2002

Après plusieurs années d’internement psychiatrique, Dennis Clegg est transféré en foyer de réinsertion dans la banlieue de Londres, à quelques pas de là où il a vécu enfant. Il est certain d’avoir vu, alors qu’il était à peine âgé de douze ans, son père assassiner sa mère, pour la remplacer par une prostituée dont il s’était amouraché. Dennis, surnommé Spider depuis son enfance, retourne sur les lieux du drame et replonge peu à peu dans ses souvenirs pour y mener une étrange enquête.

Dans le monde moderne, technologiquement dé(s)organisé de Cronenberg, les organes et les viscères sont refoulés comme l'inconscient le fut autrefois. Comme l'inconscient, mes viscères sont un autre moi-même, que j'ignore et qui, pourtant, me dicte sa loi comme s'il était colonisé par une intelligence animale, un alien, une déformation génétique.

Avec Spider, Cronenberg semble avoir renoncé à sa spécificité moderne et s'être replié sur la dimension de l'inconnu déjà largement explorée de l'inconscient. Comme dans La vallée de la peur, La maison du docteur Edwardes, Marnie, ou Sleepy Hollow, il s'agit de lever une amnésie due à une terreur enfantine qui empêche le passage à la vie adulte normale.

Pourtant l'inconscient tient ici surtout lieu de machine, omniprésente chez Cronenberg comme partenaire ambigüe dans le combat pour la nécessaire expulsion des entrailles pour le jaillissement des pulsions et de la sexualité. Il ne s'agit plus cette fois du telepod de La mouche, de la machine à écrire du Festin nu, des outils chirurgicaux de Faux-semblants, des voitures de Crash ou des game-pod d'eXitenZ mais de la mécanique de l'inconscient, machine à broyer les individus plus inexorable que jamais.

La figure de style la plus originale du film est de faire coexister l'image du héros adulte et celle du jeune Spider dans des séquences où M. Cleg plonge dans ses souvenirs. L'enfance comme l'écriture est une terre étrangère que l'adulte-écrivain essaie de se réapproprier. Mais vouloir coller à l'image de l'enfant est-il source de guérison ?

 

Le traumatisme

Tout au long du film sont distillés des indices qui préparent la révélation finale du traumatisme qui brisa M. Cleg enfant et qui justifia son internement psychiatrique. Les indices mettent sur une piste bien plus terrible que la première barrière défensive qui conduit M. Cleg à se souvenir, à l'exacte mi-temps du film, que son père, il en est certain, assassina sa mère pour la remplacer par la vulgaire putain dont il était tombé amoureux.

Ainsi dès l'arrivée dans la pension de Madame Wilkinson, M. Cleg est-il pris d'une peur panique devant la bouche de chauffage de sa chambre. Il ouvre la fenêtre qui n'a comme unique perspective que l'usine à gaz et pendant qu'il se recroqueville sous la fenêtre, la caméra zoome avant vers l'usine ; zoom repris lorsque Spider s'endort. L'usine s'éclaire alors brusquement, le deuxième jour commence. Au petit déjeuner, Mme Wilkinson remarque les quatre chemises portées par M. Cleg. Mais ce n'est qu'après la première vague de souvenirs que l'on comprendra que Cleg n'a pas tant peur de l'usine que de lui-même. Lorsque M. Cleg est à nouveau pris de terreur, c'est lui-même qu'il identifie comme l'origine de l'odeur du gaz. Il se renifle, se déshabille compulsivement et rajoute une couche de papier journal aux quatre chemises qu'il porte afin de masquer cette odeur insupportable qui, croit-il, provient de lui.

Entremêlée à la première série d'indices sur le gaz viennent se joindre ceux sur la toile d'araignée. Celle-ci apparaît d'abord comme protectrice. Elle semble protéger Spider dans son lit pendant que ses parents partent. Elle devient ambiguë dans la séquence de la fenêtre brisée par l'Espagnol dans l'asile et que le directeur reconstitue. Une vitre brisée, laisse obligatoirement échapper quelques fragments. Or ici, le dernier morceau vient se recoller parfaitement manifestant le désir d'enfermement de Spider. La toile d'araignée se montre peut-être plus protectrice que les pièces du puzzle qui ne veulent pas se remettre en place. Mais elle symbolise aussi l'enfermement psychiatrique de M. Cleg, sa peur de voir expulser la vérité sur son enfance. La toile d'araignée devient enfin franchement maléfique lorsque l'on comprend qu'elle déclenche la préparation d'un nouveau meurtre en souvenir du premier, accompli avec les mêmes outils : du fil et un marteau.

