Soupçons
1941

(Suspicion). Avec : Cary Grant (Johnnie Aysgarth), Joan Fontaine (Lina McLaidlaw), Sir Cedric Hardwicke (Le général McLaidlaw). 1h39.

Lina Mclaidlew s'éprend de Johnnie Aysgarth rencontré dans le train, et l'épouse sans demander l'avis de ses parents. Johnnie, qui n'a pas de fortune personnelle, joue sans compter, et Lina déçue, est prête à le quitter. Le père de Lina meurt sans laisser d'argent au couple et Johnnie, avec son ami Beaky monte une opération immobilière spéculative...

Hitchcock raconte que le problème qu'il avait eu avec Ivor Novello pour The Lodger se posait à nouveau : on ne pouvait faire d'une grande vedette un criminel. Mais si Johnnie avait bien été un meurtrier -ce qu'il est dans le livre !- le film n'aurait été que l'histoire d'un séduisant criminel dont la femme découvre peu à peu - et dès lors sans ambiguïté - le comportement criminel. Le personnage principal du film aurait été l'homme et certainement pas celui de la frêle Lina. Hitchcock retrouve en effet Joan Fontaine qu'il dirigea quelques mois seulement avant dans Rebecca et c'est elle l'héroïne du film et non pas Cary Grant, que Hitchcock dirige ici pour la première fois avant Les Enchaînés, La main au collet et La mort aux trousses.

Lina fait de son mari un des nombreux faux coupables hitchcockien, l'histoire est constamment observée de son point de vu et le spectateur est perpétuellement conduit par elle sur de fausses pistes. Lina imagine et visualise même (quelques années avant Le Grand Alibi, Hitchcock n'hésite d'ailleurs pas à montrer -brièvement- au spectateur une scène qui n'a jamais existé autrement que dans l'esprit malade de son héroïne) la mort de Beaky alors que ce dernier est toujours vivant et tout lui est bon pour soupçonner ce mari qu'elle croit capable de tuer. S'il lui apporte un verre de lait, c'est pour l'empoisonner, s'il l'emmène en voiture, c'est pour le précipiter dans le vide et si le malheureux Beaky est mort ce ne peut-être que de la main de Johnnie.

La première leçon du film est que Lina, au début, n'aimait sans doute pas assez son mari pour ne pas douter de lui. Comme si son mariage n'avait été dans un premier temps que le moyen d'échapper à sa famille et notamment à l'autorité trop envahissante de son père. Elle apparait comme une femme sexuellement frustrée. Sa manière de coiffer ses cheveux et ses lunettes sont les attributs évidents de la jeune femme célibataire incapable de se marier. Ce n'est pas une coïncidence si l'une des scènes montre Lina entendant ses parents déplorer cette situation ! Comme plus tard Marnie, elle préfère la compagnie des chevaux à celles des hommes et croit qu'il suffit de leur passer un mors au dent pour les dresser.

Ce ne sera qu'à la fin que Lina, débarrassée de ses doutes, pourra pleinement aimer son mari, consciente des heures et des jours gâchés par la faute de ses soupçons insensés. L'habilité avec laquelle Hitchcock passe de la comédie romanesque au drame criminel n'est pas pure virtuosité mais pourrait nous signifier qu'il n'est pas d'amour possible sans épreuve. Pour l'avoir sous-estimée, Lina aura dû aller au fond de son angoisse avant que la dernière scène du film - la conversation de Lina et de Johnnie après la séquence dramatique de la voiture- n'agisse comme une catharsis, la libérant de ses soupçons.

 

 

Test du DVD

Editeur : Montparnasse. Octobre 2007. Format: 1.37.

   
Coffret Cary Grant

L’impossible Monsieur Bébé (Howard Hawks, 1938) Mon épouse favorite (Garson Kanin, 1941) Soupçons (Alfred Hitchcock, 1941), Lune de miel mouvementée (Leo McCarey, 1942) Un Million clés en main (H.C. Potter, 1948).

Retour à la page d'accueil

Genre : Film noir
Voir : Photogrammes
dvd chez Carlotta Films