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Gavagai, et autres malentendus

2025

(Gavagai). Avec : Jean-Christophe Folly (Nourou Cissokho), Maren Eggert (Maja Tervooren), Nathalie Richard (Caroline Lescot), Anna Diakhere Thiandoum (Aïta/ Créuse), Matt Malecki (Kolakowski), Misel Maticevic (Schwarzkogler), Roch Peton (Mansour Cissoko), Stacy Thunes (Rebecca Markson), Michael Wittenborn (Le père de Maja), Hans Löw (Alek). 1h30.

L'atmosphère est tendue sur le tournage d'une adaptation de Médée sur une plage du Sénégal. Caroline Lescot,la réalisatrice voudrait plus d'énergie de la part de son interprète : qu'elle se saisisse des enfants qu'elle ramène avec elle, morts sur le bateau, devant Jason venu à leur rencontre. Caroline s'exaspère de voir que les enfants portent un gilet de sauvetage qui fait perdre toute crédibilité à la scène. De colère, elle empoigne son actrice, Maja Tervooren, qui tombe à l'eau. Caroline en veut à Nourou Cissokho, qui joue Jason, de trouver que les gilets de sauvetage ont un aspect évoquant la traversée des migrants ; elle en veut à l'accessoiriste qui croit que les gilets étaient prévus alors que Caroline rappelle qu'elle avait explicitement demandé  des enfants sachant nager. Caroline vient retrouver Maja qui a un échange tendu par téléphone avec Alex, son mari resté en Allemagne avec qui elle est séparée et qui garde leur fille. Caroline lui expose que son jeu est trop bourgeois, qu'elle doit être plus sauvage, ce qui n'arrange rien à la détresse de Maja.

Maja vient retrouver Nourou un peu plus loin qui la réconforte mais celui-ci est interpellé : Mansour, son père, veut quitter le tournage s'estimant mal traité. Nourou explique les contraintes d'un tournage où l'attente est longue et Caroline se confond en excuse et l'invite à la cantine du tournage. Mais Cissokho, père et fils sont suivis par les autres figurants qui ont faim aussi et font le siège de la cantine. Caroline leur apporte le plat de poulet qu'ils attendaient. Alors que le régisseur lui demande la suite du programme, Caroline voit s'éloigner les enfants du tournage dans le bateau à moteur et les trouve magnifiques, exprimant le souhait que c'est ce qu'elle devrait filmer.

Le soir, Mansour a organisé un dîner chez lui avec Nourou, son fils, Aïta, qui joue Creuse, Maja et Caroline. Mansour regrette que son fils ait suivi sa mère pour vivre en France. Caroline surprend les acteurs en disant qu'elle veut changer la fin de Médée. Maja et sarcastique mais Nourou attend de voir le résultat.

Après le dîner, le chauffeur reconduit les acteurs à leur hôtel mais Nourou a oublié sa clé. Il s'en explique au téléphone avec son père pendant que Maja suit la réceptionniste qui ouvre la chambre de Nourou. Elle s'y installe. Quand Nourou rentre, il ne l'entend d'abord pas puis la devinant s'approche d'elle et ils font l'amour.

Au matin, le régisseur vient frapper chez Nourou s'inquiétant du retard au maquillage de Maja. Nourou révèle leur liaison, ce qui irrite Maja. Un peu plus tard, ils jouent la scène ou Médée supplie Jason de lui rendre ses enfants pour qu'elle parte avec eux.

Quelques mois plus tard, Nourou est à Berlin pour la projection du film en compétition à la Berlinale. Alors qu'il se prépare une cigarette dans le hall de l'hôtel, Nourou se voit reprocher avec instance par le vigile, Kolakowski, de fumer alors que c'est interdit. Nourou s'éloigne alors pour allumer sa cigarette et voit arriver Maja avec qui les trouvailles sont timides. Alors qu'ils discutent et vont entrer dans l'hôtel, Kolakowski s'interpose et demande sa carte d'identité à Nourou, ce qui scandalise Maja qui va s'en plaindre à la réception.

Maja et Nourou montent dans la luxueuse chambre de celui-ci mais Maja doit partir. Le soir, elle n'est pas très disponible pour faire la fête comme tente de l'y enjoindre Nourou. Elle rejoint son appartement, pleure, puis rejoint son père qui gardait la jeune Frieda. Le matin, Frieda réveille sa mère car Nourou est venu leur rendre visite avec des gâteaux. Mais Alek vient chercher Frieda pour la journée et Nourou préfère partir.

