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En
Amérique, à la fin des années 1960, Arthur et Annie Pope
formaient un couple uni malgré la différence de leurs origines
: il était le fils de prolétaires communistes, elle était
issue de la grande bourgeoisie, fille d'une célèbre concertiste
et promise elle-même à un brillant avenir de pianiste. Tous deux
faisaient partie de ces radicaux de gauche qui protestaient de façon
violente contre la guerre du Viêt-nam.
En 1971, un attentat organisé par eux contre une usine de napalm a mal tourné : un gardien a été grièvement blessé. Depuis, les Pope sont en fuite et constamment sur le qui-vive. Dès que le F.B.I. retrouve leur trace, ils changent de ville, de métier, d'apparence et d'identité. Si leur plus jeune fils, Harry, prend cette existence nomade comme un jeu excitant, l'aîné, Danny, qui a dix-sept ans, voudrait pouvoir enfin poursuivre des études normales, avoir des copains et des petites amies, ne plus être obligé de se cacher et de mentir.
Dans son nouveau lycée, ses dons de pianiste et sa culture musicale
le font remarquer de son professeur, Mr Phillips, dont la fille, Lorna, s'intéresse
aussi à lui. Mais bridé dans ses élans par l'idée
que, du jour au lendemain, il devra partir précipitamment, Danny se
montre très réservé. Poussé par Mr Phillips, il
passe avec succès une audition pour la prestigieuse Académie
Juilliard de musique, mais y entrer supposerait une séparation définitive
d'avec ses parents.
Devant le cas de conscience de son fils, Annie prend contact avec son père, qu'elle n'a pas vu depuis quinze ans, et lui demande de prendre soin de Danny. D'ailleurs, les événements se précipitent. Gus Winant, un ancien compagnon de lutte, ayant été tué alors qu'il cambnolait une banque, l'étau se resserre autour des Pope. II leur faut fuir à nouveau, laissant cette fois Danny libre face à son destin.
Né à la fin des années 1960 au sein du mouvement étudiant américain, le Weather Underground est un groupe radical issu du SDS (Students for a Democratic Society). Dans un contexte de guerre du Vietnam, de luttes pour les droits civiques et de répression policière, ces jeunes militants choisissent la clandestinité et l’action violente pour dénoncer l’impérialisme américain. Entre 1970 et 1975, ils revendiquent plusieurs attentats à caractère symbolique contre des institutions gouvernementales (Pentagone, Capitole) sans faire de victimes, accompagnés de manifestes appelant à la révolution. Parmi ses figures emblématiques, Bernardine Dohrn et Bill Ayers, intellectuels charismatiques, deviennent des icônes de la contestation radicale. Leur itinéraire inspire le couple de fugitifs Arthur et Annie Pope du film, dont la fuite perpétuelle traduit à la fois la ferveur idéaliste de ces années militantes et le désenchantement d’une génération confrontée au poids de ses choix politiques.
Le passé militant des parents — leur engagement radical contre la guerre du Vietnam — continue d’imprégner leur vie quotidienne. Lors de l’anniversaire d’Annie, le prénom « Sam » sur le gâteau rappelle la victime blessée de l’attentat, signe d’une culpabilité vivace. Les cadeaux faits main, loin d’être anecdotiques, traduisent le refus du consumérisme hérité de leur combat politique.Le titre du film renvoie à l’épuisement d’un combat politique désormais obsolète dont la famille Pope assume les douloureuses conséquences, tandis que Gus, leur ancien camarade de lutte s’engage dans une fuite en avant criminelle à l’issue fatale. À cet égard, le film propose une méditation désabusée sur le prix à payer de l’idéalisme révolutionnaire pour les militants de la guerre du Vietnam.
L’histoire d’amour entre Danny et Lorna condense les tensions majeures du film : l’opposition entre fidélité à la cellule familiale et désir d’émancipation. Dès leur rencontre autour du piano, Danny entrevoit un monde de stabilité et d’harmonie, dans lequel il peut pleinement exprimer son goût pour la musique. Mais cet élan se heurte à sa loyauté familiale qui le conduit à repousser Lorna pour préserver le secret de ses parents. La scène de la fenêtre, citation de Roméo et Juliette, rejoue le motif des amours empêchées, mais le film en déplace l’issue : au lieu d’un renoncement tragique, l’amour devient le vecteur d’une émancipation rendue possible par le renoncement d’Arthur qui accepte que son fils suive sa propre voie. Cette décision permet de retisser le fil de l’histoire familiale : Danny habitera désormais chez ses grands-parents pour étudier à l’université Juillard, reprenant à son compte l’ambition artistique de sa mère qui l’a initié à la musique.
Source : Dossier de Youri Deschamps pour lycéens au cinéma