Un prologue muet reconstitue par quelques épisodes la petite enfance de Pier
Paolo Pasolini dans les années 20 à l'époque de son complexe d'Œdipe : le
père, jeune officier jaloux de l'amour que sa femme porte à leur fils, serre
un soir les pieds de l'enfant jusqu'à le faire pleurer.
La légende d'Œdipe roi de Thèbes est ensuite relatée, depuis son abandon dans le désert jusqu'à la découverte finale de l'inceste involontaire, et le départ pour l'exil du roi maudit qui, par son accouplement contre nature a apporté la peste dans le royaume.
En marchant, Oedipe, qui s'est crevé les yeux, et le messager du royaume se retrouvent sous les arcades dites de la Mort à Bologne, en 1967, comme deux vagabonds : l'infirme joue de la flûte, ils traversent quelques lieux urbains puis on aboutit à la campagne, dans le pré où la mère donnait le sein à son bébé dans le prologue.
Le
film est articulé en trois volets. Un prologue par lequel Pasolini
introduit à son récit une note autobiographique, décrit
la scène primitive et la violence du père, qui, accusant son
enfant d'être venu au monde pour le "rejeter dans le néant",
le pend par les pieds pour le castrer ; c'est le volet freudien. Le "volet
Sophocle" nous plonge dans un Maroc de déserts blancs et rocailleux,
une Afrique qui renvoie à la sauvagerie de la Grèce mythologique
et à l'esthétique d'un Pasolini hanté par la culture
populaire, primitive, avec ses teintes ocres et sang séché,
ses armures de quincallerie et ses masques de coquillage et de rafia. Le troisième
volet, d'inspiration marxiste, situe oedipe dans un schéma social,
politique et existentiel. le mythe est ramené à la dimention
humaine. C'est l'éternelle histoire de la victime à la recherche
de la vérité, du bourgeois parricide qui s'engage aux côté
des prolétaires. La quête de purification d'oedipe, son autopunition
prend évidemmment une dimention tragique lorsque l'on sait ce que le
destin a réservé à l'auteur du film.