Les yeux sans visage
1959

Le professeur Genessier, gloire de la chirurgie, est obsédé par le visage de sa fille Christiane, rendue méconnaissable à la suite d'un accident de voiture. Seuls les yeux de la jeune fille restent intacts; les traits sont devenus hideux. Genessier endosse la responsabilité de l'accident et ne pense qu'à remodeler chirurgicalement la figure de Christiane. Il faut pour cela trouver des jeunes filles rappelant la malade, s'en emparer, et, par des greffes redonner vie aux chairs mortes de celle qu'il chérit. Son assistante, Louise, qu'il a sauvée autrefois et qui est devenue son âme damnée, lui sert d'appât. Mais les tentatives sont décevantes. Une jeune fille affreusement défigurée se trouve à la morgue; Genessier feint de la reconnaître comme son enfant. Il égare ainsi tous soupçons.

Christiane survit, solitaire et désespérée, dans une grande villa des environs de Paris. Cependant les tentatives de greffes se poursuivent et se soldent toujours par des échecs. Les cadavres se multiplient et l'ancien fiancé de Christiane, Jacques, inquiet et alerté par les coups de téléphone de la recluse, alerte la police. Le professeur est finalement démasqué; les chiens qui lui servaient de cobayes le dévorent, Christiane qui les avaient libérés s'éloigne à jamais de ces lieux d'épouvante, dans le battement des ailes de colombes dont elle a aussi ouvert les cages.

Habituellement rangé parmi les films fantastiques, Les yeux sans visage est peut-être un précurseur français du giallo. Genre à la frontière du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme, il connait son heure de gloire dans les années 1960 à 1980 en Italie. Les films de ce type sont caractérisés par de grandes scènes de meurtres excessivement sanglantes commis par des psychopathes, une pointe de fantastique, un jeu de caméra très stylisé et une musique en forme de ritournelle inquiétante.

Mi-docteur Frankenstein, mi-tueur en série, le docteur Génessier (Pierre Brasseur, sobre et inquiétant) tue au nom de l’amour paternel mais est aussi obsédé par la performance chirurgicale. La scène d'opération en temps réel (5'30) est encore aujourd'hui très éprouvante, allant jusqu'au bout du décollement de la peau. Cette scène a d'ailleurs été censurée à la sortie du film, car les spectateurs s'évanouissaient dans les salles de cinéma.

La part fantastique du film tient à l'accord poétique des personnages avec les animaux : le docteur sera dévoré par ses chiens et Christiane (Edit Scob, regard mélancolique sous son masque et démarche aérienne) les ayant libérés libére aussi les colombes dont l'une se pose sur son épaule avant de ne plus quitter son avant-bras lorsqu'elle s'enfonce dans la nuit sur le plan final.

Les notes de musique de Maurice Jarre semblent enfermer Christiane dans une ritournelle légère mais sans fin, lui laissant peu d'espoir de bonheur. Enfin le splendide noir et blanc d’Eugen Schüfftan, loin de vouloir imiter l’atmosphère sombre de Frankenstein (James Whale, 1931) ou des Chasses du comte Zaroff (Ernest B. Shoedsack, 1932) exacerbe la cruauté du destin de Christiane.

Pedro Almodovar dans La piel que habito (2011) et Leos Carax dans Holy motors (2012) ont rendu hommage au film qui, longtemps trop étrange et solitaire en France,  devient progressivement un classique international.

Jean-Luc Lacuve, le 19 août 2019.

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Avec : Pierre Brasseur (Docteur Génessier), Edith Scob (Christiane Genessier), Alida Valli (Louise), François Guérin (Jacques Vernon), Alexandre Rignault (L'inspecteur Parot).1h28.
Genre : Giallo