Le samouraï
1967

Jef Costello, tueur professionnel, est chargé de liquider un patron de boîte de nuit, le "Mathey's". Il prépare soigneusement son coup : sa maîtresse, Jane, sait qu'il est resté avec elle de 7 heures du soir à 2 heures moins le quart ; il a prévenu qu'il serait au cercle de jeu à 2 heures juste. Personne ne le voit entrer au "Mathey's". : seule, la pianiste, Valérie, le croise alors qu'il s'en va et comprend.

Lorsqu'il est arrêté pour vérification d'identité et confronté à de nombreux témoins, personne ne le trahit, mais le commissaire est sûr qu'il est bien l'homme recherché. Alors que Jef va toucher son argent, sur la passerelle du chemin de fer d'Ivry, il est blessé par l'homme censé le payer. Il décide alors de retrouver ses commanditaires, et interroge Valérie. Pendant ce temps, le commissaire tente en vain de faire fléchir Jane sur l'alibi qu'elle fournit à Jef. Jef revoit le tueur de la passerelle et lui arrache l'identité de son employeur : Olivier Rey. Jef réussit à abattre ce dernier, puis retourne au "Mathey's" : la pianiste en sait trop. La police l'y attend. Quand il sort son arme, il est abattu. Le commissaire ramasse son arme et constate qu'elle était vide...

 

Le titre de Samouraï est assez mystérieux, mais outre les citations asiatiques mises en exergue des films de Melville, on peut rappeler que dans les films noirs japonais, policiers et truands sont très proches, et constituent parfois des doubles troublants (comme dans Chien enragé et Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa, ou Hana-bi de Kitano). Cette vision se retrouve chez Melville. Flics et voyous ont des méthodes radicalement différentes, mais ils fréquentent les mêmes boîtes de nuit, parfois convoitent les mêmes femmes, comme plus tard dans Un flic et ici, lorsque F. Perrier interroge la maîtresse du tueur en mettant en oeuvre tous les moyens possibles de séduction, sans succès.

Tous les éléments de l'univers melvillien de la dernière période sont réunis dans cette épure : un malfaiteur mystérieux et laconique, des policiers tenaces, minutieux et désabusés, une boîte de nuit, des grosses voitures, les truands qui se font tuer plutôt que de se rendre... Et comme toujours chez Melville, le contraste est frappant entre les méthodes rationnelles et les moyens humains mis en oeuvre par les policiers - comme dans la séquence de la parade des suspects, ou de la filature dans le métro - et la précarité des truands, le vide de leur existence sans foi ni loi - loin des clichés du " code de l'honneur " - toujours à la merci d'une trahison ou d'une erreur grossière. Les procédés de mise en scène sont au service de ce contraste : couleurs assezchaudes dans les lieux de la " vraie " vie (l'appartement de l'amie, les bureaux de la police...), et tonalités froides et grises des lieux sans âme fréquentés par le tueur (passerelles de gare, appartement...).

Delon est inoubliable dans ce rôle, mais son personnage en fin de compte est un pauvre type, qui vit dans un taudis, fait un boulot ignoble, et n'a d'autre issue que de se suicider sous les balles de la police.

Eric Barbot le 29/04/2007

 

Ciné-club de Caen

Genre : Film de gangsters

Avec : Alain Delon (Jeff Costello), Nathalie Delon (Jeanne Lagrange), François Périer (Le commissaire), Cathy Rosier (Valérie), Jacques Leroy (Le tueur), Jean-Pierre Posier (Olivier Rey), Michel Boisrond (Wiener). 1h44.