PROVIDENCE raconte
les chemins tortueux de la création. L'histoire se passe dans l'imagination
de Clive Langham, un écrivain célèbre, au cours d'une
nuit solitaire, la veille de son anniversaire...
Le narrateur se meurt : il se débat pour concevoir sa dernière uvre, un roman dans lequel il explore des aspects de lui-même. En même temps, il est submergé de cauchemars : au cours d'un coup d'état, de nombreuses personnes arrêtées sont parquées dans un stade de football...
Petit à petit les personnages qu'imagine Clive sont happés par son cauchemar, le rêve et le roman se fondent, ainsi que les rapports entre les personnages, en particulier ceux de Clive avec Claude et Sonia, sa femme.
Le roman de Clive traite d'un procès où Claude, avocat général, accuse de meurtre un jeune soldat, Kevin. Son implacable réquisitoire dresse contre lui Sonia, très attirée par Kevin. Claude envisage de quitter sa femme pour Helen, sa maîtresse, mais celle-ci vient d'être "condamnée à mort" par les médecins... Étroitement mêlé aux autres personnages, Mark, l'ami le plus intime de Claude, vit avec la fille de Claude et de Sonia.
En fait, au cur du sujet, il y a le suicide de la femme de Clive Langham : en a-t-il été en quelque sorte responsable ?
La nuit inspirée par la création passe.
Le lendemain il fait un temps superbe, Clive Langham prépare le déjeuner sur la terrasse de sa maison de campagne. Il va fêter ses soixante-dix-huit ans dans une ambiance heureuse. Claude et Sonia arrivent, très amoureux, et fidèles après des années de mariage. On découvre que Molly, la femme de Clive s'est suicidée en se sachant condamnée, qu'Helen n'existe pas et que Kevin est le demi-frère de Claude.
Clive continuera son livre. La "création" lui a fait vivre complètement quelques aspects de sa personnalité...
Pour Gilles
Deleuze Providence est l'un des plus beaux films de Resnais avec ses
redistributions, fragmentation et transformations des états du corps
(crépitements organiques) des états du monde (orage et tonnerre),
et des états de l'histoire (rafales de mitrailleuses, éclatement
de bombes) qui ne cessent d'aller d'une nappe de temps à l'autre, mais
pour en créer une nouvelle qui les emporte toutes, remonte jusqu'à
l'animal et s'étend jusqu'aux confins du monde.
Il y a beaucoup de difficultés, de ratés dans ce travail du vieux romancier ivre : par exemple trois terrasses empruntées à trois ages, et le footballeur de quelle nappe est-il issu, faudra-t-il le garder ? L'uvre d'art traverse les âges coexistants, à moins d'en être empêchée, d'être fixée sur une nappe épuisée, dans une fragmentation mortifiée (Les statues meurent aussi)
Image temps p.162
