La voix off de Fellini s'exprimant en anglais nous conduit dans les décors en pleine campagne d'un film qui ne s'est jamais fait, Le voyage de Mastorna. Un violoncelliste devait débarquer d'un avion dans ce paysage absurde. Tout est plus beau maintenant, en ruine et recouvert d'herbe, dans ces decors dominés par la cathédrale de Cologne où erre une faune étrange de hippies. Mastorna a échoué, Mastorna est une ville, triste et funèbre dont la beauté évoque la folie.

Dans la remise des décors, Fellini discute avec sa scripte, Marina Borato. L'Allemagne avait été choisie comme décor car l'Allemagne est toujours dépaysante. Mastorna n'est pas encore arrivée, mais en attendant, Fellini a d'autres projets.

Petronius, l'auteur de Satyricon, flâne dans le Colisée en compagnie de Fellini et de travestis qui n'aiment pas être filmés. Giulietta Massina présente la scène de l'homme au sac coupée dans Cabiria. Fellini a vu ses premiers vrais romains au cinéma, au travers d'un péplum burlesque.

Pasquale de Santis le cameraman, Marina, et Fellini ont prit place dans une voiture la nuit en compagnie de Genius, un voyant, pour retrouver les anciens romains la sur via Apia Antica. Près du tombeau de Cecilia Metella, la séance de spiritisme tourne court

Pourtant les prostitués de la voie apienne, présentes et passées fusionnent. Trois chauffeurs de camions transformés en légionnaires romains en font l'étrange expérience. Le professeur Genius dans le métro hallucine les anciens romains sont là.

Toujours sur la voie apienne, Fellini rend visite à son ami Marcello Mastroianni. C'est un romain avec ses qualités et ses défauts. Interrogé par des journalistes sur la différence entre une latine et une femme du Nord, sur un livre à emporter sur une île déserte, il répond, l'odeur et que, oui, c'est une bonne mère et, pour le livre, il choisirait peut-être la bible mais plus sûrement un mode d'emploi pour construire une maison ou installer une ligne de téléphone. Alors qu'il essaie un manteau de fourrure en plein été, Fellini lui demande de prendre l'air viril et humble. Les journalistes s'extasient sur son l'élégance qui tient à la simplicité. Quand avez vous su que les femmes vous aimaient ? lui demandent-elles. Quand j'ai su que j'aimais les femmes ? répond-il en regrettant cette responsabilité d'être un latin lover. "Je ne suis qu'un séducteur" dit-il alors qu'un car de touristes vient le voir car, star de La dolce vita, il est aussi connu que le Colisée. Fellini s'interroge, sera-t-il Mastorna ?

Partie 2. Elle commence par un essai de Marcello Mastroianni pour Mastorna mais le personnage ne vient pas. L'abattoir de Rome à cinq heures du matin. Les bouchers qui sont là seront gladiateurs, sénateurs ou empereurs dans le prochain film de Fellini. Catarina Borato, la mère de la scripte y interprétera une femme cruelle.

Dans le bureau de Fellini, c'est le défilé des figurants avec explication doublée en anglais. "Je sais, ça peut sembler cynique cruel. Mais non, j'aime beaucoup ces personnages. Ils me pourchassent, me suivent d'un film à l'autre. Ils ont un peu fou, je le sais. Ils disent avoir besoin de moi. Mais à vrai dire, j'ai bien plus besoin deux. Ils ont pleins de qualités. Ils sont calmes mais parfois aussi très agitées ".

Longtemps considéré comme perdu, le film, commandé par Peter Goldfrab pour la chaîne de télévision NBC en 1969 a été restauré dans sa version intégrale à partir des prises en 16mm.

Bloc-notes de cinéaste composé des souvenirs de scènes coupées (celle de l'homme au sac dans Les nuits de Cabiria) des envies de films à faire (Le voyage de Mastorna, un péplum burlesque et surtout le Satyricon qui se prépare), de rencontres avec des stars (Marcello Mastroianni, Giulietta Massina, Catarina Barato) mais surtout les seconds rôles rencontrés dans la nuit romaine ou qui viennent à sa rencontre dans son bureau.

L'ensemble est dominé par la possibilité de voir surgir la Rome antique, cruelle et sanglante sous le vernis de l'élégance romaine actuelle. Possibilité vécue comme la vraie vie et non comme une pulsion naturaliste cauchemardesque.

 

Test du DVD

Editeur : Carlotta-Films, novembre 2009.

DVD 1 Bloc-notes d'un cinéaste (1969, 0h49), Le journal secret d'Amarcord (1973, 0h43). E il Casanova di Fellini ? (1975, 1h13). DVD 2 : Fellini (1961, 2h12). Ciao Federico ! (1970, 1h00).

 

 

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Bloc-notes d'un cinéaste
1969

(Block-notes di un regista). Avec : Ennio Antonelli, Caterina Boratto, Marina Boratto, Federico Fellini, Giulietta Masina, Marcello Mastroianni, Nino Rota, Alvaro Vitali. 0h49.

dvd chez Carlotta Films