1905.
L'année de la première révolution russe. La capitulation
de Port-Arthur a symbolisé la défaite de la Russie dans sa guerre
contre le Japon. Le 9 janvier, le Tsar fait tirer sur la foule qui se dirigeait
vers le Palais d'Hiver.
Au large d'Odessa mouillent plusieurs unités de l'escadre tsariste, notamment le "Cuirassé Prince Potemkine" dont des marins se tiennent en liaison avec des ouvriers grévistes d'Odessa. Le 14 juin, les marins du "Potemkine" découvrent que les quartiers de viande apportés à bord du navire sont pourris. Le médecin-major Smirnov juge néanmoins la viande propre à la consommation. Les marins se refusent à manger cette viande avariée et le commandant Golikov, fait monter tout le monde sur le pont. Il convoque la garde armée du navire et décide de faire fusiller un groupe de mutins. Mais les marins de la garde refusent de faire feu et ce sont les officiers et leurs partisans qui sont jetés à l'eau.
À Odessa, la foule apprend la révolte de l'équipage du "Potemkine" et, après avoir rendu hommage à la dépouille de Vakoulintchouk, un marin tué pendant l'émeute, se masse sur les escaliers. L'armée dégage violemment les escaliers, sans se soucier des femmes, ni des enfants. Les canons du "Potemkine" répliquent alors à cette charge des cosaques.
On apprend que l'escadre de l'amirauté se dirige ves le "Potemkine". La vigie dénombre douze bâtiments. C'est le branle-bas de combat mais le "Potemkine" parvient à passer à travers l'escadre sans avoir à ouvrir le feu et sous les hourras fraternels des marins de la flotte.
Eisenstein
résume ainsi son film dans "la non indifférente nature,
vol. 1:
"1ère partie- Des hommes et des vers. Exposé de l'action.
Le climat sur le cuirassé. Viande véreuse. Effervescence parmi
les marins.
2ème partie- Le drame de Tendra- "Branle bas !". Refus de
manger la soupe véreuse. La scène de la bâche. "Frères
!". Le refus de tirer. Le soulèvement. Massacre des officiers.
3ème partie- L'appel du mort- Les brumes. Le corps de Vakoulintchouk
dans le port d'Odessa. Lamentations sur le cadavre. Le meeting de l'indignation.
Le drapeau rouge est hissé.
4ème partie L'escalier d'Odessa- Fraternisation de la rive du cuirassé.
Les yoles apportent des provisions. La fusillade sur l'escalier d'Odessa.
Le coup de semonce du cuirassé sur le Q. G. des généraux
(en fait, les canons du cuirassé font voler en poussière le
théâtre d'Odessa où était installé ce Q.G.)
5ème partie- La rencontre avec l'escadre. La nuit de veille. La rencontre
avec l'escadre. La machine. "Frères !". L'escadre refuse
de tirer. Le cuirassé passe victorieusement au milieu de l'escadre.
Cette "tragédie en cinq actes", selon les propres termes d'Eisenstein, fut à l'origine une commande destinée à commémorer le vingtième anniversaire de la révolution en relatant un grand nombre d'événements de l'année 1905. L'épisode de la mutinerie du Potemkine sera seul conservé comme base du scénario. Le film entier obéit d'ailleurs, au niveau du scénario du plan et de la séquence à une esthétique de la partie pour le tout.
Dans chacune des parties (plus proche n'en déplaise à Eisenstein, aux mouvements d'une uvre musicale qu'aux actes d'une tragédie) un élément s'individualise et crée le dynamisme autour duquel s'organise l'unité visuelle de l'épisode. Dans I c'est l'équipage dégoûté, s'opposant comme un seul homme aux officiers. Dans II, c'est la fraction minoritaire des mutins et particulièrement Vakoulintchouk, "le premier à s'être mutiné et le premier à l'avoir payé de sa vie". Dans III, la dépouille de Vakoulintchouk attire à elle la foule en procession. Dans IV, la foule, le corps multiple, est le substitut des mutins et vit à sa place son martyre. Dans V, le Potemkine, entité maintenant indestructible, entraîne à lui seul l'adhésion de toute l'escadre. Dans chaque partie aussi, le montage isole des objets dont al fonction individualisante (le monocle de l'officier hautain, plus tard massacré) a été longuement commenté.
Deuxième film d'Eisenstein. Pour les historiens et la plupart des cinéphiles, c'est le film le plus célèbre du monde, toujours cité et souvent en première place dans les palmarès internationaux des meilleurs films de l'histoire du cinéma. Jusqu'en 1952 (date à laquelle fut levée son interdiction officielle en France, et le film fut pareillement interdit dans plusieurs autres pays d'Europe) on ne pouvait le voir qu'en cinémathèque. En 1950 circulait une version courte (1780m contre 1850 m dans la version longue), dans plans de la version de 1926 avait été censurés ou perdus. C'est cette version courte que l'on découvrit dans les ciné-clubs. En 1976, une version plus complète (et la plus proche de la version de 1926) fut accompagnée d'une musique de Chostakovitch. C'est cette version qui est passée à la télévision en 1984.
Genre : Film épique
