La tortue rouge

2016

Genre : Merveilleux

Un certain regard Avec les voix de : Emmanuel Garijo (Le père), Tom Hudson (Le fils adolescent) Baptiste Goy (L'enfant), Barbara Beretta (La mère). 1h48.

Rescapé d'un naufrage, un homme échoue sur une île déserte à la végétation luxuriante. Malgré les dangers de la nature, rien n'y manque à sa survie : ni l'eau douce, ni les fruits, ni les cannes de bambous grâce auxquelles il entreprend la construction d'un radeau. Son embarcation achevée, il prend la mer. Mais une force mystérieuse la fait voler en éclats. Furieux, il se lance dans la réalisation d'un deuxième radeau qui subit le même sort. Épuisé, sujet au délire, l'homme sort finalement de son abattement et se remet à l'ouvrage. Cette fois, la cause de ses malheurs apparaît : c'est une tortue rouge gigantesque qui détruit une nouvelle fois son esquif mais le laisse sain et sauf.

L'homme revient sur l'île, fou de rage. Apercevant la tortue sur la plage, il la frappe violemment et la retourne sur le dos. Puis il reprend la construction d'un radeau, mais le remords le rattrape. Il veut sauver l'animal, mais il est trop tard. La carapace de l'animal inerte se fend et, sous les yeux de l'homme, la tortue se transforme en jeune femme dont il devient éperdument amoureux. Un enfant naît.

Découvrant une bouteille vide apportée par la mer, il voit son père et sa mère lui expliquer, par des dessins, qu'il existe d'autres êtres vivants, sur la terre et dans la mer. Les années passent. L'enfant grandit et fait l'apprentissage de sa double nature humaine et animale. Un jour, un tsunami s'abat sur l'île. Celle-ci est dévastée. Le fils retrouve sa mère blessée. Mais son père a disparu. Accompagné par trois tortues, il part à sa recherche derrière la barrière de corail. Il le sauve de la noyade. La famille brûle dans un grand brasier les cannes de bambous qui jonchent l'île.

Un autre jour, le fils retrouve la bouteille vide. Il rêve de partir. Ses parents le comprennent. Il leur fait ses adieux et plonge rejoindre les trois tortues qui l'attendent pour nager vers le large. Les saisons passent. L'homme et la femme vieillissent ensemble. Une nuit, les yeux de l'homme se ferment pour toujours. La femme veille son corps. Puis elle retrouve sa forme de tortue et reprend la mer.

"Bien que fabriqué en France au studio Prima Linea, le film est né à l'initiative des Japonais de Ghibli, dont il constitue la première coproduction étrangère, initiée et accompagnée par Isao Takahata.

Le film s'ouvre sur un naufrage dont le seul survivant échoue sur une île déserte. Depuis le roman de Daniel Defoe, le genre littéraire et cinématographique auquel appartient ce type de récit a un nom: la « robinsonnade». L'histoire imaginée par Michael Dudok de Wit en respecte les codes dans les premières scènes du film. Échoué sur le rivage, l'homme espère y trouver un compagnon d'infortune. Attente rapidement déçue. Puis il explore l'île, en découvre les ressources et les dangers. Enfin, il cherche le moyen de fuir, de s'évader de sa prison de solitude. Ses tentatives successives se soldent par un échec : l'homme est condamné à rester sur l'île. Là où le récit diverge ostensiblement de son modèle, c'est par la forme donnée à l'obstacle qui interdit toute fuite au naufragé: la tortue rouge qui donne son titre au film, et qui en est le mystère. L'animal n'apparaît qu'à la troisième tentative d'évasion. Les deux premières fois, c'est une force invisible qui détruit le radeau et oblige l'homme à regagner l'île à la nage. À la troisième occurrence seulement, la force s'incarne sous la forme d'une tortue de mer à la couleur et aux dimensions extraordinaires. L'animal imaginé par Michael Dudok de Wit est de portée mythologique. D'abord parce que la tortue de mer vient du fond des âges : dotée d'une longévité supérieure à l'homme, elle est comme une présence séculaire (sa lenteur, son aspect archaïque, sa puissance soulignent cette métaphore). Mais surtout parce que l'animal se métamorphose en femme. Ici, le récit s'apparente aux légendes et aux mythes. Les créatures prenant tour à tour forme animale ou forme humaine y sont nombreuses. On pensera notamment à la mythologie gréco-romaine (L'Odyssée d'Homère et les Métamorphoses d'Ovide).

Source : Livret du CNC pour Apprentis et lycéens au cinéma