Ici et ailleurs
1976

En 1970 ce film s'appelait victoire. En 1974 ce film s'appelle Ici et ailleurs.

Ici : une famille francaise qui regarde la television. Ailleurs : des images de la revolution palestinienne. Apprendre à voir ici pour entendre ailleurs. Apprendre à s'entendre parler pour voir ce que font les autres.

Entre février et début juillet 1970 Godard, Gorin et Marco font plussieurs voyages en Jordanie et Palestine pour tourner un film qui devait s'appeler Jusqu'à la victoire avec, pour sous-titre, "Méthodes de pensée et de travail de la révolution palestinienne".

Apres une hésitation sur le choix du groupe de palestiniens avec lequel faire le film les réalisateurs choisissent le plus large, le Fatah qu'ils interrogents sur la façon dont ils s'y prennent pour former leurs militants à la révolution.

Le matériel est tourné lorsque surviennent les massacres de septembre 70, nommé septembre noir où l'armée jordanienne massacre les combattants palestiniens dans les camps de Jordanie et à la frontière palestinienne. Sont ainsi assassinés la pluspart des militants rencontrés par Godard, Gorin et Marco.

Le film qui devait être fait avec eux, par aller retour entre les différentes étapes de travail, ne peut plus avoir lieu. De plus l'état politique filmé au premier semestre 70 devient caduque.


En 1972, Gorin affirme que leur film sur la Palestine a beaucoup changé, qu'il en est à sa troisième ou quatrième version et qu'il porte moins pas sur la situation politique que sur comment filmer l'histoire. Au matériel palestinien se mêlera un élément fictionnel, des actualités, des matériaux sur la résistance française durant la seconde guerre mondiale...

Le groupe Dziga Vertov est néanmoin dissout en 73 après l'échec du travail en commun autour du dialogue entre L'ailleurs immédiat et Moi je dans le cadre de la société qui devait s'appeler "Tout va assez bien" (TVAB films). L'ailleurs immédiat, titre emprunté à Georges Bataille devait être réalisé par Gorin seul et décrire une utopie sur ce que serait la France si les gauchistes prenaient le pouvoir. Moi je, devait dialoguer avec lui. Godard n'écrivit que le scénario de ce film jamais tourné. Il reprenait la relation Vertov Eisenstein repensée comme complémentaire. Le véritable montage est l'invention exclusive de Vertov. Eisenstein croit réinventer le montage mais développe une théorie des angles de vues.

Le film est ainsi terminé sans Gorin et avec Anne-marie Mieville. Godard a alors rompu avec le maoïsme et les militants en prennent pour leur grade : "Pauvres idiots de révolutionnaires, millionnaires en images de révolutions."


Godard et Mieville reprennent la vision de Jean Cocteau pour qui le cinéma c'est filmer la mort au travail. C'est une vision moins pédagogique que celle exprimée dans un manifeste de Godard de juillet 1970 paru dans le journal du Fatah :

"C'est l'imprialisme qui nous a appris à considérer les images en elle-même, qu'une image est réelle. Alors qu'une image, le simple bon sens montre qu'elle ne peut être qu'imaginaire, précisément parce que ce n'est qu'une image, un reflet.

Par exemple tu te dis " je suis jolie ou j'ai l'air fatigué. Mais en disant cela qu'est-ce que tu fais ? Tu ne fais rien d'autre qu'établir un rapport entre plusieurs reflets, l'un ou tu avais l'air en forme et un autre où tu l'étais moins. Tu compares c'est à dire, tu fais un rapport et alors tu peux conclure, j'ai l'air fatigué. L'impérialisme, en cherchant à nous faire croire que les images du monde sont réelles alors qu'elles sont imaginaires, cherche à nous empêcher de faire ce qu'il faut faire : établir des rapports réels, politiques entre ces images. "


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(co-réalisé avec Anne-Marie Miéville).1h00.