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Le passé

2013

Prix d'interprétation féminine Avec : Bérénice Bejo (Marie), Tahar Rahim (Samir), Ali Mosaffa (Ahmad), Pauline Burlet (Lucie), Elyes Aguis (Fouad), Jeanne Jestin (Léa), Sabrina Ouazani (Naïma), Babak Karimi (Shahryar). 2h10.

Ahmad, un Iranien, rentre en France après quatre ans d'absence pour finaliser son divorce avec Marie. Celle-ci a entamé une relation avec Samir, propriétaire d'un pressing. Marie, propose à Ahmaed de partager la chambre de Fouad, le fils de Samir et surtout de parler à Lucie, sa fille d'un précédent mariage, qui désapprouve la nouvelle relation de sa mère.

Ahmad et Marie se rendent au tribunal pour finaliser leur divorce. Juste avant l'audience, elle lui annonce qu'elle est enceinte de Samir. Ahmad continue de conseiller Lucie, espérant la réconforter. Elle révèle que Samir est toujours marié et que sa femme est dans le coma après une tentative de suicide, provoquée par la révélation de la liaison entre Samir et Marie. Samir explique à Ahmad que sa femme souffrait de dépression et que la tentative de suicide était en réalité due à un incident avec un client dans son magasin. Sa femme ignorait tout de sa liaison et il organise une rencontre entre Naïma, son employée, témoin de la tentative de suicide et de l'incident au magasin, et Lucie.

Après avoir entendu le récit de Naïma, Lucie, bouleversée, avoue avoir transmis des échanges de courriels entre Marie et Samir à la femme de Samir la veille de sa tentative de suicide, après l'avoir appelée au pressing. Lucie disparaît et Ahmad et Samir partent à sa recherche. Ahmad la retrouve chez une amie et tente de la convaincre d'avouer la vérité à Marie, arguant que Marie a le droit de savoir, puisqu'elle est enceinte de Samir. Lucie finit par avouer et Marie, furieuse, lui ordonne de partir, ce qu'elle fait. Ahmad calme la situation et Marie retourne voir Lucie, la suppliant de revenir, ce qu'elle fait.

Perplexe face aux sentiments que Samir éprouve encore pour sa femme, Marie finit par lui révéler la vérité sur les agissements de Lucie. Samir a du mal à accepter la situation et interroge Naïma sur les événements qui ont conduit à la tentative de suicide de sa femme. Naïma affirme que sa femme n'était même pas au magasin le jour où Lucie prétend avoir appelé. Après que Marie a accusé Lucie de mentir, Lucie maintient sa version des faits, affirmant avoir parlé à une femme avec un accent au téléphone. Samir comprend alors qu'elle a en réalité parlé à Naïma, qui a ensuite donné à Lucie l'adresse e-mail de sa femme. Il confronte Naïma, qui avoue et explique que sa femme a toujours été jalouse d'elle et cherchait à la faire licencier ou expulser de France, et qu'elle est à l'origine de la confrontation avec la cliente. Cependant, Naïma pense que sa femme n'a jamais lu les e-mails, car elle est venue au magasin et a choisi de boire de l'eau de Javel devant elle, plutôt que devant Samir ou Marie.

Samir et Marie discutent des événements et de leur relation. Samir décide qu'ils devraient se concentrer sur leur avenir, tandis que Marie semble partagée. Ahmad se prépare à retourner en Iran. Il fait ses adieux aux enfants et tente d'aborder le sujet de leur séparation avec Marie, mais elle refuse, affirmant qu'elle n'a pas besoin de savoir cela pour le moment. Pendant ce temps, Samir rend visite à sa femme à l'hôpital, muni d'une sélection de parfums que les médecins lui ont conseillés dans l'espoir de provoquer une réaction. Il vaporise un peu de son eau de Cologne sur son cou et se penche sur elle, plongée dans le coma sur son lit d'hôpital. Le visage tout près du sien, il lui murmure de lui serrer la main si elle perçoit son odeur. Une larme coule sur sa joue, mais elle reste inconsciente. Il baisse les yeux vers sa main, qui tient peut-être la sienne.

