(1861-1938)
200 films retrouvés sur 500
   
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Georges Méliès nait le 8 décembre 1861 à Paris dans une famille bourgeoise. Il est le troisième fils d’un riche fabricant de chaussures de luxe, très à la mode durant le Second Empire. En 1868, Georges Méliès entame des études classiques au Lycée Impérial de Vanves. Il passe son baccalauréat en 1880 et travaille pendant peu de temps dans l’entreprise familiale.

Georges Méliès et la magie

La première rencontre avec le monde de la magie a probablement eu lieu durant son service militaire, lors d’une visite à “La Prière”, la maison dans laquelle venait de décéder Jean-Eugène Robert-Houdin, le père de la magie moderne.

En 1884, le jeune Méliès se rend à Londres où il va travailler pour des proches de la famille dans une mercerie, et parfaire ainsi sa maîtrise de l’anglais. Durant son séjour à Londres, il est vite attiré par l’Egyptian Hall de Maskelyne et Cook, un théâtre dédié à la magie et à l’illusion, d’autant que cette forme de spectacle ne nécessite guère de connaissances linguistiques. C’est là qu’il a réellement été initié au monde de l’illusionnisme par Maskelyne, l’un des magiciens les plus célèbres d’Angleterre, qui avait ouvert une nouvelle voie pour la magie en présentant ses tours dans une suite de petites saynètes. David Devant et Joseph Buatier de Kolta seront deux autres magiciens qui influenceront Méliès.

L’illusion la plus réputée de Buatier de Kolta était “The Vanishing Lady” (La Femme évanescente) qui fut l’exploit de scène le plus imité dans les années 1880. Ce tour, qui consistait à faire disparaître une femme sous une chaise drapée, sera plus tard l’illusion la plus célèbre de Méliès au théâtre Robert-Houdin. Transposé en film dès 1896, ce tour est devenu une référence au cinéma puisque, pour la première fois, Méliès créait un effet spécial en stoppant la caméra et en modifiant les objets filmés dans Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin.

Le théâtre Robert-Houdin avant sa destruction en 1923 et les accessoires pour La Femme évanescente

L’une des illusions les plus renommées de Devant était “The Artist’s Dream” (Le Rêve de l’Artiste), dans laquelle le portrait grandeur nature d’une femme prenait vie en trois dimensions sous les yeux du public émerveillé. Dans Le Portrait Spirite (1903), Méliès recréait cette illusion grâce à un trucage substituant une toile peinte à une vraie jeune fille.

Méliès quitte Londres et revient à Paris en 1885. La même année, il épouse Eugénie Genin, une femme timide et réservée qui ne comprendra jamais réellement pourquoi son époux déploie tant d’énergie et de passion. C’est néanmoins une pianiste accomplie. Ils auront deux enfants, Georgette, en 1888, et André, né en 1901.

En 1888, Louis Méliès se retire de la direction de l’entreprise familiale, et Georges en profite pour se dégager de la fabrique de chaussures : il vend ses parts à ses frères en contrepartie d’une part d’héritage.

En 1888, la veuve de Robert-Houdin met en vente le fameux théâtre du Boulevard des Italiens, qui est en perte de vitesse. Méliès se porte acquéreur pour 40.000 francs en liquide, refait la décoration intérieure du théâtre qui ouvre à nouveau ses portes en octobre 1888. En reprenant le théâtre, à l’instar de tous les autres magiciens de l’époque, Méliès a également hérité des nombreuses conventions établies par Robert-Houdin, et d’un riche répertoire d’illusions (coffres miraculeusement remplis, corps en suspension dans l’espace et papillons sortant de fleurs par exemple). Entre 1888 et 1907, Méliès inventera au moins trente illusions nouvelles, dont plusieurs seront transposées à l’écran.

Dans l’ancienne équipe du théâtre reprise par Méliès, trois personnes, vont jouer un rôle déterminant dans sa carrière cinématographique. Eugène Calmels était mécanicien, et travailla avec Méliès à la reconstruction de quelques-uns des automates de Robert-Houdin, dans l’atelier près de son domicile, rue Taylor. Chef mécanicien du théâtre pendant les années où Méliès en était le propriétaire, il en restera le chef projectionniste jusqu’en 1914. Jules David dont le nom de scène était Marius, était l’homme à tout faire, devenu l’élégant assistant indispensable pour les tours de magie. Fanny Manieux, née Charlotte-Stéphanie Faës, dont le nom de scène était Jehanne d’Alcy, était l’une des principales actrices de Méliès et sa fidèle confidente. Sa beauté et sa petite taille lui permettaient notamment de se prêter aux numéros d’apparition et de disparition à travers des trappes. Elle deviendra la seconde épouse de Georges Méliès en 1925.

