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Autofiction

2026

(Amarga Navidad). Avec : Bárbara Lennie (Elsa), Leonardo Sbaraglia (Raúl Durán), Aitana Sánchez-Gijón (Mónica), Victoria Luengo (Patricia), Patrick Criado (Bonifacio), Milena Smit (Natalia), Quim Gutiérrez (Santi), Rossy de Palma (Gabriela), Carmen Machi (la doctoresse de l'hôpital), María Morales (Patricia Otero, la psychiatre), Amaia Romero (Elle-même). 1h51.

2006. Raúl Durán écrit son nouveau scénario, Noël amer. Dans celui-ci, Elsa, à la veille du Noël de 2004, est prise d'une terrible migraine que tente de calmer son compagnon, Bonifacio, dit "Beau", pompier au physique sculptural. Elsa téléphone à son amie Patricia qui diagnostique une crise de panique et lui conseille la prise d'un comprimé qu'elle n'a plus sous la main mais que doit posséder Gabriela, une amie commune. Elsa n'a aucune envie d'aller voir cette amie trop exubérante et souhaiterait que Beau s'en charge. Ils y vont finalement ensemble et une amie commune, Amaia Romero, leur chante une chanson romantique de rupture amoureuse, Las simples cosas.

De retour chez elle, et malgré les comprimés, Elsa est toujours prise de panique et demande à Beau de la conduire à l'hôpital. Elle est prise en charge par une doctoresse à laquelle elle explique être maintenant directrice d'une agence de publicité après avoir réalisé des films cultes, grosse réputation auprès d'un tout petit public. La doctoresse croit reconnaître Beau... qui explique qu'il pratique le strip-tease pour enterrement de vie de jeune fille. C'est là que Elsa l'avait rencontré après que Patricia l'ai abandonné pour rejoindre en urgence son mari. Suite à son numéro sur la musique de  "I’ve Seen that Face Before" de Grace Jones, Elsa avait proposé à Beau de faire une pub pour les sous-vêtements. Et c'est plus tard, en plein tournage de cette publicité, qu'on lui annonça la mort de sa mère.

Le lendemain, Elsa se rend chez la psychiatre de Patricia qui ne tarde pas à diagnostiquer un surmenage qui ne lui a pas permis de faire le deuil de sa mère. Le matin du jour de sa mort, il y a un an, elle l'avait vue à l'hôpital mais avait écourté sa visite pour tourner la publicité avec Beau. Le refoulé du décès de la mère explique cette crise de panique. Elle lui conseille de faire une pause professionnelle.

Raúl Durán fait part à Monica, son assistante personnelle et fidèle lectrice de ses scénario, de sa satisfaction d'aboutir bientôt sur un scénario qui le satisfasse après cinq ans sans tourner, une vraie angoisse pour lui. Monica s'en réjouit mais a une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Elle va devoir mettre fin à leur collaboration pour un temps sans doute très long. Son amie vient de lui apprendre que son fils est atteint d'une maladie très grave dont il a peu de chance de se rétablir après l'opération. Monica veut l'accompagner pleinement dans cette épreuve. Elle a confié sa tache d'assistante à Santi, le compagnon de Raul, l'enjoignant de revenir sans cesse à la charge pour que Raul prenne des décisions; il refuse ainsi 200 000 euros pour un déplacement honorifique au Qatar et devra tout de même aller recevoir un prix du cinéma queer... même s'il n'a pas tourné depuis cinq ans.

Raul se remet au travail. Elsa est chez Patricia et amène un cadeau pour le noël de son fils. Patricia est bouleversée, une amie vient de lui envoyer de Paris une photo d'une femme enlacée avec un homme qui pourrait être son mari, parti sous le prétexte d'un voyage d'affaires. Les deux femmes écoutent la dernière version de La Llorona de Chavela Vargas en pleurant. Elsa voudrait que son amie se détache de cette relation toxique et l'invite pour une semaine de vacances à Lanzarote. Là, Elsa décide de se remettre à l'écriture d'un scénario. Patricia s'inquiète qu'elle s'inspire de sa vie de sa relation toxique avec son mari avec lequel elle a repris contact et rompt avec son amie et faisant immédiatement ses bagages.

Raul est content de son scénario et il demande à Santi de le relire en lui indiquant que le personnage du début lui ressemble. Monica apprend à Raul que le fils de son amie est mort et qu'elle va donc rester longtemps auprès d'elle.

Raul continue alors à écrire. Elsa invite alors Natalia, son amie mannequin qui s'est enfoncée dans la dépression depuis deux ans après la mort de son fils dans un accident alors qu’elle conduisait. Natalia accepte de venir et semble aller mieux. mais un soir au restaurant, alors qu'Elsa est parti parler à beau, son regard croise celui d'un garçon ressemblant à celui qu'elle a perdu. Dans la nuit, elle fait une tentative de suicide mais Elsa la sauve et elle lui promet de ne pas recommencer.