Comme dans tout grand film psychanalytique, la succession des indices finit par se ramifier, provoquant un affolement mental propice à la réminiscence traumatique. Spider retrouve le manteau de fourrure, "preuve" de la réincarnation d'Yvonne en madame Wilkinson ainsi que le marteau, instrument du crime, qu'il ne sait comment utiliser ici. Dans une ultime crise de confusion, Spider s'apprête à tuer la logeuse. Mais là brutalement les souvenirs lui reviennent. Il comprend que celle qu'il prenait pour une putain complice du meurtre de sa mère et que son père traîna devant la porte de sa maison, c'était sa mère qu'il venait de tuer. Mme Wilkinson se réveille et, une ultime fois, c'est la voix de sa conscience qui s'exprime à travers elle: "What have you done ?". La cure psychanalytique semble ainsi avoir réussi, le directeur de l'asile vient rechercher Spider qui, à la dernière image, reprend l'apparence qu'il avait étant enfant.

 

Seize flash-back en sept jours

Cette enquête psychanalytique est finalement la plus facile à suivre et sert même de fil rouge dans un film où le spectateur perd rapidement pied face aux différents types d'images auquel il est soumis : réalité, souvenir ou fantasme. Le film comprend en effet seize flash-back assez inégalement réparti au sein des sept jours que M. Cleg passe dans la pension.

Ainsi aucun flash-back n'intervient-il au cours de la première journée qui marque l'arrivée de M. Cleg à la gare de Londres jusqu'à son endormissement dans sa chambre de la pension de Mme Wilkinson.

La deuxième journée est marquée par deux types de réminiscence. Un bref flash- mental l'après-midi lorsqu'il est attablé dans un café dont on ne distinguera le nom " le bridge café" que bien plus tard et qui est un souvenir de son internement psychiatrique suscité par la vue d'un poster bucolique de l'Angleterre. Le soir à la pension intervient la première grande série de souvenirs structurée par cinq retours au réel de M. Cleg griffonnant et comprend la séquence de la photo érotique découverte dans un champ. Après la séquence de l'essayage de la nuisette bleue.

La sortie du flash-back n'est pas indiquée et on ne sait trop à quel moment chronologique on retrouve Spider attablé s'énervant devant le puzzle, s'écriant que cela ne va pas et envoyant toutes les pièces promener par terre. Il est toutefois probable qu'il s'agisse du lendemain, troisième jour donc, où n'intervient pas de flash-back.

Le quatrième jour, comme le deuxième, s'éclaire sur l'usine à gaz. Cleg dans sa chambre écrit, il croit sentir du gaz, s'approche de la bouche et se couvre de papiers journaux. Il écrit derrière la commode. Suit alors la deuxième grande série de flash-back qui met en scène le meurtre de la mère jusqu'à la découverte au matin par Spider de Yvonne dans le lit conjugal à la place de sa mère. Cette série, comme la première, est ponctuée de retours à la réalité de M. Cleg griffonnant. Dans cette deuxième série, les retours sont un peu moins nombreux, trois au lieu de cinq. La série contient, elle aussi, mais là en dernière place, un retour sur l'époque de l'internement psychiatrique, le moment de la tentative de suicide avec le verre de la fenêtre brisée. Cette séquence démarrée abruptement par le bruit de fenêtre brisée se termine à la première heure du film et saisit Spider au café qui aperçoit dans la glace à l'extérieur le nom Kitchener Street. Lorsque Spider sort du café, on voit que celui-ci s'appelait le Bridge café et qu'il lui sert de lieu de repos en journée. Spider marche jusqu'au 29 de cette Kitchener Street d'où sort une jeune fille avec un landau. Il pousse jusqu'au pub "dogs and beggars". Puis Cleg est près du canal ; la caméra fixe son visage. S'ouvre alors une troisième série de deux flash-back narrant, pour le premier, la fuite de Spider du domicile familial puis, en deux plans brefs, Spider endormi sur la terre du jardin ouvrier puis dans la cabane et, enfin, après un retour rapide au réel sur le visage de Spider au bord du canal, la discussion entre le père et le fils se terminant par une fausse réconciliation devant une anguille crue.