Rentré fatigué à l'hôtel, Nourou croise Caroline, angoissée par la projection du soir. Elle entraîne, avec Aïta, Nourou acheter un costume. Il refuse celui trop extravagant qu'elles lui proposent. C'est la projection de presse avec le moment où Médée devant la cour de Créon ne parvient pas à persuader ses enfants de partir avec elle. Nourou est parti dormir et Caroline vient le réveiller pour la conférence de presse. Il arrive en retard. Caroline explique que, pour elle, Médée n'est pas une sauvage ce sont les Corinthiens qui l'ont rendu sauvage. Elle dit s'inspirer d'Un étranger au village de James Baldwin, premier homme noir dans un village des Alpes du sud. Arrive inévitablement la question qu'elle redoutait et qui est comme "L'éléphant dans la pièce" : contrairement à Baldwin, elle est une vieille femme blanche. Un autre intervenant, noir, renchérit : "Je sais ce que c'est que d'être marginalisé, alors je n'ai pas besoin d'une Médée blanche pour le comprendre, alors à qui s'adresse ce film ?" Nourou tente une réponse, "Ce serait prétentieux de dire que le film est fait pour les pêcheurs sénégalais. Normal de faire des films pour les gens de son milieux"; Un troisième journaliste questionne : "est ce un film pour les blancs ?" Aïta intervient souriante : "Non, le film à vocation à plaire à tous, même aux pêcheurs sénégalais". Mais une quatrième journaliste, celle d'Arte insiste encore " En montrant les Africains qui ostracisent une femme blanche, vous retournez l'histoire. Est-ce que vous en avez le droit ?"

Pour la projection du soir, Nourou s'évertue vainement à faire son nœud papillon. Il est interrompu par l'employé d'étage qui lui apporte fleurs et champagne s'assurant qu'il est le bienvenu. Maja vient le rejoindre, incite l'employé à faire le nœud papillon puis, une fois seule, embrasse Nourou et ils font l'amour en tentant ne pas froisser leur robe et costume. Maja rejoint Nourou dans la voiture qui les emmène à la Berlinale et lui montre les critiques élogieuses de la presse. Ils croisent Kolakowski traversant la route et Maja déclare à Nourou qu'il ne l'embêtera plus car on lui a dit qu'il était viré. Nourou s'emporte et voudrait descendre mais il n'a pas le temps.

Dans une salle comble est projetée l'arrivée de Médée en Corinthe, la nuit sur la plage. Jason demande l'accueil pour lui et les seins. Il sait que Médée sera ostracisée. Créon et Creuse accueillent avec chaleur Jason et ses enfants mais humilient Médée, la traitant de sauvage. En pleine projection, Nourou se lève et rejoint l'hôtel où il voit Kolakowski s'en aller en voiture avec un collègue. Il arrête la voiture et veut s'excuser du licenciement qu'il a involontairement causé. Mais Kolakowski et son ami son amers et tentent de lui faire admettre que les Polonais ou les pauvres sont aussi ostracisés que les noirs tout en se montrant peu enclins à le ramener au cinéma. Excédé, Nourou sort et refuse d'être accompagné par Kolakowski. Pour entrer dans la salle de projection, il doit user de la force pour écarter les contrôleurs.

Le film en est là où Médée supplie Jason de la laisser partir avec ses enfants mais où il n'est prêt qu'à lui en céder qu'un. Jason s'en va en moto à la cour du roi. De rage Médée coupe ses cheveux qui se transforment en serpents. Creuse vient apporter les enfants à Médée avant la cérémonie du mariage et retourne avec la servante de Médée chargé du pot de parfum empoisonné. Médée regarde ses enfants dormir sur le porche puis les réveille et les fait entrer. Le ciel s' assombrit. Jason accourt, inquiet sur le sort de ses enfants. Il se précipite dans la maison; il est alors poignardé par Médée alors que les enfants fuient par la fenêtre. Jason sort grièvement blessé de la maison et alors que Médée court à la recherche des enfants, il s'extirpe le poignard du ventre pour le lancer sur Médée; s'en suit un combat à mort dans la ville sous le regard médusés des enfants.Jason rattrape Médée sur la plage et la tue avant qu'elle n'atteigne le bateau. Les spectateurs sont émus  mais Nourou, entre Caroline et Maja reste muré dans son silence pendant que sur l'écran les enfants prennent les commandes du bateau et s'enfuient au large au son de la musique de fin.

Gavagai ! Cette exclamation est issue d’une expérience de pensée proposée par le philosophe américain Willard Van Orman Quine dans son livre Le mot et la chose (1960). Il imagine un linguiste confronté à une langue inconnue lors d’une visite à une peuplade étrangère, peut-être au milieu de la forêt amazonienne. Soudain, un indigène s’écrie « Gavagai ! » au moment où un lapin surgit et s’enfuit. Le linguiste se demande alors : « Gavagai » signifie-t-il « lapin » ? Rien n’est moins sûr. Peut-être l’indigène fait-il référence à la fuite de l’animal, ou à une partie spécifique du lapin, voire à un autre concept encore. Quine soutient que deux linguistes compétents pourraient élaborer deux dictionnaires totalement différents, mais chacun permettant une communication fluide et cohérente avec les indigènes. Ainsi, selon lui, « Gavagai » ne peut être traduit de manière univoque, ce qui suggère que nos énoncés n’ont pas de signification universelle. C'est à cette experience qui attend la réalisatrice Caroline Lescot lorsquelle presnte son adpataion de Médée aux journalistes et spectateurs dans l'évaluation de son film.

