Les quatre cavaliers de l'Apocalypse
1962

Argentine 1938. Madariaga règne sur un immense domaine et est inséparable de son petit-fils, Julio, un dilettante sans problèmes. Ses filles, Luisa et Elena, sont mariées l'une à un français, Marcelo Desnoyers, et l'autre à un allemand, Karl von Hartrott.

A l'occasion d'une fête de famille, Heinrich von Hartrott se dispute avec son beau-père et se déclare farouchement nazi. Madariaga s'écroule, foudroyé par une crise cardiaque, tandis qu'apparaissent dans le ciel les quatre cavaliers de l'Apocalypse.

Les deux familles retournent dans leurs patries respectives. Julio mène une vie insouciante à Paris et a une liaison passionnée avec Marguerite Laurier, femme d'un grand journaliste français. La seconde guerre mondiale éclate.

Paris est occupé : Karl et Heinrich von Hartrott font partie du cortège des vainqueurs. Le commandant de la place de Paris, le général von Kleig veut que Marguerite Laurier devienne sa maîtresse et il est sur le point d'arrêter Julio lorsque Heinrich, membre de l'état-major de Heydrich, intervient pour faire cesser l'abus de pouvoir public. Karl von Hartrott intervient à la demande de Julio et de son père pour faire libérer Chi-Chi, prise dans une rixe étudiante et qui entre bientôt dans la Résistance.

Marguerite avoue à son mari, revenu des camps de prisonniers, qu'elle aime Julio mais n'obtient pas le divorce. Julio s'engage alors à l'insu de tous dans la résistance et vie avec Marguerite. Celle-ci, malgré son amour pour Julio, retourne auprès de son mari, lorsqu'il sort brisé d'un interrogatoire de la Gestapo.

Les Quatre Cavaliers prélèvent inexorablement leur tribut : les deux frères d'Heinrich meurent en Russie, Chi-Chi est torturée et tuée par la Gestapo. Julio, accepte une mission suicide pour localiser une division de chars. Il affronte Heinrich une dernière fois et meurt sous les bombes du raid anglais qu'il a déclanché pour détruire l'Etat major de son cousin en Normandie. Les Quatre Cavaliers chevauchent dans le ciel.

En juillet 1955, Minnelli était déjà venu en France et en Belgique pour tourner La vie passionnée de Van Gogh. En 1961, il revient de nouveau en France pour ce film, remake du film de Rex Ingram avec Rudolph Valentino. C'est la MGM qui a insisté pour que le contexte historique soit déplacé de la première à la seconde guerre mondiale.

Un idéal inaccessible en temps de guerre

Julio souhaite préserver son indépendance comme son grand-père souhaitait préserver l'innocence de son domaine en Argentine, extension de son moi, qu'il comparait au jardin d'Eden. "J'ai construit un havre de paix et de bonheur en Argentine, un jardin. Mais quel est le jardin où le serpent ne pénètre pas ? La bête est en moi ! Maudit soit Madariaga" dit-il avant de s'écrouler d'une crise cardiaque après que son petit fils, Heinrich, ait fait le salut nazi dans sa demeure.

Julio sourit de tous les conflits ayant fait sienne la morale de son grand-père comme quoi la vie n'est faite que pour la joie de vivre et que tout ce qui n'est pas gai devient automatiquement mauvais. Il finit toutefois par admettre que, comme son père le lui déclare, pour aimer la vie, il faut être prêt à mourir pour elle. Marcelo s'en est en effet toujours voulu d'avoir fuit lors du premier conflit mondial.

Cette entrée dans le monde de la guerre est sans espoir pour Julio. Il ne s'y engage que lorsqu'il sait ne plus pouvoir épouser Marguerite. Le résistant lui avait dit qu'il serait perdu dès qu'un de ses proches serait fier de lui et, en avouant tout à Marguerite et a son père, il sait déjà qu'il est condamné. Ce que confirmeront, avant le bombardement final, les multiples barrières et contrôles rendant toute fuite impossible.

La victoire certaine des quatre cavaliers

Ce pressentiment du désastre est incarné par la vision des quatre cavaliers de l'apocalypse. Ceux-ci, sculptures de fer qui entourent la cheminé de Madariaga où brûle le feu, sont ainsi décrits par le patriarche : La conquête, sur un cheval blanc, coiffée d'une couronne ; La guerre, un cavalier dans les flammes avec à son poing une épée ; La peste, l'horreur et la maladie des âmes et La mort... Et le pouvoir leur est donné de faire périr par l'épée, la famine et par les bêtes sauvages de la terre.

La première vision de ces cavaliers est celle ressentie au travers de Madariaga, juste avant qu'il ne meure. La seconde est celle de Julio, entré en résistance et qui "voit", en transparence, des officiers allemands goûtant aux plaisirs parisiens toutes les horreurs qui en sont la contrepartie : bombardements, explosions et morts parmi lesquels chevauchent les quatre cavaliers. La troisième vision surgit sur le bombardement final alors que Julio est mort sous les bombes. Minnelli valorise alors moins l'acte héroïque qu'il ne prend parti pour son personnage principal dont l'idéal n'a pu trouver sa place dans cette période de l'histoire.

L'art occupe par ailleurs une modeste rôle dans le film. Julio aime trop la vie pour être un peintre prêt au sacerdoce de l'artiste. Dans son atelier, sont en effet rassemblées des toiles marquées par l'influence de Chagall, Picasso et Renoir sans qu'une ligne directrice ne ressorte de ces influences éclectiques. Julio, semble hésiter entre les goûts de son père qui a, chez lui, quelques tableaux célèbres de Cézanne, Picasso, Van Gogh et Renoir. C'est d'ailleurs un pastel de Renoir, une étude pour Les baigneuses adjugée 150 000 F, qui servira à Julio pour reprendre contact avec Marguerite. Mais son père considère aussi que le goût de l'art est un goût de la vie affaibli. Marcelo s'en contente parce qu'il n'a pas su faire de sa vie un modèle dont il soit fier en fuyant le combat.

Jean-Luc Lacuve le 28/06/2010

 

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(The Four Horsemen of the Apocalypse). Avec : Glenn Ford (Julio Desnoyers), Ingrid Thulin (Marguerite Laurier), Charles Boyer (Marcelo Desnoyers), Lee J. Cobb (Julio Madariaga). 2h33.

Genre : Mélodrame
Voir : Photogrammes