Cette image manifestement cauchemardesque précède le retour au réel de M. Cleg, se réveillant le cinquième jour : "Debout, debout "entend-t-il frappé à la porte. Ce n'est pas Mme Wilkinson mais Yvonne éméchée, portant manteau de fourrure et bouteille de gin qui vient le réveiller. Ebranlé, Spider descend les escaliers, scrute le bureau de Mme Wilkinson qui se révèle être Yvonne, certes habillée et coiffée strictement mais Yvonne quand même. M. Cleg remonte précipitamment dans sa chambre retrouve son carnet sous le tapis, le déchire au-dessus de la valise et cache les morceaux dans celle-ci. Il sort à la recherche de quelque chose (peut-être près du "dogs and beggars"). Ayant trouvé une corde, il parvient grâce à elle à fermer sa porte puis il construit sa toile, le fil tombe par terre. S'amorce alors un quatorzième flash-back mettant en scène le piège de Spider. Retour à Spider élaborant sa toile ; Il défait sa corde et sort de sa chambre. Il fouine dans la pension mais tout est fermé à clé. Il trouve le trousseau de clés abandonné sur la table

Le sixième jour s'ouvre sur un rapide plan de la cuisinière puis sur le petit-déjeuner en commun pris à 7h30. Mme Wilkinson veut récupérer son trousseau perdu hier. Elle soupçonne Spider qui nie. Il rentre dans sa chambre, veut fermer à clé, quand Mme Wilkinson entre brutalement. Elle découvre la toile, se montre sexuellement agressive, fouille la chambre, M. Cleg, mais ne trouve pas les clés… restées sur la porte. Mme Wilkinson s'en va. Avec le trousseau de clés, Spider pénètre dans sa chambre et découvre le manteau de fourrure. Dans la cuisine, il ouvre un placard et saisit un marteau et un gros tournevis. Dans la nuit, il ouvre la porte puis avec marteau et tournevis en main, il s'approche de Mme Wilkinson-Yvonne et semble avoir du mal à la reconnaître. Dans un quinzième flash-back, il se rappelle son meurtre et voit enfin qu'il a tué sa mère. Mme Wilkinson se réveille "What have you done ?"

Le septième jour, La cure à réussi. Le directeur de l'asile vient rechercher M. Cleg. Le vieux Terrence voit Spider et le directeur dans la voiture devant la porte. Spider demande une cigarette. Le directeur le ramène à l'asile. Terrence les voit s'éloigner. Dans la voiture, c'est Spider enfant que l'on semble emmener.

 

Cronenberg et Lynch

Cronenberg met en scène les déformations dus à l'imaginaire avec une dextérité et une précision qui rappelle celle de David Lynch.

Comme dans Mulholland drive, un même acteur interprète plusieurs personnages. Le spectateur met un certain temps à comprendre que Miranda Richardson interprète à la fois la mère, Yvonne puis madame Wilkinson comme il mettait du temps à identifier Camilla en Rita puis Diane en Betty. La difficulté est d'autant plus grande dans Spider que la première apparition de Yvonne n'est pas jouée par Miranda Richardson. Lorsque Spider va chercher son père au pub, la prostituée blonde qui lui montre son sein est interprété par une autre actrice (nommée flashing Yvonne dans le générique).

Comme dans Mulholland drive, la fiction rêvée est présentée avant la réalité. Betty était une jeune première prometteuse, projection fantasmée de Diane, une actrice ratée. Il est très probable aussi que, dans Spider, la vraie représentation de la mère de Spider soit Yvonne et non la mère pimpante et maquillée bien trop bourgeoise pour cet univers d'ouvrier. Le bon repas qu'elle prépare dans la première scène devait bien souvent consister en des toasts infâmes qu'elle sert à son fils à la fin. Surtout la mère est très vraisemblablement alcoolique comme le prouvent les multiples variations sur le gin-orange.

Dès lors, il n'est vraiment pas certain que la cure psychanalytique est réussie. Si M. Cleg s'était souvenu totalement de la vérité il aurait du voir le visage d'Yvonne se superposer à la mère idéale qu'il s'est fabriquée. S'il se souvient avoir tué sa mère, est-il si sûr qu'il ne dénie pas toute réalité à sa vraie mère? La vraie mère, Yvonne, ne veut pas sortir de l'inconscient. L'image finale de l'enfant dans la voiture rappelle celle du héros du Messager de Losey. A la fin du film, quand la voiture de Leo Colston s'éloignait à jamais de Brandham Hall, sous la pluie, celui-ci n'avait plus d'amour à donner et ne pouvait servir d'ultime messager depuis qu'il avait subit le traumatisme des jeux de l'amour cynique des adultes soixante ans plus tôt. Ici le jeune Spider reste un enfant aussi sec et immature devant la sexualité qui lui fait toujours horreur à l'image de sa vision de madame Wilkinson en nymphomane agressive.

