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La Vénus électrique

2026

Avec : Pio Marmaï (Antoine Balestro), Anaïs Demoustier (Suzanne), Gilles Lellouche (Armand), Vimala Pons (Irène), Gustave Kervern (Titus), Madeleine Baudot (Camille). 2h02.

Paris, 1928. Suzanne gagne sa vie dans le stand d'un forain. Elle est la Vénus électrique : pour 30 centimes, elle  promet à qui vient l'embrasser sur scène le coup de foudre; en réalité une bonne décharge électrique dont des rayons remontent aussi vers ses mains. Titus, son patron, sous son apparente bonhomie, l'exploite sans vergogne : sur les soixante  francs de la recette hebdomadaire, les frais déduits, il n'en reste à Suzanne que neuf.

Suzanne partage une roulotte avec Camille, partenaire d'un lanceur de poignards qui semble se contenter de son sort sans avenir. Suzanne refuse d'aller manger avec tout le monde et se réfugie sous la roulotte de Gloria, la cartomancienne, pour fumer. Elle l’écoute embobiner une veille femme crédule. Une fois Gloria partie dîner avec les autres forains, Suzanne s'introduit dans sa roulotte à la recherche de baume pour ses mains abîmées et du parfum. Au moment de sortir, surgit Antoine, très saoul qui veut, selon ce que promet le slogan affiché sur la roulotte, "entrer en contact avec un être cher". Suzanne se presse de mettre l'intrus dehors mais se ravise quand il lui offre un billet de 10 francs. Se servant du soufflet de Gloria et de quelques formules creuses, elle le persuade qu'il est entré en contact avec Irène, morte depuis quelques années. Comme Gloria va rentrer, Suzanne met fin à la séance. Comme Antoine insiste pour revenir, vingt francs à l'appui, elle lui donne rendez-vous chez lui le lendemain, surprise qu'il lui donne une carte de visite.

Le lendemain, dans sa splendide villa, Suzanne découvre Antoine saoul et, de nouveau, n'a aucun mal à lui faire croire qu'elle est entrée en contact avec Irène. Dans le mêmê temps, Armand pénètre dans le jardin, range les bouteilles qui le jonchent et écoute Suzanne faire son petit numéro. Il la poursuit dehors et lui intime l'ordre de ne plus revenir. En revenant, il découvre qu'Antoine s'est remis à la peinture dans son atelier. Il se  précipite alors à la poursuite de Suzanne, la suit jusqu'à sa roulotte aux portes de la ville. En le voyant, Suzanne est effrayée et s'apprête à lui rendre l'argent mais il lui propose un marché; si elle parvient à le faire peindre à nouveau il lui offre deux cent francs par tableau grand format. Comme elle craint de ne pas arriver à tromper Antoine, Armand lui promet de lui donner quelques détails qui l'aideront.

Pleine d'entrain, Suzanne se rend chez Antoine mais celui-ci, sobre cette fois, a décidé de mettre fin à ses séances, ne les estimant pas dignes de lui. Elle repart et simule un évanouissement, et ayant posé des lentilles de contact blanchâtres elle l'appelle Nino ce qui le stupéfie. Ell lui fait alors croire qu'elle est revenue des limbes et a besoin qu'il éclaire sa nuit... de ses peintures. Antoine l'étreint et elle simule l'évanouissement de nouveau. Antoine lui fait croire qu'elle a lévité. Il s'enfuit. Elle revient par la fenêtre chercher de quoi trouver des indices pour l'aider à tromper Antoine. Elle découvre le journal intime d'Irène et se précipite dans sa roulotte pour le lire.

En 1919, Irène vit à Paris avec très peu de ressources. Elle pose bénévolement pour de jeunes peintres et affûte ainsi son œil critique en les regardant travailler. Un jour à la recherche de bois pour chauffer sa mansarde qu'elle loue pour presque rien à un vieux maître incompétent, elle rencontre Antoine Balestro,nu, posant en Hermès pour lui.  Elle le voit surtout reprendre le dessin du vieux maître dépassé et en le flattant s'empare de quelques bûches. Antoine la rejoint chez elle, et reprenant un dessin maladroit d'elle faite par un peintre médiocre la séduit. Si elle lui offre de partager sa chambre; elle s'interdit de devenir sa maîtresse afin de garder de l'influence sur lui.

Persuadée de son talent, elle lui demande de voir ses œuvres. Au fond d'une boulangerie, celles qu'elle voit la déçoivent. Autant Antoine sait dessiner, autant sa peinture est lourde, terne, peu inspirée. Pourtant un petit rectangle dans une toile déchirée par les rats lui redonne espoir.

Irène va voir Armand et lui propose les tableaux d'Antoine qu'il refuse d'abord avant de les accepter. Près d'un lac, ils mettent fin à leur belle amitié et font l'amour. C'est bientôt la gloire pour Antoine. Mais alors qu'ils partagent un repas dans une brasserie, Irène semble soudainement accablée....

La beauté d'un film repose sur des choix et un regard : des choix de mise en scène qui définissent un regard porté sur le monde. Ces choix sont forts lorsqu'ils déclenchent une émotion ou faible parce qu' attendu, reposant sur un fond commun de clichés admis par le spectateur. L'émotion ne peut surgir que par la force d'une connexion qui surprend ; évidemment, en tout premier lieu, le coup de foudre. Salvadori en donne une illustration surprenante avec le stand forain de la Vénus électrique mais c'est tout le film qui ne cesse de déployer, de travailler le rapport aux images pour nous surprendre et nous émouvoir, à commencer par l'ellipse.

Salvadori est le plus direct héritier aujourd’hui d'Ernst Lubitsch et de sa fameuse "Lubitsch's touch" dont François Truffaut disait que "dans le gruyère Lubitsch, chaque trou est génial ", rendant ainsi hommage à son sens de l'ellipse, la marque de son style, disait-il, qui fait du spectateur un personnage à part entière. La première ellipse de La vénus électrique vient dès le générique avec l'homme qui monte au mât installé dans la fête foraine. En déployant son vaste vêtement, le spectateur peut penser qu'il va tenter de voler et donc se crasher. Un peu plus tard néanmoins, on  verra à l'arrière-plan une étroit bac rempli d'eau éclaboussé d'un plongeon. C'est l'ellipse entre les deux moment et à l'instant où elle s'incarne (fait signe) par une image (ici l'éclaboussure de l'eau) qui est comique, sans elle on n'aurait qu'un cliché d'une exhibition foraine.

Le cours de l'UIA de Caen du 21 mai s'attachera par les dialogues avec les participants à trouver, retrouver les multiples ellipses qui ponctuent le film. Je vous donne donc rendez-vous dès le lendemain pour la suite de cette critique.

Jean-Luc Lacuve, le 15 mai 2026.

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