Spider-Man
2002

Peter Parker, jeune New-yorkais élevé par son oncle et sa tante, est un élève doué, mais peu populaire. Lors d’une sortie scientifique, une araignée mutante le pique au bras. Le lendemain, il découvre ses nouveaux pouvoirs : il peut désormais s’accrocher aux murs, lancer des toiles d’araignée, voler dans les airs. Il doit décider de son avenir : à grands pouvoirs, grandes responsabilités. Il endosse très vite le costume de Spiderman, justicier volant à la rescousse des faibles. Son premier ennemi mortel est le Bouffon Vert, monstre psychopathe et schizophrène qui n’est autre que Norman Osborn, le père de son meilleur ami...

Avant d'être un film fantastique, Spider-man est surtout un des plus beaux drames de l'adolescence de ces dernières années à l'image de Sleepy hollow ou de Virgin suicide, film avec lequel il partage la même vedette féminine : Kirsten Dunst.

L'éveil amoureux est la première caractéristique du genre et Parker commence logiquement la narration de son aventure par ces mots "Tout ça c'est pour une fille, le seul sujet intéressant". Si le film rappelle aussi le vert paradis des amours enfantines (dès six ans, Parker avait pris M.-J. pour un ange et il avait pleuré à la première représentation théâtrale de celle-ci), il traite principalement de la transition entre le monde de l'enfance et celui de l'adolescence ; transition qui passe par la transformation des corps et du discours.

Les premiers plans du film, dans le bus, traitent les corps en plans rapprochés et, excepté Parker, les adolescents apparaissent déjà plus massifs ou musclés que leur frêle professeur de science lorsqu'ils visitent le muséum d'histoire naturelle où Parker sera mordu par une araignée mutante. Parker aura néanmoins pris le temps de photographier le corps sensuel de M.-J. sous le vague prétexte d'une photo pour le journal de l'école. L'érotisme n'a guère besoin d'être beaucoup plus appuyé. Y suffisent quelques plans de regards furtifs de Parker vers la chambre de M.-J. qui habite la maison d'en face (rappel du "Meet me in saint Louis" de Minnelli avec Judy Garland ?) ainsi que le baiser, inédit au cinéma dû à la position habituellement inconfortable de l'homme araignée.

La véritable initiation passe par l'expression du sentiment, Parker s'enhardissant progressivement dans ses paroles à M.-J. qui culminent dans la belle et difficile scène de déclaration amoureuse où Parker, dans la chambre d'hôpital de sa tante, invente en face d'une MJ de plus en plus bouleversée ses supposées déclarations à Spider man. On peut presque y lire ce que Rilke attendait de la beauté, qu'elle soit à la foi encouragement et terreur, qu'lle nous dévête de notre peau d'enfant pour nous indiquer notre chemin d'homme :

"Mon pote ce qui est génial avec MJ, c'est quand on la regarde dans les yeux et qu'elle te renvoie ton regard les choses ne semblent plus tout à fait normal parce que l'on se sent plus fort et plus faible tout cela en même temps. On éprouve du plaisir et on se sent en même temps terrifié. A vrai dire on ne sait même plus comment on se sent. On sait seulement quel genre d'homme on voudrait être. Et c'est comme si on venait d'accéder à l'inaccessible sans même y être préparé

Le rejet de la famille est la seconde caractéristique de l'adolescence. Si Batman et Superman souffraient de la mort de leurs parents au moins en étaient-ils débarrassés. Spider man a lui aussi perdu père et mère mais il doit se débattre avec une, puis deux familles de remplacement dont il tire toute sa mauvaise conscience.

Il est d'abord doublement responsable de la mort de son oncle l'ayant tué moralement "n'essaie pas de prendre la place de mon père" et physiquement en ayant laissé s'échapper un gangster armé.

En faisant de l'oncle une vraie conscience morale, par ailleurs très antilibérale ("Aujourd'hui, le but de l'entreprise c'est de faire sortir les ouvriers pour faire entrer les profits") Raimi rend Parker totalement dépendant de l'ultime mot d'ordre de son oncle qui deviendra la devise de Spider man "de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités". Cette phrase pèse sur lui comme un châtiment, l'empêchant de vivre son amour avec MJ. Il est ainsi probable que l'initiation amoureuse échoue pour Parker presque aussi fatalement qu'elle échouait pour les cinq sœurs de Virgin Suicide ou pour Laura dans Twin peaks. C'est probablement ce qu'évoque la très belle séquence finale (image d'hiver désolé dans le cimetière, Parker délaissant M.-J. en larme à l'arrière gauche de l'écran pour une dérisoire fuite en avant vers ses exploits d'homme araignée dans New-York).

Spider man est aussi parfois un film fantastique dans les belles séquences de combat avec le Bouffon vert ou lors des transformations génétiques de l'homme araignée ou de son ennemi. Mais la plus belle apparition de Spider man reste, à mon avis, celle où il revêt sa première tenue d'homme araignée lors de la scène de catch. Alors que Raimi avait fait apparaître le dessin de la tenue de Spider man dans une scène très lyrique et retardé l'apparition hors champ de celui-ci lorsqu'il discute pour se faire admettre au combat, Spider man surgit, burlesque, en cagoule et polo : ce n'est décidément pas le corps à corps physique qui fait l'homme.

Jean-Luc Lacuve le 27/08/2002

 

 

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Genres : drame de l'adolescence , fantastique
Avec : Tobey Maguire (Peter Parker / Spider-Man), Willem Dafoe (Norman Osborn / Bouffon Vert), Kirsten Dunst (Mary Jane Watson), James Franco (Harry Osborn), Cliff Robertson (Oncle Ben), Rosemary Harris (Tante May). 2h01.