L'échec de la cure est aussi marqué par la mauvaise identification des lieux. La maison de Spider n'était cette gentille maison qu'il découvre au fond d'une ruelle dans son premier souvenir mais une banale maison ouvrière dans Kitchener Street. On découvre ainsi le numéro 29 de la maison à la fin de la deuxième grande série de souvenirs, lorsque le père et Yvonne rentrent éméchés après le meurtre de la mère. Mais Spider ne semble pas la reconnaître quand il se promène le quatrième jour. C'est pourtant bien de cette maison que sortira, à la fin, Yvonne, morte, traînée par son père. On retrouve à ce moment le piétinement de Spider, ce geste compulsif qu'il refait dans les moments d'angoisse. Cette obsession des pieds se retrouve dans les multiples plans où l'on commence par découvrir les personnages au ras du sol. On serait alors tenté de penser à la dalle branlante qui déclenche la mémoire involontaire de Proust à Venise dans Le temps retrouvé. Les lieux isolés comme chez Lynch sont porteurs de symbole, ainsi, en plus de la petite maison familiale rêvée, la cabane du jardin ouvrier porte le lourd secret de la scène primitive. Spider a probablement transposé dans ce lieu l'image qu'il a dû surprendre de ses parents faisant l'amour. La cabane joue alors le rôle de boite de Pandore d'où émergent les choses les plus affreuses comme celle située dans le désert de Lost Highway ou celle de la scène finale de Videodrome.

Autre rapprochement avec Lynch : l'utilisation d'un langage codé comme émanation d'une vérité supérieure à la conscience. Ainsi s'exprimaient les personnages du no man's land de Tween peaks, ainsi écrit M. Cleg.

Mais il ne suffit pas que les identités de la mère se brouillent et se superposent. Probablement aussi le vieux dans la pension, Terrence, auquel Spider parle est-il une image de lui-même. Comme Spider, Terrence est obsédé par les insectes. Ainsi, dès son arrivée dans la pension, lui raconte-t-il l'histoire du scorpion dont l'histoire est aussi morbide que celle de l'araignée. Celle-ci meurt desséchée et sert de nourriture à ses enfants alors que le scorpion pique le pied de l'homme trop précautionneux qui avait mis sa chaussure. Terrence est aussi obsédé par le gaz, et lui raconte l'histoire de l'homme resté coincé la tête dans le four. Enfin et surtout, il est le seul personnage avec qui Spider parle. Il fonctionne un peu comme sa conscience d'écrivain, son ange gardien qui le rappelle à l'ordre pour écrire et qui acquiesce lorsqu'il pénètre dans la chambre de Mme Wilkinson pour la fouiller. Il est aussi l'observateur de la scène finale, il voit s'éloigner Spider dans la voiture. Et si Spider semble retrouver son enfance, il est probable aussi qu'il n'en sorte pas et qu'il finira un jour comme Terrence qui préfigure son destin à venir.

Mais l'argument le plus décisif en faveur d'une projection mentale de lui-même en Terrence par M. Cleg est qu'il s'agit d'une invention de Cronenberg, le personnage n'existant pas dans le roman, pas plus que la vision finale de l'enfant. Ces créations de personnages sont aussi importantes et décisives que celles de la mère et du père d'Ichabod Crane par Tim Burton à partir de la nouvelle d'Irving Washington dans Sleepy Hollow. Elles marquent ici l'enlisement du personnage dans un domaine hors du temps et sont un équivalent thématique du suicide du personnage à la fin du roman mais sous une forme beaucoup plus sophistiquée


Tout ça pour quoi ?