Georges Méliès et le cinéma

Il semble certain que Méliès faisait partie de ceux qui ont assisté à la première projection du cinématographe à Paris du Grand Café, le 28 décembre 1895, et il est certain qu’il a ensuite proposé à de nombreuses reprises d’acheter un Cinématographe Lumière.

N’ayant pas réussi à acheter le précieux appareil, Méliès se tourna vers Londres, et les travaux réalisés par Robert W. Paul. En février 1896, il acheta à Paul, pour la somme de 1.000 francs, l’un de ses projecteurs Animatographe. Il acheta également quelques petits films produits par Paul, ainsi que d’autres produits par Edison. Méliès projeta ces films au Théâtre Robert-Houdin pour la première fois en avril 1896.

Avec l’aide de Lucien Korsten, il construisit une caméra faite de bric et de broc sur la base des principes de la machine Paul Acres. Cette construction fut réalisée dans l’atelier du Théâtre Robert-Houdin, à l’aide de pièces de machine provenant pour certaines des appareils de magie du théâtre.

En mars 1896, Méliès acheta à Robert W. Paul une boîte de pellicules de film Eastman, pour la somme de 45.000 francs. De retour à Paris, il découvrit que le film n’avait pas été perforé, et embaucha un rétameur dénommé Lapipe pour inventer une machine à perforer les pellicules à la main, à raison de deux trous à la fois. Six mois après la première représentation publique du cinématographe, il tournait son premier film d’une minute, La Partie de Cartes (1896).

Malgré d’énormes risques financiers, à une période où l’avenir de cette industrie naissante était encore inconnu, Méliès décida de construire un bâtiment "en dur"  » où il pourrait à tout moment produire ses films. Entre septembre 1896 et mars 1897, il fit construire un studio et lança la Star Film, qui sera la première compagnie exclusivement dédiée au cinéma.

Le studio de Méliès dans sa propriété de Montreuil et la machninerie qui l'accompagne

Entre 1896 et 1900, Méliès s’essaya avec succès à tous les genres, et mit également au point les innovations techniques qu’il allait utiliser durant toute sa carrière de cinéaste. Il aurait ainsi été, dès 1897, l’un des seuls cinéastes au monde à avoir filmé à la lumière artificielle, avec une combinaison de quinze lampes à arc et de quinze lampes à vapeur de mercure pour filmer le chanteur Paulus dans son répertoire. La même année, il tourne la première adaptation du Malade imaginaire de Molière. En 1898, sa caméra s'étant bloquée accidentellement lors d'un tournage place de l'Opéra, il a la surprise de voir se succéder à la projection un autobus et un corbillard : ce gag involontaire ne restera pas sans lendemain. De plus en plus, il s'oriente vers des sujets féeriques, riches en "illusions fantasmagoriques". Ce qui ne l'empêche pas de tourner, en 1899, un film presque réaliste sur L'affaire Dreyfus, en reconstituant décors et personnages à partir d'illustrations publiées dans la presse.

Un grand début de siècle

Au début du siècle, le cinéma commença à s’installer dans des salles fixes, délaissant lentement les champs de foire. Méliès s’efforça de produire des films plus longs et plus complexes, à l’opposé des simples petits films conçus pour les espaces forains. Les années 1901 à 1904 furent les plus belles pour Méliès qui savoure alors pleinement le succès artistique et financier. Sa production se diversifie : grands spectacles (Jeanne d'Arc, Le royaume des fées), actualités reconstituées (L'éruption du mont pelé, Le sacre d'Edouard VII), adaptation de "classiques" (Les aventures de Robinson Crusoë, La damnation de Faust). Un gag tel que celui de L'homme à la tête de caoutchouc surprend aujourd'hui encore. Son génie décoratif évoque Robida ou Gustave Doré, sa fantaisie anticipatrice en fait un précurseur de la science-fiction moderne. Ses meilleurs films sont fondés sur le thème du voyage : Voyage dans la lune (1902), Voyage à travers l'impossible (1904), Les quatre cents farces du diable(1906), Deux cent mille lieues sous les mers (1907).

