(Ruggles of Red Gap). Avec : Charles Laughton (colonel Marmaduke Ruggles), Mary Boland, Charles Ruggles, Zasu Pitts, Roland Young. 1h26.
Marmaduke Ruggles, l'aristocratique majordome de sir George Vane-Bassingwell,
a été gagné au poker par un couple de bourgeois américains
récemment enrichis, Effie et Egbert Floud. Egbert est un paysan farouchement
attaché à ses origines et à ses coutumes de vie; Effie,
une snob enchantée de pouvoir ramener dans son pays cet exemple raffiné
et brillant de la haute société européenne.
Ruggles fait une entrée remarquée dans la petite bourgade de Red Gap : pour la population inculte de cette région désertique de l'Ouest américain, tous les Anglais se ressemblent : Ruggles ne peut donc être qu'un colonel de l'armée des Indes. Dés lors, le valet est traité avec une déférence toute singulière...
Petit à petit, l'infortuné Ruggles s'habitue à son nouveau cadre de vie, prend goût à la considération d'autrui, entrevoit les possibilités offertes par les murs de son pays d'adoption. En Angleterre, il serait resté un valet toute sa vie; ici, conformément aux déclarations des grands dirigeants, il pourra s'affranchir de sa condition. Associé à Prunella Judson, une entraîneuse qui l'a séduit, il ouvrira un restaurant, " l'Anglo-américain Grill ", qui deviendra bien vite l'endroit le plus fréquenté de la région...
Analyse
de Jacques Lourcelles :
" Chronologiquement le premier chef-d'uvre complet de McCarey
en long métrage. C'est aussi le premier rôle intégralement
comique de Charles Laughton. De cette histoire célèbre et
plusieurs fois filmée, McCarey tire le parti le plus sérieux
qui soit, puisqu'il y trouve l'occasion de livrer un vibrant hommage à
la démocratie américaine, à son égalitarisme
moral par lequel tout citoyen, quels que soient son rôle et son
emploi dans la société, est considéré, sur
le plan social et civique, comme l'égal de ses voisins.
Dans cette première uvre importante, le rire est déjà chez McCarey un chemin tout tracé vers la connaissance intime des personanges, de ce qui les sépare et surtout de ce qui les unit. McCarey y exprime sa vision idéaliste du monde, selon laquelle la justice rendue aux qualités de chacun crée un état de béatitude universelle que le spectateur est invité à partager avec les personanges. Le bonheur de Charles Laughton, de plus en plus intense à mesure que l'histoire avance, est communicatif et contient à lui seul le message du film. Et si le snobisme est tant attaqué dans l'intrigue, c'est qu'il recrée entre les êtres ces barrières artificielles si contraires à la reconnaissance de leur vrai mérite et à leur épanouissement individuel."