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Au bord de la mer, sur une plage de galets, une chèvre morte,
un enfant et un homme, nus. À partir dune photo quelle
a prise en 1954, Agnès Varda sinterroge sur le processus
denfantement de ce cliché en explorant le réel et
limaginaire. «Cétait un dimanche sur la côte
au bord de la Manche (
) Si la chèvre était née
et morte à St-Aubin, lenfant était né à
Denia et lhomme à Alexandrie».
La cinéaste part à la recherche de ses modèles. Lhomme travaille pour un grand magazine, lenfant est devenu libraire. «Je ne me souviens de rien» dit le premier. «Non réellement aucun souvenir» réplique en écho le second, comme pour mieux éloigner le spectre dune enfance rongée par la maladie.
Face à limpuissance de la mémoire, Agnès Varda recourt aux documents factuels, actualités filmées et journaux de ce 9 mai 1954. Mais lhistoire officielle pas plus celle de lanniversaire de la Victoire que celle de la chute de Diên Biên Phu ne lui est pas dun grand secours.
Et que dit limaginaire alors ? «Lautre jour, jy voyais les clichés dune enfance tiraillée entre limage du père debout et limage de la mère au gros ventre chaud, couchée». Plus tard, elle y verra lénigme du Sphinx ou encore limage dUlysse rêvant sur le rivage.
Mémoires, faits réels et approches imaginaires sont tous trois impuissants à révéler le mystère de cette photo. «Et voilà. Jai situé cette image dans ma vie et dans son époque comme on nous disait de le faire à lécole», conclut Agnès Varda. «Mais les anecdotes, les interprétations, les histoires, rien napparaît dans cette image. Limage est là, cest tout. Une image, on y voit ce quon veut. Une image cest ça et le reste».