Dans ce contexte d’expansion, la Star Film ouvrit en 1903 une succursale à New York, au 204 East 38th Street, dirigée par le frère de Méliès, Gaston. Ce nouveau bureau avait été installé pour protéger la Star Film du piratage, grâce au système du copyright américain, et pour la vente directe de copies sans passer par d’indélicats intermédiaires. En 1903, la Star Film avait également des agences à Berlin, Barcelone et Londres.

Le réseau des Nickleodeons était né en 1905, et dès 1908, dix mille cinémas bon marché à cette enseigne avaient vu le jour à travers l’Amérique. Le programme de ces Nickleodeon était modifié quotidiennement, créant un besoin de trente à soixante films par semaine pour chaque lieu.

Afin de tenter de répondre à cette nouvelle demande, la Star Film Paris augmenta sa production, et explora toutes sortes de nouveaux genres, passant du burlesque au réalisme social. Les films étaient vendus aux exploitants, à des prix variant en fonction du thème et de la complexité de la production. Lorsque ce choix existait, il y avait un prix pour la version noir et blanc et un autre, bien plus élevé, pour la version en couleur. Méliès reconnaissait que ses prix étaient plus élevés que ceux de la concurrence, mais le justifiait en expliquant que ses productions demandaient bien plus de travail et d’attention que celles des autres.

En 1908, Gaston Méliès quitta New York et ouvrit à Chicago une nouvelle société de production, la Méliès Manufacturing Company, afin de produire davantage de films pour permettre à la Star Film d’atteindre les quotas de production exigés par la Motion Picture Patents Company (MPPC).

A Paris, Méliès travaillait d’arrache-pied dans ses deux studios de Montreuil pour atteindre les 1000 pieds (300m) de films produits chaque semaine exigés par la MPPC. En 1908, la Star Film avait plus que triplé sa production par rapport à l’année précédente. Pour redresser ses finances fragiles, Méliès retourna à la scène, reprenant du service dans les représentations du Théâtre Robert-Houdin. A la fin de l’année, puis l’année suivante, Méliès fit une tournée avec une pièce appelée Le Fantôme du Nil.

En 1908, lors du Congrès International des Producteurs de Films dont il était le président, il réussit malgré une forte opposition à faire accepter et adopter la standardisation de la perforation des pellicules de films.

Les années Pathé

Ses films ayant été beaucoup piratés aux Etats-Unis, Méliès, à partir de 1903, a déposé à la Library of Congress de Washington certains titres sous forme de copies papier, "paper prints" destinées à assurer une protection du droit d’auteur par le copyright. Mais ses trouvailles sont pillées sans vergogne, ses films contretypés à l'étranger et diffusés hors de tout contrôle, des firmes plus solides que la sienne (Gaumont, Pathé) le concurrencent.

En 1911, Pathé devint le distributeur exclusif de la Star Film, disposant désormais du contrôle éditorial sur la longueur et la structure des films. Pathé dut avancer l’argent nécessaire aux productions de Méliès, mais prit en garantie le mobilier et le studio de Montreuil.

Le dernier film de Méliès, Le voyage de la famille Bourrichon fut en fait produit comme tous les films de 1911 et 1912 sous le contrôle total de Pathé. Aucun de ses derniers films ne se vend bien. Le public lui-même se lassant de ses féeries. Sa dernière grande production (A la conquête du pôle, 1912) se solde par un grave échec commercial. Méliès doit ainsi beaucoup d’argent à Pathé. Il est écarté de la production de son dernier film, une comédie dans le style de Max Linder adapté d’une pièce de Labiche, et pour aggraver les choses, le film ne fut jamais distribué par Pathé.

Le déclin de Méliès est dû tout autant à des problèmes financiers qu'à des productions qui ne se renouvellent pas assez. Sa conception du cinéma est trop proche d’une certaine forme de théâtre pour qu’il puisse sortir de son univers, désormais peuplé de magie, de démons et de princesses emprisonnées. Méliès continua à jouer et montrer ses films au Théâtre Robert-Houdin jusqu’en 1914.

Une fin de vie très difficile.