Monica revient furieuse voir Raul : elle a lu le scénario et menace de le détruire s'il n'enlève pas la partie concernant l'enfant mort de Natalia dans lequel elle reconnaît celui, transposé, du fils de son amie. Raul rappelle Monica pour qu'ils puissent s'expliquer. Il est désolé de lui faire mal mais il tournera le film tel qu'il l'a prévu. Le film s’appellera Dulce Elsa.

Pablo Quintero dans la Loi du désir (1987), Mateo Blanco dans Étreintes brisées (2009) et Salvador Mallo dans Douleur et Gloire (2019) étaient déjà des scénaristes-réalisateurs qui puisent leur inspiration dans leur vie et terminent quoi qu'il en coûte leur film. Ici, le principe est déployé au carré. Almodovar (niveau 4) assume pleinement de faire un film sur sa crise d'inspiration, le traumatisme de la mort de sa mère, de son retrait du monde en s'incarnant dans le fade Raul (niveau 3), lui même s'incarnant dans Elsa (niveau 2) qui puise son inspiration dans la vie de ses deux amies (niveau 1). Ces étagement de niveaux de mise en abîmes semblent suffirent à la mise en scène d'Almodovar; si ce n'est que cette petite mécanique fonctionne à vide d'idées ou de péripéties supplémentaires si bien, qu'à part les chansons, tout finit par paraître aussi excessif qu'un peu vain.

C'est le niveau 4-3 qui pêche plus tant l'identification entre Almodovar et Raul est forte, réduisant celui-ci à un metteur en scène en panne d'inspiration censé vampiriser la vie privée de ses proches. Raul n'existe que par ce sujet central et ne présente guère d'intérêt en de lui. La vie de tous les scénaristes-réalisateurs des films précédents était autrement plus trépidante et chaotique. Ici rien que du discours un peu convenu sur ce sujet mais tout paraît surjoué, tant Monica s'acharne à refuser ce qui n'est, comme Raul le dit, qu'un décalque assez lointain de sa situation. La référence au Voyeur (Michael Powell) n'est que superficielle, et très anecdotique, ne concernant finalement que le titre, Raul n'allant pas jusqu' à assassiner les femmes qui l'inspirent. Il s'agit néanmoins de la 43e référence au cinéma de Pedro Almodovar dans ses films.

Les idées de mise en scène sont un peu meilleures dans le niveau 3-2. Raul fait traverser à Elsa un épisode douloureux de crise de panique qu’il a lui-même connu auparavant, pendant les fêtes de fin d’année. Ce sont notamment les chansons qui viennent accélérer et comme en flash-forward anticiper les ruptures amoureuses qu'il n'est ainsi pas besoin de décrire. Si Beau et Elsa pleurent en écoutant la chanson romantique de rupture amoureuse, Las simples cosas par Amaia Romero, c'est que Raul se détache de Santi. Une première vision du film rend ses larmes peu compréhensibles mais fonctionnent bien à la deuxième.

La deuxième chanson, la dernière version de La Llorona de Chavela Vargas, chanson de désespoir amoureux, permet à Elsa de se projeter dans la rupture amoureuse de Patricia, mais celle-ci lui demande d'interrompre la musique pour reprendre le fil de sa conversation avec son mari anticipant déjà son retour près de lui après le séjour à Lanzarote.

Le niveau 2-1, Elsa s'inspirant de la vie de ses amies, la rend peu sympathique, comme manquant d'empathie avec elles, plus donneuse de leçon que véritable soutien. Le déplacement à Lanzarote aux Canaries, terre où la végétation reprend sur une terre de cendres grâce aux petits murets de protection, est vite abandonné pour le décor de la luxueuse villa. La transformation du titre de Noël amer en Douce Elsa n'est pas très convaincante.

Le niveau 1, les malheurs de Patricia et Natalia sont laissés en suspens ; l'une retournant avec son mari, l'autre promettant de ne pas de nouveau attenter à sa vie; assez loin de l'énergie des femmes aux bord de la crise de nerf.

Après Douleur et Gloire (2019) où Almodovar s'attachait à décrire les douleurs physiques du créateur âgé, ce sont donc les souffrances morales qui sont mises en jeu ici. Mais, ce qui pourrait apparaître comme un complément bienvenu se dissout dans un jeu de masques si sophistiqué qu'il manque de chair à chacun des étages de la mise en abîme.

Jean-Luc Lacuve, le 27 mai 2026.

B. O . (source IMDB) :

Las simples cosas, written by Julio César Isella and Armando Tejada Gómez, performed by Amaia Romero

La Llorona, written by Luis Martínez Serrano, performed by Chavela Vargas

Amarga Navidad, written by José Alfredo Jiménez, performed by Chavela Vargas

Libertango, written by Astor Piazzolla, performed by Grace Jones

Run Baby Run, written by Amanda Lear and Anton Monn, performed by Amanda Lear

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