Une adpatation de Médée soudain bouleversée

Médée sortant de son bateau à moteur avec les deux enfants en gilet de sauvetage n'incite pas d'abord à voir dans le film dans le film une version bien passionnate de Médée. Dautant que la réaslistarice aux faux airs de Calire Denis semble doté des traits les plus detestable du métier seen prenta avec colère aux acteurs et teshniciens.

Ce n'est que par un incidentd etrournage qui apsse presque inaperçu que sa vision bascule: elle voit les enfants s'emparant du bateau. ce qui lui fait avant le soir m^me lors de du diner chez le père de Nourou entrevoir une autre fin à son film. Cette vision est suffisamment puissante, la liberté conquise des enfants par rapport aux conflits des adultes pour que Kohler en fasse la fin de son film, le mot fin du film dans le film étant aussi celui du film lui-même.

Cette vision très libératrice

Le titre, Gavagai, vient d'une expérience de pensée du philosophe pointant les ambiguïtés dans la perception d'une langue inconnue. Sa sonorité abstraite, sensuelle renvoie autant aux limites de tout discours qu'à l'évidence qui peut caractériser la rencontre de deux corps jusqu'à rendre caduques les assignations.

Représentation d'une pièce qui est l'occasion d'une remise en cause des personnages qui refusent les assignations qui restreignent leur liberté dont le grand modèle est Opening night de John Cassavetes. Ici les assignations sont nombreuses. Nourou qui quitte la bourgeoisie sénégalaise pour l'intermittence en France, et Maja qui serait trop bourgeoise pour jouer la sauvage Médée; et plus encore Caroline qui serait trop blanche et vieille pour parler de l'ostracisation dont est victime Médée d'autant plus qu'elle renverse la perspective historique et social en faisant de l'ostracisée une blanche. Ce dernier thème est longuement discuté lors de la conférence de presse par quatre journalistes qui insistent à tour de rôle. Caroline avait pressenti insistance qu'elle voyait comme l'éléphant au milieu de la pièce, que Nourou, fatigué par sa journée chargée, visualise dans un demi sommeil

Le film est-il oui ou non un bon film est la seule question importante. La critique que Maja fait lire à Nourou dans le taxi semble y répondre positivement puisqu'il y est question d'une adaptation qui change le regard sur la tragédie. L’écriture critique s'avérant en l'occurrence plus utile que la conférence de presse

Creuse brûlée par l'onguent que lui a remis la servante de Médée, la supplique à Jason durant le tournage,

La Médée d'Euripide a fait l'objet de deux adaptation directes, celle très célèbre de Pier Paolo Pasolini en 1970 et celle plus discrète sous forme de téléfilm par Lars von Trier en 1988 qui s'en tient plus fidèlement au texte et débute notamment à l'arrivé de Jason, Médée et leurs enfants à la cour de Créon.

Dans Médée (1970), Pasolini met en scène la rencontre de deux cultures dans des paysages impressionnants. L'incompatibilité de ces cultures fait que la relation des deux personnages principaux, le Grec pragmatique et rationaliste Jason et la prêtresse archaïque et animiste Médée, se termine en une tragédie sanglante. Ici Médée et Jason évoluent sur le même plan et ce sont leurs enfants qui cessent d'être sacrifiés pour acquérir leur liberté. Le choix du décor, celui d'une Afrique à la fois traditionnelle et intemporelle avec des éléments modernes (bateau à moteur, scooter de mer, hélicoptère). Peut être une allusion à la liberté que Jacques Demy prit à la fin de Peau d'âne avec le transport des personnages dans un hélicoptère.

Médée est aussi traité au sein d'un film dans le film dans Cri de femmes alors que son interprète Maja (Mélina Mercouri) rencontre une femme qui a tué ses enfants (Ellen Burstyn) et s'enflamme pour la cause féministe. Dans Saint Omer (Alice Diop), la romancière Rama suit le procès d'une infanticide et donne pour titre à son enquête, Médée naufragée, alors qu'est aussi présenté un extrait du Médée de Pasolini. Rama croit que Médée aime ses fils. C'est parce que la société de son époque la rejette comme femme et barbare qu'elle leur jette au visage le crime le plus odieux.

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