Pendant la première guerre mondiale, les cinémas et théâtres de Paris sont fermés. Cependant, en 1915, la famille retourna à la capitale et le Théâtre Robert-Houdin fut réouvert. En 1917, le studio de Montreuil servit d’hôpital pour les blessés de guerre, tandis que le second studio fut transformé en cinéma. Un grand nombre de copies sont perdues lors de l’occupation des bureaux du Passage de l’Opéra par l’armée. Les films sont fondus pour en extraire l’argent et, ironie du sort, être convertis en celluloïd pour les talons de bottes des soldats (il eut encore la force d'en rire : "Vous voyez, dit-il, on a marché dessus ! ").

En 1920, Méliès donna sa dernière représentation au Théâtre Robert-Houdin. Le théâtre fut ensuite loué, tout d’abord pour des troupes de théâtre, puis devint un cinéma jusqu’en 1923, année de sa démolition pour permettre l’aménagement du boulevard Haussmann. Méliès aura exploité ce lieu mythique durant 35 années. Les copies conservées au théâtre furent vendues au poids à un revendeur spécialisé dans les films de deuxième choix pour amateurs.

1923 fut une année terrible pour Méliès. Pathé saisit la propriété de Montreuil, après que la législation spéciale en vigueur pendant la guerre soit arrivée à son terme. Méliès et sa famille continuèrent d’y occuper un petit appartement jusqu’en 1924. Dans un moment de colère, Méliès brûla tout le stock de négatifs dans le jardin de Montreuil, pour avoir plus d’espace de vie pour sa famille.

En 1925, Méliès se remarie. Sa collègue et amie de longue date, Jehanne d’Alcy, avait elle aussi vécu des moments difficiles mais avait réussi à acheter un petit magasin à la gare Montparnasse. Ensemble, ils tiennent ce petit kiosque en vendant des confiseries et des jouets aux voyageurs de passage.

Une reconnaissance tardive

Le metteur en scène René Clair est persuadé que Méliès est encore en vie. Clair, J.G. Auriol et Paul Gilson jouent un rôle majeur dans la révélation du sort de Méliès : ils publient un article sur Méliès dans La Revue du Cinéma, en 1929, lançant l’idée d’un gala de rétrospective la même année.

En 1920, Jean Mauclaire avait découvert quelques copies de Méliès dans la propriété de l’exécuteur testamentaire des propriétaires des magasins Dufayel. Ces copies faisaient partie d’un lot de films autrefois projetés aux clients et à leurs enfants dans le grand magasin d’ameublement. Après une première projection de ces copies au Studio 28, salle spécialisée dans l’avant-garde, le Gala Méliès est célébré Salle Pleyel, à Paris, le 16 décembre 1929. Les quelques films de Méliès survivants étaient accompagnés de Forfaiture (1915), de Cecil B. de Mille. A la même époque, Méliès fait don des automates du Robert-Houdin au Musée des Arts et Métiers de Paris, qui malheureusement revendit ou détruisit ensuite ces précieuses machines de théâtre du 19e siècle.

Les films retrouvés par Jean Mauclaire furent conservés à la Cinémathèque française, et transférés de Paris à Tours en 1940, durant les années les plus sombres de la Guerre. Par la suite, presque tous les films furent confisqués par les nazis, et perdus à jamais.

En 1932, Méliès peut quitter le froid glacial de la Gare Montparnasse. Une mutuelle d’entraide créée pour les anciens artistes du cinéma venait d’acquérir des locaux près de l’aéroport d’Orly. Méliès, sa femme et sa petite-fille Madeleine peuvent s’installer dans un appartement de trois pièces, qu’il occupe jusqu’à sa mort. Il est emporté en trois mois par un cancer, et disparait le 21 janvier 1938 à l’hôpital Léopold Bellan à Paris. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise le 25 janvier. Parmi les personnalités présentes à son enterrement, se trouvent René Clair, Henri Chomette, Nadia Sibirskaia, Ferdinand Zecca, Alberto Cavalcanti et Louis Aubert. Sur sa tombe, on lit encore aujourd’hui : “Méliès, créateur du spectacle cinématographique 1861-1938”.

Tombe de Georges Méliès au cimetière du Père-Lachaise

Méliès ressuscité par Lobster

Les éléments originaux (négatifs) des films de Méliès ayant disparus en 1924, brûlés par Méliès lui-même ruiné et désespéré, le seul espoir de pouvoir les restaurer est, depuis le début des années 30, de retrouver des copies de projection, égarées ou abandonnées chez des particuliers, dans des salles de projection, chez des forains, ou dans des lieux du hasard.

