Monsieur Smith au sénat
1939
Genre : Comédie sociale
(Mr Smith goes to Washington). Avec : James Stewart (Jefferson Smith), Jean Arthur (Clarissa Saunders), Claude Rains (le sénateur Joseph Harrison Paine), Edward Arnold (Jim Taylor), Guy Kibbee (le gouverneur Hubert 'Happy' Hopper), Thomas Mitchell (Diz Moore). 2h07.

La mort du sénateur Foley cause un grand émoi dans l'État et parmi une bande de politiciens dirigés par Jim Taylor, grand brasseur d'affaires et propriétaire de nombreux journaux. Le projet immédiat de Taylor est de faire voter une loi promulguant la construction d'un barrage sans utilité, mais qui doit rapporter des millions. Finalement c'est Jefferson Smith qui est choisi pour succéder à Foley. Les chefs de son parti le croient trop innocent et naïf pour se rendre compte des corruptions et des compromissions qui sont les leurs.

Dès son arrivée à Washington, Smith est "guidé" par Clarissa Saunders, sa secrétaire, en réalité à la solde de la bande de Taylor. Les chefs de son parti, contrôlant journaux et stations de radio, s'efforcent d'installer à la Maison Blanche le sénateur Joseph Paine, homme très en vue, populaire et respecté, mais tout aussi corrompu. Saunders, écœurée, révèle alors à Smith les raisons de son élection, Smith décide de se révolter, de dénoncer le mal, et devient l'apôtre d'une cause perdue d'avance ! Victime d'une machination, il risque une lourde peine de prison. Au Sénat, il fait un discours de 23 heures et demie et, ralliant les gens à sa cause, triomphe avec l'aide de Saunders. Paine avoue publiquement ses fautes. Smith et Saunders repartent vers l'Ouest.

Le film est habituellement considéré comme une comédie sociale et presque l'archétype de la comédie populiste américaine. James Stewart incarne ce personnage de yankee rural excentrique, venu en ville pour moraliser et réorganiser la vie de ses contemporains. Héritier direct de la philosophie jeffersonienne (James Stewart s'appelle Jefferson Smith), il incarne l'Américain moyen, porteur des valeurs originales de l'Amérique, issu de ses petites villes où il fait bon vivre à l'écart de l'influence fédérale. Convaincu de la menace représentée par une élite sophistiquée et malintentionnée, il prouve par son action que le progrès social dépend de la prise de conscience individuelle et non de réformes de structure.

On pourra ainsi, comme Jacques Lourcelles, reprocher au film son manichéisme désincarné supposé aboutir à la fin de la corruption du sénat. Il est aussi probable que le morceau de bravoure du film, le discours de 23h30 est emprunté à On achève bien les chevaux de Horace Mac Coy paru quelques années avant le film.

L'autre morceau de bravoure est la visite du Capitole. La mise en scène puissamment lyrique ne rechigne ni sur les surimpressions de La déclaration d'indépendance sur fond de bannière étoilée, de cloche et flamme de la liberté ni sur la succession des statues des grands hommes ponctuées des mots "vie", "justice" et "liberté".

Si le film ne brille pas par sa subtilité politique, le faisceau de conjonctions qui porte Smith au pouvoir est admirablement construit. La pureté de l'enfance reste le moteur principal de Smith. Sans père mort au nom de ses idéaux de pureté politique, Smith est devenu chef des scouts. Et ce sont les enfants, par l'intermédiaire de ceux du gouverneur qui conduisent Smith au pouvoir. Ce sont eux qui applaudissent son projet au sénat. Ce sont eux enfin le sauveront en diffusant leur journal.

A l'inverse, le sénateur Paine n'est méchant que parce qu'il a oublié les valeurs qu'il défendait jadis. Pareillement, Smith séduit Clarissa Saunders en lui rappelant les paysages de son enfance et en faisant appel à al confiture de sa mère.

La description caricaturale des méchants, l'absence de sexualité (la fille du sénateur trouble Smith mais ne lui fait tomber que son chapeau) concourt à cette apologie touchante des valeurs de l'enfance.

 

Jean- Luc Lacuve le 05/07/2006

 

Photogrammes Jefferson ; Le bâtiment en ligne 2 est la Cour Suprême et ceux en ligne 3 la Maison Blanche puis Le Capitole, siège du congrès (Sénat et Représentants) qui abrite la statue de Jefferson et des pères de la déclaration d'indépendance.

Photogrammes Déclaration : John Hancock, président du 2e congrès continental et premier signataire de la Déclaration d'Indépendance. Il a écrit son nom très gros parce que la légende dit qu'il savait que George III avait une mauvaise vue.

Le tableau en surimpression est La déclaration d'Indépendance de John Trumbull, 1797. La cloche en surimpression est la "Liberty Bell" de Philadelphie. On peut toujours la voir. Elle servait à battre le rappel pour tous les événements politiques majeurs de Philadelphie (qui était la capitale de 1790 à 1800). Elle est fêlée maintenant.

Photogrammes Hamilton : la grande colonne est le Washington Monument, obélisque en maçonnerie, dans lequel il est possible de grimper.

Photogrammes Pour la patrie : Le monument au soldat inconnu se trouve devant le Jefferson Memorial.

Photogrammes Lincoln : Le bâtiment est le Mémorial de Lincoln.

Retour à la page d'accueil

Voir : Photogrammes