Claude Monet
1840-1926

Décidé à peindre clair -et y arrivant parfois péniblement-, convaincu que l'essentiel était de rendre les effets de la lumière, il s'attaqua d'abord à ses reflets dans l'eau. Ces reflets sont traités comme des objets, alors que les objets, les formes, prennent l'aspect miroitant de reflets. Les deux éléments sont placés sur le même plan de réalité et évoluent ensemble à travers toute son oeuvre. Après la période où les côtes normandes prédominent, ce sont les bords de la Seine, à Argenteuil, qui constituent son sujet favori. C'est peut-être l'époque la plus belle de sa carrière, la plus équilibrée. Sa touche, à ce moment est large et ferme. Elle prend volontiers l'aspect d'un grand trait épais et appuyé. Formes et reflets possèdent beaucoup de consistance - c'est le même degré de réalité donné aux unes et aux autres qui a troublé les contemporains. Mais déjà dans les coins de tableaux, dans les lointains,dans des détails, Monet procède à ses premières expériences de suggestion de la forme par quelques tâches sommaires que l'oeil du spectateur doit recomposer et compléter.. Quand il délaissera l'eau pour étudié l'air saturé de brume ou de vapeur, ce moyen de suggestion l'attirera de plus en plus. Dans les vues de Paris, notamment la gare Saint-lazare, on voit la forme s'estomper davantage. c'est que les reflets dans l'air sont plus fugitifs, plus diffus que dans l'eau et que les formes suivent. Le procédé de suggestion par taches incomplètes se généralise ensuite et devient le seul moyen de rendre les formes. la participation active du spectateur, son travail de recomposition devient alors essentiel et tant qu'il ne devient pas automatique la toile parait illisible.

Par malchance, ou par une sorte de logique interne, une part de doctrine vint bientôt se mêler à la conception que Monet se faisait de son art. Entraîné par l'étude de l'air et de la lumière, il décida d'en surprendre les variations sur le même sujet, au même endroit, de manière à ne plus s'attacher qu'à eux seuls et à "prouver" qu'on pouvait faire des tableaux différents d'un même objet suivant les changements d'éclairage. Ce fut l'origine de ses séries : la Gare Saint Lazare, les peupliers, les Meules, la Cathédrale de Rouen, la Tamise, Venise et enfin les Nymphéas. Travail ingrat, difficile, monotone. Ce n'est pas que, parmi les séries, il ne se trouve quelques très belles toiles - l'artiste n'a jamais cédé le pas entièrement au doctrinaire. cependant les ensembles portent ce caractère abstrait et pédant qui surgit lorsqu'un artiste s'abandonne à d'autres préoccupations que celle de mener à bien son oeuvre plastique. l'idée de la série fit, cependant, fortune. Aujourd'hui encore, nous voyons quantité de peintres traiter le même sujet dans des tonalités différentes, prétextant non plus l'étude de la lumière mais celle de la couleur.

Comme Courbet qui "découvrit" Boudin en remarquant à une devanture du Havre des petits paysages de celui-ci, Boudin lui même remarquait chez un encadreur havrais des caricatures amusantes. L'auteur, un jeune garçon de 15 ans, nommé Monet ignorait sa vocation. Boudin l'emmena peindre en plein air dans les environs de Honfleur. "Ce fut comme un voile qui se déchire dira plus tard Claude Monet, j'avais compris ce que pouvait être la peinture.."

Précurseur des peintres abstraits: Seurat, Kandinsky et Fautrier qui tous lui rendront hommage. De même que Cézanne qui dit de lui: "Monet n'est qu'un oeil, mais quel oeil!"

 

BIOGRAPHIE

1840 : 14 novembre : naissance de Claude Monet à Paris.

1856-1857 : Fait la connaissance d’Eugène Boudin, qui l’initie à la peinture de paysage en plein air.

1862-1864 : Entre dans l’atelier de Charles Gleyre; parmi les autres étudiants se trouvent Bazille, Renoir et Sisley.

1865 : La charette ou Route sous la neige à Honfleur

1866 : Automne : rejoint Gustave Courbet sur la côte normande.

1867 : Terrasse à Sainte Adresse

1869 : La pie, La grenouillère

1870 : 28 juin : Monet épouse Camille Doncieux, mère de son fils Jean (né en 1867).

1870 : Automne : fuit la guerre franco-prussienne et se réfugie à Londres; fait la rencontre du marchand de tableaux Paul Durand-Ruel. Hiver : peint des vues de la Tamise et des parcs de Londres; visite la National Gallery et étudie les Turner qui y sont exposés; participe à une exposition de la Society of French Artists organisée par Durand-Ruel.

1871 : Printemps : expose à l’International Exhibition du South Kensington Museum. Décembre : s’installe à Argenteuil; sa demeure, décorée d’éventails japonais, évoque celle de Whistler à Chelsea. La Tamise et le Parlement

1872: Participe à plusieurs expositions de la Society of French Artists de Londres.
Les œuvres de Whistler sont présentées avec les siennes lors des cinquième, sixième et septième expositions, fin 1872, été 1873 et fin 1873. Régates à Argenteuil

1873 : Les coquelicots à Argenteuil , Impression, soleil levant.

