Providence
1977

PROVIDENCE raconte les chemins tortueux de la création. L'histoire se passe dans l'imagination de Clive Langham, un écrivain célèbre, au cours d'une nuit solitaire, la veille de son anniversaire...

Le narrateur se meurt : il se débat pour concevoir sa dernière œuvre, un roman dans lequel il explore des aspects de lui-même. En même temps, il est submergé de cauchemars : au cours d'un coup d'état, de nombreuses personnes arrêtées sont parquées dans un stade de football...

Petit à petit les personnages qu'imagine Clive sont happés par son cauchemar, le rêve et le roman se fondent, ainsi que les rapports entre les personnages, en particulier ceux de Clive avec Claude et Sonia, sa femme.

Le roman de Clive traite d'un procès où Claude, avocat général, accuse de meurtre un jeune soldat, Kevin. Son implacable réquisitoire dresse contre lui Sonia, très attirée par Kevin. Claude envisage de quitter sa femme pour Helen, sa maîtresse, mais celle-ci vient d'être "condamnée à mort" par les médecins... Étroitement mêlé aux autres personnages, Mark, l'ami le plus intime de Claude, vit avec la fille de Claude et de Sonia.

En fait, au cœur du sujet, il y a le suicide de la femme de Clive Langham : en a-t-il été en quelque sorte responsable ?

La nuit inspirée par la création passe.

Le lendemain il fait un temps superbe, Clive Langham prépare le déjeuner sur la terrasse de sa maison de campagne. Il va fêter ses soixante-dix-huit ans dans une ambiance heureuse. Claude et Sonia arrivent, très amoureux, et fidèles après des années de mariage. On découvre que Molly, la femme de Clive s'est suicidée en se sachant condamnée, qu'Helen n'existe pas et que Kevin est le demi-frère de Claude.

Clive continuera son livre. La "création" lui a fait vivre complètement quelques aspects de sa personnalité...

 

Pour Gilles Deleuze Providence est l'un des plus beaux films de Resnais avec ses redistributions, fragmentation et transformations des états du corps (crépitements organiques) des états du monde (orage et tonnerre), et des états de l'histoire (rafales de mitrailleuses, éclatement de bombes) qui ne cessent d'aller d'une nappe de temps à l'autre, mais pour en créer une nouvelle qui les emporte toutes, remonte jusqu'à l'animal et s'étend jusqu'aux confins du monde.

Il y a beaucoup de difficultés, de ratés dans ce travail du vieux romancier ivre : par exemple trois terrasses empruntées à trois ages, et le footballeur de quelle nappe est-il issu, faudra-t-il le garder ? L'œuvre d'art traverse les âges coexistants, à moins d'en être empêchée, d'être fixée sur une nappe épuisée, dans une fragmentation mortifiée (Les statues meurent aussi)

Image temps p.162

 

Avec : John Gielgud (Clive Langham), Dirk Bogarde (Claude Langham), Ellen Burstyn (Sonia Langham), David Warner (Kevin Langham / Kevin Woodford), Elaine Stritch (Helen Wiener), Cyril Luckham (Docteur Mark Eddington), Denis Lawson (Dave Woodford), Kathryn Leigh Scott (Miss Boon), Milo Sperber (Mr. Jenner), Anna Wing (Karen), Peter Arne (Nils), Tanya Lopert (Miss Lister). 1h40.