Le film se déroule durant l'ère Heian (IX°-XII° siècles), période de troubles et de guerres civiles. Sous le portique de Rasho ("Rashomon"), trois hommes, qui s'abritent de la pluie diluvienne, vont se mettre à discuter pour passer le temps : un bûcheron, un prêtre et un passant venu les rejoindre. Les deux premiers ont été témoins d'un évenement qui les fait encore frissonner quelques jours après : le corps d'un samouraï a été retrouvé mort, tué vraisemblablement par le bandit Tajomaru. Ils se souviennent du procès auquel ils ont été convoqués et au cours duquel on a tenté de faire la vérité sur une étrange affaire. L'épouse du samouraï, alors qu'elle se promenait avec son mari dans la forêt, a été attaquée et violée par un bandit de grand chemin, le féroce Tajomaru. Le mari est mort dans des conditions mal déterminées. Que s'est-il passé exactement ? Y a-t-il eu réellement viol ? La femme n'était-elle pas consentante ? Le mari a-t-il ou non fui lâchement, incapable de défendre son épouse agressée ? A-t-il été tué et par qui, ou s'est-il suicidé pour échapper au déshonneur ?

On va assister à quatre témoignages, tous sensiblement différents, sur le déroulement de l'affaire : tout d'abord celui du bandit, puis celui de la femme du samouraï tué, qui était présente (et qui était même l'enjeu principal de la lutte). Un médium invoque l'esprit du samouraï mort, qui raconte sa propre version des faits. Enfin, le bûcheron, seul témoin direct de l'affaire, donnera la version qu'il considère comme la seule objective (il avait déclaré lors du procès n'avoir pas vu la scène, mais seulement découvert le corps).

La pluie cesse, les hommes se séparent en méditant sur la fragilité du témoignage humain et l'absence de pitié de cette époque troublée. Un enfant pleure, abandonné sur les marches du temple : il sera recueilli, dans un élan charitable, par le bûcheron.

Les intêrets divergents des trois protagonistes principaux de l'affaire (le bandit, la femme, le samouraï) provoquent des récits complètements différents suivant chacun, qui cherche toujours à se donner le meilleur rôle possible. C'est au spectateur de choisir ce qu'il veut croire, le réalisateur ne cédant pas à la tentation de transformer l'histoire en film policier ("comment cela s'est-il réellement passé?").

Le prêtre, confronté à la dure réalité du mensonge, perd la foi en l'être humain... Mais Kurosawa ne veut pas laisser le spectateur sur une impression trop noire de l'humanité, et rajoute une fin qui sonne comme un répit : le bûcheron, qui entend les cris d'un enfant abandonné, décide de l'adopter. Le prêtre idéaliste le remercie: "Ton geste a restitué ma foi en l'humanité"...

 

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Rashomon
1950

Lion d'or au festival de Venise, Oscar du meilleur film étranger.
Avec : Toshiro Mifune (le bandit Tajomaru), Machiko Kyo (Masage, la femme), Masayuki Mori (le samouraï Takehiro Kanazawa, son mari), Takashi Shimura (le bûcheron), Minoru Chiaki (le prêtre), Kichikiro Ueda (le passant).1h28.