Jusqu’en 1907, les films étaient vendus, et leur propriétaire pouvait les passer dans les lieux de son choix, autant de fois que durerait la copie. Certains exploitants américains, australiens, russes, etc. ont ainsi pu faire l’acquisition de copies, et disparaître sans laisser de traces.

Les cinémathèques du monde entier les recherchent depuis plus de 75 ans et chaque nouvelle découverte est un événement pour la communauté des amateurs de cinéma muet.

La famille Méliès, et notamment la petite fille de l’auteur, Madeleine Malthête-Méliès, se bat depuis des années contre l’oubli, lançant des appels, projetant ses films dans des spectacles magiques. Mais malgré cela, il est en général assez rare de voir des films de Georges Méliès dans de bonnes conditions.

Le coffret cinq DVD édité par Lobster en 2009 permet de revoir 173 films. Un sixieme DVD complète le coffret définitif de 2010 portant à 199 le nombre de films retrouvés. C'est le fruit de 25 ans de recherches aux quatre coins du monde et de collaborations internationales pour récupérer toutes les copies accessibles, qu’elles soient complètes ou partielles, puisque après des centaines de projections, et des dizaines d’années d’oubli, elles ont pu être partiellement ou totalement détruites.

Pour certains titres, il a été possible de trouver des sauvegardes effectuées directement à partir des négatifs d’origine, ce qui donne au film une netteté et une perfection proche de celle d’un film tourné aujourd’hui, alors que l’image a plus de 100 ans (Les merveilleuses cartes vivantes, Le Tripot clandestin, ou la fin du Palais des Mille et une Nuits). D’autres, malheureusement, n’ont pas eu cette chance, et ne restent visibles qu’avec une image médiocre (Tom whisky ou l’illusionniste toqué).

Certains films n’existent plus que sous forme de fragments (Les Infortunes d’un Explorateur, 1900, Lully ou le violon brisé, 1908 ou Pour l’étoile S.V.P., 1908). D’autres, considérés comme perdus, sont retrouvés (Le Magicien, 1898, ou La Danseuse Microscopique, 1898). Enfin, certains titres, qui n’étaient disponibles que dans des versions visuellement médiocres ou incomplètes sont aujourd’hui présentés dans des versions presque parfaites.

Les films étaient tournés sur pellicule noir et blanc, la seule disponible à l’époque, mais les titres les plus prestigieux étaient également proposés en couleurs, coloriés à la main, image par image. Ils étaient donc disponibles dans les deux versions, au choix de l’acheteur qui bénéficiait d’un avantage commercial s’il proposait des films coloriés. En 1908, les films en noir et blanc étaient vendus 1,25 francs le mètre (certaines féeries coûtaient le double) ; le coloriage était facturé en supplément entre 1 et 1,75 francs par mètre.

Certains films avaient été recopiés par des petits éditeurs pour la « projection à domicile » en 16mm, ancêtre du DVD. Les négatifs et copies 16mm ainsi créées étaient parfois en noir et blanc à partir de copies couleur (La Damnation du Docteur Faust, 1904).

Ces négatifs ont parfois eux-mêmes disparu, mais ont été piratés, et recopiés à nouveau. Or à chaque copie, souvent effectuée sans précaution, la définition s’estompe, les gris disparaissent et l’image se fait irrémédiablement contrastée, au point d’être difficilement regardable

Pour restaurer ces éléments d’origines si différentes, les dernières technologies photochimiques et numériques ont été utilisées ; mais les informations et les contrastes perdus le sont malheureusement à jamais.

Ainsi, les techniques de restauration avant 1980 avaient pour sérieux inconvénient de ne pouvoir estomper les rayures de l’original, le procédé d’immersion n’ayant pas encore été mis au point. Dans certains cas, si l’original existait encore, nous pourrions restaurer à nouveau, mais entre temps, il s’est souvent décomposé. Lorsque cela a été possible, nous sommes toujours repartis de l’élément le plus proche de l’original 35mm.

Dans les premières années, la caméra de Georges Méliès, comme toutes celles de son époque, présentait comme caractéristique d’imprimer le film de manière instable sur le négatif. Comme le guide film de la caméra était très simple, chaque image n’était qu’approximativement alignée avec la précédente, donnant à la projection une impression de tremblement permanent.

Grâce aux nouvelles technologies numériques, chaque film a été traité, stabilisé, les petites rayures et tâches légères ont été patiemment estompées, et les films ont ensuite été remis à leur cadence d’origine, afin d’éviter l’impression de film accéléré et grotesque qui n’existait absolument pas aux débuts du cinéma.

