Nous nous sommes tant aimés

1974

(C'eravamo tanto amati). Avec : Nino Manfredi (Antonio), Vittorio Gassman (Gianni), Stefania Sandrelli (Luciana Zanon), Stefano Satta Flores (Nicola), Giovanna Ralli (Elide Catenacci), Aldo Fabrizi (Romolo Catenacci), Mike Bongiorno (lui-même), Federico Fellini (lui-même), Elena Fabrizi (Anna). 1h55.

Trois camarades, frères d'armes pendant la résistance, attachés au même idéal de justice et de progrès social, célèbrent la fin de la guerre et la chute du fascisme en Italie. Gianni termine ses études de droit à Rome. Nicola enseigne dans un lycée de province. Antonio se retrouve modeste brancardier-infirmier. C'est une période d'espoir et d'euphorie : la Monarchie est remplacée par la République. Le temps grignote l'enthousiasme. Gianni devient fondé de pouvoir d'un brasseur d'affaires sans scrupules dont il épouse la fille, insignifiante, stupide mais riche. Nicola végète dans son trou, anime des séances de ciné-club pour glorifier l'essor du mouvement "néo-réaliste" italien que les notables locaux attaquent violemment...

Scola trouve dans ce film de quoi alimenter son goût de la caricature et sa tendresse pour les perpétuels floués de l'existence, les laissés pour compte des grands idéaux. Comment le pays qui engendra le fascisme comme la résistance, et qui triompha de ses démons s'est finalement laissé englué par un miracle économique, occasion de corruption dangereuse ? Pourquoi le plus intègre et le plus instruit des trois amis ira-t-il le plus loin dans le naufrage alors que Gianni saura se protéger modestement mais fermement ?

Gianni ressemble au Bruno du Fanfaron (Dino Risi, 1962), Vittorio Gassman y a douze ans de plus. Devenu individualiste, sans scrupule, hâbleur et fanfaron, il appartient pleinement à la société nouvelle qui somme de choisir entre exploitants et exploités. Scola comme Risi  laisse la part belle à la satire sociale, l'ironie féroce et la farce grotesque.

La mise en scène est parfois voyante : triple répétition de la scène d'ouverture, raccord sur la foule en liesse juste après le plan du dynamitage des véhicules allemands, reprise de l'arrêt sur image inspiré de la pièce de théâtre de O Neil qu'ils vont voir au début .

Le récit est tour à tour vu des trois points de vu mais, au fil du récit, Scola s'écarte de chacune de ces visions subjectives pour tirer un constat relativement objectif de chacune des situations : solitude de l'homme riche, regrets de l'abandon de la famille, fierté toute relative de celui qui a su concilier vie publique et vie privée.