Little miss Sunshine note
2006
Genre : Road-movie
Deauville 2006 Avec : Abigail Breslin (Olive), Greg Kinnear (Richard), Paul Dano (Dwayne), Alan Arkin (Grandpa),Toni Collette (Sheryl), Steve Carell (Frank). 1h41.
Little miss Sunshine
Little miss Sunshine

L'histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été congédié par son amant. Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy.

Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine, version prépubère du concours de Miss America, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers Redondo Beach (Californie), à deux jours de route d'Albuquerque où ils habitent....

Little miss Sunshine
Little miss Sunshine

Grand prix du festival de Deauville 2006, Little Miss Sunshine est un film éminemment consensuel dont le message pourrait se résumer à : lorsque l'on a tout perdu, reste la famille.

Si les conflits entre les six membres de la famille ne sont qu'apparents, en fait tout le monde s'aime bien en dépit de ses passions respectives, leurs juxtapositions et les frictions qu'elles génèrent produisent un film extrêmement dynamique et formidablement joyeux.

Les passions extravagantes de chacun ne sont en effet jamais moquées et intégrées au service de la mise en scène. Il en va ainsi de la passion pour Nietzsche que manifeste Joey. La caricature géante du philosophe et la lecture unique du Ainsi parlait Zarathoustra ainsi que le radicalisme de son silence qui pourrait être borné forment un portrait attachant. Les messages écrits génèrent un humour plus ramassé et plus efficace que l'humour parlé. Son oncle remarque aussi que le mutisme est la seule manière de répondre au positivisme délirant du père. La communion intellectuelle sera un point d'entrée pour expliquer que la souffrance est aussi une manière de progresser pour qui cherche à trouver sa voie. L'exigence de Proust et de Nietzsche se trouve alors figurée par cette mer brumeuse, grise mais illimitée à laquelle ils font face se détournant du concours stupide qui se déroule derrière eux.

Il est aussi possible que l'on retrouve un écho de la philosophie du coup de dé lorsque le grand-père rassure Olive en lui affirmant que l'important est de tenter sa chance : qu'importe le résultat, le vrai perdant étant celui qui renonce avant même de jouer. Cette morale, très éloignée des angoisses métaphysiques des road movies des années 70, servira aussi de réconcilliation entre le grand-père et son fils lorsque celui-ci apprend l'échec de son livre.

Densifié par les passions de chacun, le film bénéficie aussi du suspens dû au manque de temps propre à toute vie familiale que redouble l'impératif d'une arrivée avant 15 heures pour arriver au but. Carburateur, mort du grand-père oubli de Olive sur la route, revues cochonnes sauvant d'une arrestation pour klaxon bruyant sont transformés en moments comiques. La précipitation comme source du comique atteint son apogée avec le concours... Les parents n'ayant jamais eu le temps d'assiter au spectacle que le grand-père, héroïnomane et amateur de sexe, avait préparé pour leur fille !

Jean-Luc Lacuve le 12/09/2006

 

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