Cas n°1, cas n°2

1979

(Ghazieh-e Shekl-e Aval, Ghazieh-e Shekl-e Dou Wom). Avec : Mehdi Azadbakht, Mohammadreza Barati, Hedayat Matin Daftari, Nader Ebrahimi, Gholamreza Emami, Mahmoud Enayat, Ezzatolah Entezami, Ali Mousavi Garmaroudi, Ali Golzadeh Ghafouri, Sadegh Ghotbzadeh, Iraj Jahanshahi, Sadegh Khalkhali, Kamal Kharazi, Noureddin Kianouri, Masud Kimiai, Abdolkarim Lahiji, Ardok Manoukian, Jaleh Sarshar, Rob David Shoft, Gholamhossein Shokoohi, Ebrahim Yazdi, Nooreddin Zarrin Kelk, Karim Zarrineh. 0h53. Sur vimeo.

Une saynète mise en scène par le réalisateur dans une classe. Un élève perturbe le cours. Le professeur exclut sept élèves pour une semaine, à moins qu’un d’eux dénonce le coupable.

Cette saynète est montrée successivement aux véritables pères des élèves, qui émettent leur opinion sur la situation et sur l’attitude que devraient observer enseignant et étudiants.

Cas n°1. Un élève dénonce un de ses camarades et reprend sa place dans la classe. Cet enchainement est alors commenté par la plupart des dirigeants politiques et spirituels du moment très particulier que le pays est en train de vivre : deux ministres, des directeurs de médias, deux religieux islamiques de haut rang dont le procureur général des tribunaux révolutionnaires, le secrétaire général du Parti communiste iranien, le chef du parti libéral, un dirigeant de la Ligue des droits de l’homme, le grand rabbin de Téhéran, l’archevêque de l’église arménienne, un des cinéastes les plus connus, un grand acteur très populaire.

Cas n°2. Personne n’a dénoncé le perturbateur et tous les élèves sont restés dans le couloir une semaine entière avec de nouveaux discours.

Tourné au printemps et à l’été 1979, le film n’a été projeté qu’une fois, en septembre, juste avant l’établissement de la toute puissance islamiste. Il a depuis fait l’objet d’une rigoureuse interdiction, même si il a été possible de sortir du pays des copies vidéo qui, malgré leur mauvaise qualité, ont passionnés les chanceux qui ont pu la voir, notamment au Festival de Locarno 1995. De manière nullement fortuite, le film a ressurgi dans le sillage du Mouvement vert, sur YouTube puis, avec une meilleure qualité, sur Vimeo. Cette réapparition a suscité la tenue d’un colloque organisé à la New York University par le chercheur Hadi Gharabaghi.

Source : Jean-Michel Frodon, Slate.fr, le 3/02/2014