 

Source : Georges Méliès : A Guide to References and Resources par John Frazer (1979), adapté et révisé par David Shepard, traduit par Serge Bromberg pour le coffret Méliès.

 

Filmographie :

1896 : Une partie de cartes (1’07), Défense d'afficher (1'07) Une nuit terrible (1’07), Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin (1’15), Le manoir du diable (3'19), Le cauchemar (1’08).
1897 : L'hallucination de l'alchimiste (2'16), Le château hanté (0’44), Sur les toits (1'09), Bombardement d'une maison (1'10), La prise de Tournavos (0’56), Combat naval en Grèce (1'03), Entre Calais et Douvres (1’07), L’auberge ensorcelée (2’00), Après le bal (1’11)
1898 : Visite sous-marine du “Maine” (0’51), Panorama pris d’un train en marche (1’15), Le magicien (1’08) Illusions fantasmagoriques (1’11), Guillaume Tell et le clown (1’00). La lune à un mètre (3’11), Un homme de tête (1’05), Tentation de Saint Antoine (1’10).
1899 : L’illusionniste fin de siècle (0’58), Le diable au couvent (3’09), La danse du feu (1’04), Le portrait mystérieux (1’06) L'Affaire Dreyfus , 1-La dictée du bordereau (1’07), 2-à l’île du diable (1’04), 3-mise aux fers de Dreyfus (1’05), 4-suicide du colonel Henry (1’15), 5- débarquement à Quiberon (0’57), 6-entrevue de Dreyfus et de sa femme à Rennes (1’04), 7- attentat contre maître Labori (1’01), 8-Bagarre entre journalistes (1’07), 9-le conseil de guerre en séance à Rennes (2’11). Cendrillon (5’41), Le chevalier mystère (1’32).
1900 : Tom Whisky ou l’illusionniste toqué (0’58), La vengeance du gâte-sauce (0’54), Les infortunes d’un explorateur ou les momies récalcitrantes (0’16), L’homme orchestre (1’31), Jeanne d’Arc (10’19), Le rêve du radjah ou la forêt enchantée (2’25), Le sorcier, le prince et le bon génie (2’05), Le livre magique (2’37), Spiritisme abracadabrant (1’10), L’illusionniste double et la tête vivante (1’15), Rêve de Noël (4’15), Nouvelles luttes extravagantes (2’14), Le repas fantastique (1’32), Le déshabillage impossible (1’54), Le tonneau des Danaïdes (1’17), Le savant et le chimpanzé (1’02), Le réveil d’un monsieur pressé (1’10).
1901 : La maison tranquille (1’19), La chrysalide et le papillon (1’59), Dislocation mystérieuse (1’45) L’antre des esprits (2’55), Chez la sorcière (1’51), Excelsior ! (2’04), L'omnibus des toqués (ou blancs et noirs) (1'04), Barbe-bleue (10’18), Le chapeau à surprise (2’33), L’homme à la tête en caoutchouc (2’30), Le diable géant ou le miracle de la madone (2’01), Nain et géant (0’55).
1902 : Douche du colonel (0’58), L'œuf du sorcier (1'56), La danseuse microscopique (2’43), Eruptions volcanique à la Martinique (1'03), Le voyage dans la lune (12’46), La clownesse fantôme (1’04), Les trésors de Satan (2’39), L’homme-mouche (1’47), L’équilibre impossible (1’21), Le voyage de Gulliver à Lilliput et chez les géants (4’13), Le sacre d’Edouard VII (3’53), Les aventures de Robinson Crusoé (1'19).
1903 : La guirlande merveilleuse (3’54), Un malheur n’arrive jamais seul (2’58), Le cake-walk infernal (5’19), La boîte à malice (2’08), Le puits fantastique (3’36), L’auberge du bon repos (5’00), La statue animée (2’33), La flemme merveilleuse (2'01), Le sorcier (3’22), L’oracle de Delphes (1’34), Le portrait spirite (2’18), Le mélomane (2’48), Le monstre (2’29), Le royaume des fées (16’30), Le chaudron infernal (1’45), Le revenant (3’32), Le tonnerre de Jupiter (3’32), Le parapluie fantastique (3’01), Tom Tight et Dum Dum (2’36), Bob Kick, l’enfant terrible (2’02), Illusions funambulesques (2’10), L’enchanteur Alcofribas (3’41), Jack et Jim (2’47), La lanterne magique (4’56), Le rêve du maître de ballet (2’42), Faust aux enfers (6’42).
