Nouvelles-Orléans,
1959. Le richissime promoteur immobilier Michael Courtland fête avec
son épouse Elizabeth dix ans d'un bonheur sans mélange. Mais,
sitôt la soirée terminée, sa vie bascule dans un cauchemar
: Elizabeth et sa fille, Amy, sont kidnappées. L'opération menée
par la police pour les récupérer tourne au carnage : en fuyant
en voiture, elles périssent dans un accident avec un camion citerne.
Seize ans plus tard, lors d'un voyage d'affaires à Florence avec son
associé Lasalle, Courtland retourne dans l'église San Miniato
al Monte où il avait rencontré son épouse - et rencontre
son sosie en la personne de Sandra, une jeune étudiante en histoire
de l'art.
Il la ramène
à la Nouvelle-Orléans pour l'épouser. Sandra s'identifie
avec Elisabeth jusqu'à demander une nouvelle demande de rançon
après sa disparition. Elle est en fait la fille de Michael, Amy, manipulée
par son oncle Lasalle qui 15 ans plus tôt avait déjà manigancé
l'enlèvement d'Elizabeth avec l'accord de celle-ci. Toute la mise en
scène de l'enlèvement était destinée à
la petite Amy qui n'était pas partie dans la voiture mais était
restée avec son oncle dans la maison. Après l'accident tragique,
celui-ci avait éloigné la fillette l'élevant dans la
haine de son père. Quinze ans plus tard, Il l'avait convaincu de se
venger de celui-ci mais échoue finalement car Amy comprend le traumatisme
de son enfance et veut retrouver l'amour de son père.
Réalisé
entre Phantom of the Paradise et Carrie, ce film constitue le premier signe
d'"hitchcockomanie" de Brian De Palma. En 1974, le cinéaste
éprouve un choc en voyant une copie restaurée de Vertigo.
En sortant de la projection, il ébauche en compagnie de Paul Schrader
le scénario d'Obsession, initialement intitulé Déjà
vu. Comme le film d'Hitchcock, Obsession relate la quête
d'un homme qui, après avoir perdu sa femme, croit la retrouver des
années plus tard et tente de renouer avec elle le fil de leur histoire.
Formellement, seuls l'interprétation hébétée de
Cliff Robertson rappelant celle de James Stewart après la faux suicide
de Madeleine et l'omniprésence du filtre de brouillard utilisé
dans la scène du cimetière par Hitchcock rappellent Vertigo.
Le premier baiser entre Mike et Elizabeth évoque difficilement le baiser
à 360° de Vertigo et la rédaction avortée
de la lettre par Sandra dans l'avion aboutie à une tentative de suicide
plus qu'à une volonté de se soumettre au désir de son
père.
Mais le film s'inspire probablement tout autant de Rebecca et surtout de Marnie. L'identification de Sandra à Elisabeth renvoie à celle de Rebecca pour la première femme du Comte et l'on retrouve la présence marquée du tableau intimidant en contre-plongée ainsi que de la servante inquiétante. Les deux scènes dans l'aéroport évoquent la scène finale de Marnie dans la maison de sa mère près du port où elle se souvient du traumatisme de son enfance. Sandra est rapetissée sur un fond rouge par un plan en plongé et se retrouve, petite fille, en criant mamy-mamy comme Marnie. Puis lorsque Mike vient dans l'intention de la tuer, les flashs bleus des lumières de l'aéroport renvoient aux flashs rouges de Marnie
On trouvera également cités de façon plus anecdotique L'ombre d'un doute (Oncle Bob), Le crime était presque parfait (meurtre en légitime défense avec un ciseau) et Psychose (le cri de Sandra enfant lorsque le couteau en gros plan s'approche pour défaire les liens de sa mère, la chaise roulante de Sandra).
La filiation avec Hitchcock est renforcée par le recours à une musique signée Bernard Herrmann, son avant-dernière composition, couronnée par un Oscar, avant Taxi Driver et sa disparition fin 1975.
J.- L. L. le 17/09/2002