On croyait pourtant bien terminés les films du type Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1979) qui déroulent leur scénario au service d'une thèse douloureuse et facilement partageable par les spectateurs, celui de la souffrance des séparations et des histoires d'amour qui finissent mal. Si Une séparation (2011) faisait preuve d'un minimum de mystère dans l'interprétation des motivations des personnages, il n'en hélas pas de même ici.

Un mélodrame de la culpabilité

Beaucoup trop d'éléments mélodramatiques sont introduits pour prétendre à être la description de la famille recomposée (dont le film ne fait pas, c'est le moins qu'on puisse dire, l'apologie). Farhadi multiplie en effet les coups de théâtre au bout d'une heure et demie de film.

Il fait alors circuler la patate chaude de la culpabilité d'un personnage à l'autre. Le couple qui a osé essayer d'être heureux est soudain déchargé de sa culpabilité (soupçonnée par le calme, responsable et bien comme il faut Ahmad) grâce à l'histoire de la robe tachée racontée par Naïma. La culpabilité, soudain effacée, passe alors sur Lucie qui a transféré les mails des amants à l'épouse. Et le film part alors sur une autre piste : faut-il ou non révéler l'acte fatal de Lucie ? Après avoir bien appuyé chacune des scènes d'aveux, de Lucie à Ahmed, de Ahmad à Marie, de Marie à Samir (deux fois) vient un troisième rebondissement : la suicidée n'était pas dans le magasin. S'en suit la confession de Naïma (nouvelle coupable) puis son retour pour faire porter la faute sur Samir qui n'a pas su voir la détresse de sa femme.

Les quatre-vingt-dix premieres minutes auraient pu suffire puisque le jeu de patate chaude ne sert à rien : c'est bien, in fine et comme Lucie l'exprimait en masquant une partie de la vérité, Samir qui est responsable du suicide de sa femme.

Farhadi n'aurait-il pas pu faire plus simple pour justifier sa thèse de l'acharnement médical comme de l'acharnement amoureux, lourdement mise en scène dans la séquence finale ? Tous ces coups de théâtre sont-ils vraiment utiles ? Tout ça pour montrer que c’est un beau gâchis. Bergman travaillait aussi la douleur d’être à deux mais au moins montrait-il que ça valait mieux que de vivre seul. Farhadi montre seulement que c’est dur de vivre à deux mais avec de tels parti-pris de scénario que cela affaiblit sa démonstration. Le vrai sujet est sans doute qu'il est difficile de vivre sans culpabilité.

Une mise en scène qui ne filme que les rouages d'un scénario

Question mise en scène, le film se résume à une série de champs contre-champs où chacun récite (plutôt bien) son discours. Aucune prise de risque : pas de gros plans, pas de plan-séquence, pas d’échos d’une séquence passée : rien dans l’image qui viendrait dire qu’il y a quelque chose de plus à voir que ce que disent les personnages. Dès lors, ceux ci sont réduits à leur fonction de rouage dans un scénario : Marie est débordée, malheureuse et hystérique, Samir est malheureux (ses yeux pleurent tout le temps, métaphore de sa douleur intérieure), se laisse traiter comme un chien par Marie qu'il n'aime effectivement déjà plus (main retirée du levier de vitesse) et toujours en manque de sa femme. Les enfants sont lucides (Lucie sait que l'histoire d'amour est sans issue) et Fouad porte l'espoir d'une vie meilleure de l'enfance (scène du métro).

Seule la scène du maïs grillé, du repas et de l'évier bouché donne un peu de respiration à ce scenario tricoté pour faire resplendir les valeurs de la paternité responsable... Fallait-il autant de souffrances bien appuyées et de rebondissements scénarisés pour défendre cette valeur bien consensuelle ?

Jean-Luc Lacuve le 19/05/2013.

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