1874 : Avril-mai : participe à la première exposition de la Société Anonyme; il y présente son tableau Impression, soleil levant, dont le titre donne son nom au groupe des « impressionnistes ». Rencontre probablement Mallarmé.

1877 : La gare Saint-Lazare

1878 : Janvier : quitte Argenteuil et retourne à Paris. Fin de l’été : emménage à Vétheuil, petit village sur les des bords de la Seine, au nord-ouest de Paris, avec la famille de son mécène en faillite, Ernest Hoschedé ; ce dernier passe la plupart de son temps à Paris, laissant sa femme Alice et ses enfants à Vétheuil.


1879 : 5 septembre : mort de Camille l’épouse de Monet. Alice Hoschedé et ses enfants restent à Vétheuil.

1880 : Coucher de soleil sur la Seine


1882 : Juillet : quatre de ses toiles figurent à l’exposition impressionniste organisée par Durand-Ruel dans King Street, dans le quartier de Saint-James à Londres.

1883 : Avril : Monet s’installe à Giverny, près de Vernon, au nord-ouest de Paris, avec Alice Hoschedé et ses enfants. Avril-juillet : sept de ses tableaux sont présentés dans le cadre d’une exposition impressionniste à la galerie Dowdeswell à Londres, organisée par Durand-Ruel.

1887 : Fin mai : se rend à Londres pour la première fois depuis 1871, où il passe du temps avec Whistler; se dit « émerveillé » par Londres et par Whistler. Mai-juin : expose avec Whistler et d’autres à l’Exposition internationale de la galerie Georges Petit à Paris. Début de l’automne : écrit à Whistler qu’il accepte de participer à l’exposition de la Royal Society of British Artists de Londres, où il sera représenté par quatre de ses tableaux. Exprime dans une lettre à Duret son intention de peindre des effets de brouillard sur la Tamise.

1888 : Début janvier : présente Whistler à Stéphane Mallarmé.

1889 : Avril : exposition individuelle à Londres, à la Goupil Gallery. Juin-septembre : grande exposition Monet-Rodin à la galerie Georges Petit à Paris.

1891 : 19 mars : mort d’Ernest Hoschedé. Mai : présente pour la première fois une « série » (celle des Meules) à la galerie Durand-Ruel à Paris. On connaît environ 35 versions des meules, à toutes les heures et à des saisons différentes. Monet exploitera toute la gamme du prisme dans une variété de nuances infinies

1892 : 16 juillet : épouse Alice Hoschedé. Septembre : Monet fait part à Theodore Robinson de son admiration pour les aquarelles de Turner et pour son tableau Pluie, vapeur et vitesse. En février 1892, Monet s'installe à Rouen. De sa fenêtre ouverte au premier étage il contemple la façade principale de la cathédrale. Sa technique évolue encore: la peinture devient une sorte de ciment grenu, comme pour imiter la matière des veilles pierres. Il travaille encore à Rouen en 1893 et 1894. l'exposition chez Durand-Ruel en 1895 obtient un grand succès

1898 : Juin : exposition individuelle à la galerie Georges Petit, à Paris, où est présentée sa « série » des Matinées sur la Seine.

1899 : le pont au nénuphards. Septembre-octobre : Monet s’installe au Savoy Hotel de Londres; de ses fenêtres, il peint la Tamise, le pont de Charing Cross, le Parlement et le pont de Waterloo.

1900 : Février-avril : à Londres, il peint depuis sa chambre du Savoy Hotel; il peint également le Parlement vu de l’hôpital Saint-Thomas.

1901 : Janvier-avril : à Londres, il peint depuis le Savoy Hotel et l’hôpital Saint-Thomas; il exécute également des esquisses nocturnes de Leicester Square.

1903 : Le Pont de Charing Cross

1904 : Mai-juin : exposition des séries londoniennes à la galerie Durand-Ruel à Paris. Décembre : bref séjour à Londres où il projette une exposition de ces mêmes séries londoniennes, qui n’aura pas lieu. Ce sera son dernier séjour dans la capitale anglaise. L’hiver, il travaille encore à ses séries londoniennes dans son atelier de Giverny. Le Parlement, coucher de soleil

1905 : Janvier-février : grande rétrospective impressionniste, organisée par Durand-Ruel à Londres, qui inclut 55 tableaux de Monet.

1908 : Octobre-décembre : peint à Venise. Le Palais Contarini , San Giorgio Maggiore au crépuscule

1911 : 19 mai : mort d’Alice Hoschedé.

1912 : Mai-juin : exposition à la galerie Bernheim-Jeune, à Paris, des toiles de la série vénitienne, qu’il a considérablement retravaillées à Giverny.

1926 : 5 décembre : Monet meurt à Giverny.

 

BIBLIOGRAPHIE