Riccione, sur l'Adriatique, en juillet 1943. Carlo Caremoli est un jeune homme insouciant qui passe le temps à se distraire. Fils d'une femme légère surnommée "la Pompadour" partie en Argentine, et d'un homme de main de Mussolini, il a pu éviter le service militaire. Pour lui comme pour ses amis, la guerre est loin, jusqu'au jour où un avion de chasse allemand volant en rase-mottes au-dessus de la plage provoque la panique. Voulant consoler une petite fille demeurée seule, Carlo fait la connaissance de sa mère : Roberta, une belle femme de trente ans, veuve d'un officier de marine. Subjugué, le jeune homme l'accompagne jusque chez sa mère, où elle vit. Il la rencontre quelques jours plus tard. Carlo trouve alors divers prétextes pour lui rendre visite. Roberta confie sa jeune belle-sœur, Maddalena, à Carlo et à ses amis.

Un soir que ceux-ci viennent la chercher pour aller au cirque, ils décident Roberta de se joindre à eux. Séparés par le groupe, Carlo et elle ne cessent de s'observer pendant le spectacle. De retour dans la somptueuse villa du jeune homme, alors que tous dansent tendrement enlacés, Roberta et Carlo s'embrassent. Rossana, la petite amie de celui-ci, les surprend et provoque un scandale.

Roberta, qui a l'impression de trahir la mémoire de son mari, qui plus est avec un tout jeune homme, demande à Carlo de faire en sorte que leur relation cesse. Mais quand la Maison du Fascisme est saccagée et ses occupants molestés, après la chute du Duce, Roberta, qui craint pour Carlo, revient vers lui. Quand elle rentre, au matin, sa mère et Maddalena la culpabilisent. Elle se rend alors chez Carlo. Sa maison ayant été réquisitionnée, ils errent dans les rues; le soir, Roberta prend le risque de le faire monter dans sa chambre. Le lendemain, une violente dispute oppose la mère et la fille. Nouvelle errance nocturne pour Roberta et Carlo. Sur la plage, ils vont se réfugier dans une cabine de bains, quand surgit une patrouille. Au vu des papiers de Carlo, l'officier l'informe que son sursis a expiré et qu'il doit impérativement se présenter le lendemain à Bologne. Roberta propose alors à son amant de le cacher dans sa maison de Rovigo jusqu'à la fin de la guerre. Mais leur train subit une attaque aérienne. Dans la panique, ils sont séparés. C'est l'enfer.

Saufs, ils se retrouvent au milieu des décombres et des cadavres. Découvrant le corps d'une petite fille, Roberta songe à sa fille et se précipite dans un train de fortune qui repart à Riccione. Quant à Carlo, il reste dans ce champ de désolation, bien décidé à prendre cette fois part à la lutte.

Jean-Luc Douin rappelle que Zurlini parlait de "mélodrame doux" à propos de cette passion qui évoque Le Diable au corps de Raymond Radiguet, et qu'il nourrit de souvenirs personnels. Il avait bien connu cette jeunesse insouciante, lui qui, en octobre 1943, s'était engagé, à peine sorti du lycée, dans l'armée de libération de son pays. Pour ce cinéaste qui n'aura cessé de dépeindre des histoires d'amour impossibles, Eté violent est la démonstration de ce que prouva son maître Tolstoï : "Une histoire privée devient extraordinaire si un événement historique est présent en arrière-fond."

L'histoire d'amour est en effet à chaque fois accélérée par l'histoire. Depuis le survol de la plage par l'avion qui provoque la première rencontre, l'avion qui survole la maison la nuit qui amène au premier baiser, la chute de Mussolini qui conduit à la première nuit d'amour et jusqu'à l'arrestation par les soldats qui conduit à la fuite vers Rovigo et au mitraillage de la gare de Bologne qui entraîne leur séparation définitive.

Elle sert de révélateur à Roberta, la jeune veuve qui aima d'un amour trop sage le mari que sa famille lui destinait et qui se libère de la tutelle de sa mère et des reproches de Magdalena, sa belle-sœur, qui a elle totalement intégré les valeurs respectables d'intégrité.

Le drame se noue car Carlo est lui incapable de s'affranchir de l'esprit de troupeau "Je dois suivre les autres, comme ça je serai moins seul" dit-il à Roberta qui lui suggère de déserter alors qu'il va rejoindre l'armée par peur de sortir du lot commun. Maintenant qu'on lui a confisqué sa carte d'identité et qu'il ne bénéficie plus du soutient de son père, il se montre aussi veul que Franz Malher dans Senso (Visconti, 1954).

La mise en scène est constamment maniériste avec ses jeux d'ombre et de lumière, ses surcadrages au travers de portes et de fenêtres, ses objets ou personnage en premier plan avec un autre, comme séparé de son désir, dans l'arrière plan. Ce maniérisme langoureux accentue la sensualité des personnages qui culminent dans le slow Temptation, sur un solo de clarinette, dans des corps abandonnés sur la plage au petit matin ou sur un baiser, corps contre corps, sur la cabine de plage la nuit.

Jean-Luc Lacuve le 26/02/2008

 

Bibliographie : Jean-Ludc Douin, Le monde du 13.07.06, pour la reprise du film en salle.

 

critique du DVD
Editeur : Opening. Février 2008.
critique du DVD

Langue : Italien. Sous-titres : français. 13 €

 

Retour à la page d'accueil

Eté violent
(Estate Violenta). Avec : Jean-Louis Trintignant (Carlo Caremoli), Eleonora Rossi Drago (Roberta), Jacqueline Sassard (Rossana), Enrico Maria Salerno (Ettore), Lilla Brignone (La mère de Roberta), Raf Mattioli (Giorgio), Cathia Caro (Gemma), Federica Ranchi (Maddalena), Giampiero Littera (Daniele), Bruno Carotenuto (Giulio). 1h40
1959
Genre : Drame sentimental
dvd chez Opening
Voir : photogrammes du film