1904 : Le bourreau turc (2’25), Au clair de la lune ou Pierrot malheureux (2’57), Un prêté pour un rendu (2’00), Un peu de feu s.v.p. (0'08), Le coffre enchanté (3’01), Les apparitions fugitives (1'58), Le roi du maquillage (2’42), Le rêve de l’horloger (2’41), Les transmutations imperceptibles (1’55), Un miracle sous l’Inquisition (2’23), Damnation du docteur Faust (4’28), Le thaumaturge chinois (3’31), Le merveilleux éventail vivant (3’23), Sorcellerie culinaire (1’43), La planche du diable (1’43), La sirène (2’48), Voyage à travers l’impossible (20’13), Le juif errant (2'57), La cascade de feu (2’50), Détresse et charité (9'38), Les cartes vivantes (2’52).
1905 : Le diable noir (4’02), Le phénix ou le coffret de cristal (1’11), Le menuet lilliputien (0’52), Le baquet de Mesmer (3'12), Le palais des mille et une nuits (21’05), Le compositeur toqué (4’36), La chaise à porteurs enchantée (3’19), Le raid Paris-Monte-Carlo en deux heures (10’17), L'île de Calypso (3'34), Un feu d’artifice improvisé (3’04), La légende de Rip Van Winckle (14’15).
1906 : Le tripot clandestin (3’07), Le dirigeable fantastique (ou Le cauchemar d'un inventeur) (2'44), Une chute de cinq étages (2’37), Jack le ramoneur (10’06), Le maestro Do-Mi-Sol-Do (3’35), La cardeuse de matelas (4’15), Les affiches en goguette (3’26), Les incendiaires (7’26), L’anarchie chez Guignol (0’26), L’hôtel des voyageurs de commerce ou les suites d’une bonne cuite (3’31), Les bulles de savon vivantes (3’40), Les quatre cents farces du diable (17’00), L’alchimiste Parafaragaramus ou la cornue infernale (3’25), La fée Carabosse ou le poignard fatal (11’57).
1907 : Robert Macaire et Bertrand, les rois des cambrioleurs (10'46), La douche d’eau bouillante (4’09), Deux cent milles sous les mers ou Le cauchemar du pêcheur (10'01), Les fromages automobiles (4’12), Le mariage de Victoire (8'20), Le tunnel sous la Manche ou le cauchemar franco-anglais (14’34), Eclipse de soleil en pleine lune (9’17), Pauvre John ou les aventures d’un buveur de whisky (5’35), La colle universelle (5’10), Satan en prison (5'06), Ali Barbouyou et Ali Bouf à l’huile (1’36).
1908 : Le tambourin fantastique (5’50), La cuisine de l’ogre (5’12), François 1er et Triboulet (4'53), Il y a un dieu pour les ivrognes (3’45), Les torches humaines (2’56), Le génie du feu (4’33), Why that actor was late (5’43), Le rêve d’un fumeur d’opium (5’07), La photographie électrique à distance (6’09), La prophétesse de Thèbes (1’42), Salon de coiffure (2’56), Le nouveau seigneur du village (8’48), L’avare (4’50), Le conseil du pipelet ou un tour à la foire (7’34), Lully ou le violon brisé (3’13), Les patineurs (7’02), Amour et mélasse (5’07), Les mésaventures d’un photographe (3’20), Le fakir de Singapour (5’08), A tricky painter’s fate (3’48), French interpreter policeman (7’15), Anaïc ou le balafré (9’59), Pour l’étoile S.V.P. (1’30), Conte de la grand-mère et rêve de l’enfant (5’12), Hallucinations pharmaceutiques ou le truc du potard (13’28), La bonne bergère et la mauvaise princesse (13’31), (Non-identifié, 1’30).
1909 : Hydrothérapie fantastique (9'55), Le locataire diabolique (7’01), Les illusions fantaisistes (4’45), Papillon fantastique (1'50).
1911 : Les hallucinations du baron de Münchausen (10’31), Le vitrail diabolique (7'20).
1912 : A la conquête du pôle (30’22), Cendrillon ou la pantoufle merveilleuse (23’45), Le chevalier des neiges (16’01).
1913 : Le voyage de la famille Bourrichon (15’23).