperçu en galante compagnie chez «Dame Tartine», un café sur le parvis de Beaubourg. Ébranlée, elle se confie à Hermione, sa meilleure amie, qui lui conseille de rendre Horace jaloux en se montrant elle aussi avec d’autres garçons. Le lendemain, en faisant son marché Boulevard Edgar-Quinet, Esther se laisse aborder par un dragueur à qui elle donne rendez-vous le soir même à sept heures chez Dame Tartine. À peine se sont-ils quittés qu’elle constate la disparition de son portefeuille et en conclut que son dragueur est aussi un voleur. Aricie trouve le portefeuille, qu’elle rapporte aussitôt à Esther. Toutes deux sympathisent et Esther décide d’accompagner Aricie… qui doit retrouver un nouvel amoureux chez «Dame Tartine». Le garçon en question est Horace, qu’Esther fait d’abord mine de ne pas connaître, puis rabroue lorsqu’il la suit dans la rue. Restée seule, Aricie règle les consommations, puis s’en va. À sa table, vient s’asseoir le dragueur, ponctuel au rendez-vous.


LES BANCS DE PARIS. Lassée de Benoît, un amant qu’elle n’aime plus mais qu’elle n’a pas le courage de quitter, une jeune femme retrouve souvent aux Jardins du Luxembourg un professeur très épris d’elle. Désirant changer de quartier, elle entraîne son soupirant à la découverte des parcs et squares de la capitale. Mais à mesure que l’hiver approche, ces rencontres sont de plus en plus inconfortables. Benoît devant se rendre à Lyon, elle propose au professeur de passer un week-end «en touristes» dans un petit hôtel de Montmartre. Arrivée sur les lieux, elle aperçoit Benoît entrer dans l’hôtel avec une autre fille. Écœurée, elle décide de rompre à la fois avec son amant et avec son nouveau soupirant, au grand dam de celui-ci…


MÈRE ET ENFANT, 1907. Un artiste-peintre du Marais reçoit souvent de belles et blondes Nordiques que lui adresse une amie suédoise. La dernière en date le dérange en plein travail; en outre, elle n’aime pas ses œuvres qu’elle trouve «tristes». Après l’avoir accompagnée jusqu’au Musée Picasso, il la quitte en lui donnant rendez-vous le soir même à La Coupole. Mais sur le trottoir, il croise une jolie brune, épouse d’un éditeur d’art, venue prendre des notes sur le tableau «Mère et enfant, 1907». Il la suit dans le musée, puis l’aborde dans la rue et elle accepte d’aller chez lui voir ses peintures, sans pour autant répondre à ses avances. Le soir, la Suédoise n’est pas au rendez-vous. Le peintre rentre chez lui et retouche ses tableaux de teintes plus «gaies». Finalement, la journée n’a pas été totalement perdue…

 

Pour Frédéric Strauss : Jeunes filles qui réfléchissent avec leur coeur et aiment avec leur tête, chassés-croisés d'un raffinement très littéraire : Les Rendez-vous de Paris est un modèle de comédie rohmérienne. Faisant se succéder trois "courts métrages", le film marie légèreté et plaisir des variations subtiles sur un même thème. Histoires simples, modestes, limpides. Si simples, d'ailleurs, qu'elles créent un sentiment d'étrangeté. Ainsi, la relation des amoureux des bancs publics paraît d'abord dénuée d'enjeu, mais le mari absent affirme peu à peu une "présence" troublante. Tous les personnages se retrouvent, en fait, pris dans une situation où ils vont, sans s'en rendre compte, perdre quelque chose. Un portefeuille, ou un amour... La vie leur joue un tour, et Rohmer se montre le plus adroit des illusionnistes. Il trouve dans les rues de la capitale, des rives de la Seine à Montmartre, un décor idéal, entre la carte postale et Les Mystères de Paris.