A l'inverse de la toile d'araignée qui bloque l'expulsion de l'imaginaire, toutes les images du film s'organisent dans un réseau de signes qui magnifient la puissance créatrice. Certes M. Gleg exprime surtout la tragédie solitaire de l'écriture. On a assez souligné la dominante des tons noirs et ocre et l'absence de tout personnage dans les rues. Mais encore ne faudrait-il pas confondre le destin du personnage qui ne parvient pas à faire œuvre avec celui de Cronenberg qui produit une œuvre magnifique. Cronenberg, comme il l'a souvent exprimé, utilise le cinéma comme un moyen de poursuivre l'écriture littéraire. Ainsi n'est-il pas trop déplacé de se référer à Proust. M. Cleg serait ainsi un narrateur qui n'a pas eu l'occasion de se confronter au temps retrouvé. Il a préféré la psychanalyse à l'écriture et a déchiré son carnet. D'où ce sentiment tragique dans la coexistence dans le même plan des différentes images de M. Cleg, enfant-adulte ou adulte-vieillard. Cronenberg utilise aussi l'inconscient mais, à l'image de ces taches du Rorschach du générique conçues par des plasticiens, les souvenirs ne servent pas tant à révéler qu'à faire signe et par là oeuvre d'art. Pour Cronenberg, c'est par un régime d'extrême complexité de l'écriture littéraire ou cinématographique que peut être dépassée la mécanique de l'inconscient

Voila pourquoi le film accumule les fausses pistes de toutes sortes. Les premières fausses pistes sont d'ordre narrative. A l'hypothèse première : Spider victime du traumatisme du à l'assassinat de sa mère par son père et la maîtresse de celle-ci, s'en substitue une autre plus tragique : Spider victime de son enfance solitaire qui ne lui permit pas de franchir l'étape d'un éveil normal à la sexualité est conduit à transformer sa mère en une créature fantasmatique qu'il déteste puis exécute. Parallèlement à l'analyse du passé, Cronenberg brouille les pistes du présent : M. Cleg a-til été convaincu de la nécessité d'une cure psychanalytique et finit-il en retrouvant la vérité par guérir ? Ou bien : M. Cleg, ne retrouvant pas l'exacte vérité, ne progresse pas et reste un éternel enfant ou un eternel vieillard ?

Le deuxième type de fausses pistes concerne le régime des images. Le premier flash-back est un flash mental déclenché par la vue d'un poster bucolique de l'Angleterre. Il s'agit bien là d'un phénomène de mémoire involontaire qui, s'il est garant d'une vérité incontestable représente aussi, selon Proust ou Deleuze, le degré zéro de la création. Il s'agit pourtant dans le film des images les plus difficiles à identifier. Qui sont donc ces deux compagnons de M. Cleg, habillés comme lui d'un chandail vert et d'un pantalon de velours beige ? L'un est un vieillard avec un dentier (que beaucoup de spectateurs prennent pour Terrence) et l'autre un homme presque chauve. On retrouve ce personnage presque chauve dans le deuxième flash mental de mémoire involontaire. Il tient des propos machistes avec un autre compagnon lorsque Spider se saisit de la photo érotique. La transformation de la jeune femme nue en Yvonne une fois que M. Cleg ait eu passé on pouce sur son visage est une autre indication du blocage de la sexualité dont il est victime. Mais ce deuxième flash-back permet aussi de faire le lien avec le troisième et dernier flash-bac mental qui se passe à l'intérieur de l'asile : le compagnon du deuxième falh-bach étant "l'Espagnol" qui a brisé la fenêtre. Sans grande importance sur le chemin de la vérité pour M. Cleg ces réminiscences permettent pourtant au spectateur de recoller son passé perdu à l'asile sur lequel il ne s'étend pas pressé de faire corps avec l'enfant qu'il était. Tous les autres flash-back relèvent de la création littéraire et se développent par contagions métonymiques. A partir de ce que sait M. Cleg il brode sur ce quia bien pu arriver.

Enfin Cronenberg ne se prive pas d'utiliser des images symboliques en dehors de celles liées à l'obsession du gaz ou de la toile d'araignée. Ainsi les fenêtres aveugles des murs bleus lors de l'arrivée de Spider à la pension Wilkinson ou les trois prostituées la blonde, la brune et la rousse... trop typiques pour être vraies.

Jean-Luc Lacuve le 30/12/2002

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Genre : Drame de l'enfance
Film canadien d'après le roman de Patrick McGrath. Avec : Ralph Fiennes (Dennis 'Spider' Clegg), Miranda Richardson (La mère, Yvonne), Gabriel Byrne (Le père), Bradley Hall (Spider, jeune), Lynn Redgrave (Mme Wilkinson), John Neville (Terrence). 1h38.
Spider
Voir : photogrammes
Thème : Psychanalyse