Leonard Zelig est en apparence un homme tout à fait quelconque, mais bientôt l'Amérique des années vingt va littéralement se passionner pour lui : on constate en effet que ce petit homme banal a en fait tendance, par des facultés chimiques totalement inexplicables, à se transformer à l'image des êtres qu'il côtoie. En présence d'un obèse, il grossit à vue d'œil ; face à un noir, sa peau noircit ; aux côtés d'un Asiatique, ses yeux se brident instantanément.

Lors d'une de ses métamorphoses, Zelig est arrêté et conduit à l'hôpital. Les plus grands spécialistes se succèdent pour observer ce phénomène, mais, fort heureusement pour Zelig, la charmante doctoresse Eudora Fletcher prend son cas particulièrement à cœur et l'arrache aux autres médecins. Elle va traiter Zelig par l'hypnose, et, sous l'effet du traitement, il parle de ses problèmes d'enfance, d'identité juive, et lâche ces quelques mots révélateurs : "je veux être aimé"...

Mais Zelig n'est pas au bout de ses peines : sa sœur Ruth l'enlève aux soins du Dr Fletcher et, en compagnie de son amant, fait de lui un phénomène de foire, dans le monde entier. Cependant, le destin veille puisque Ruth Zelig se fait assassiner en Espagne par son amant jaloux, Martin Geist.

Eudora Fletcher récupère Zelig et l'isole dans sa maison de campagne. Ce seront les séances de la chambre blanche qui feront date dans l'histoire de la psychiatrie car enregistrées sur caméra par Paul Deghuee. De nouveau sous hypnose, celui qu'on a surnommé "l'homme-caméléon" avoue son amour à Eudora. Ils se marient mais les forces du Mal agissent encore : une danseuse nommée Lita Fox prétend que Zelig a été son mari et l'a abandonnée avec un bébé. Bientôt, deux, trois, dix femmes font les mêmes révélations à la presse. Zelig devient alors un personnage honni et banni de son Amérique natale. Il disparaîtra, mais Eudora le retrouvera en Allemagne, en compagnie des Nazis ! Finalement, leur retour aux États-Unis sera triomphal, car, avec son amie, Zelig bat le record de la traversée de l'Atlantique en avion... et sur le dos.

Le film prend la forme d'un documentaire où alternent interviews contemporaines de personnalités, témoins de l'époque ou spécialistes, et images d'archives commentées en voix off.

Tout est totalement fabriqué. Dans les interviews contemporaines, Susan Sontag, Irving Howe, Saul Bellow, Bricktop, Bruno Bettelheim, John Morton Blum jouent leur propre rôle alors que les personnages de Eudora Fletcher, de sa sœur et Paul Deghuee vieillis mais aussi de Calvin Turner, Mike Geibell, Ted Bierbauerr et Oswald Pohl sont joués par des acteurs. De même, aux images d'archives en plans généraux, succèdent, en plans rapprochés de fausses images avec les acteurs, principalement pour les rôles de Leonard Zelig, Eudora et Meryl Fletcher et Paul Deghuee. Dans ces archives filmés, il est retenu les véritables apparitions de Joséphine Baker, Charles Chaplin, Carole Lombard, Dolores del Rio, Adolphe Menjou, Tom Mix, Calvin Coolidge, F. Scott Fitzgerald, Charles A. Lindbergh, William Randolph Hearst, Joe DiMaggio, Al Capone et... Adolf Hitler, Josef Goebbels, Hermann Göring, Rudolf Hess. Mais apparaissent aussi, incrustés dans ces images, les faux docteurs, les personnages principaux dont bien évidemment Allen lui-même notamment dans la séquence la plus célèbre où, devenu une personnalité du régime nazi, il anéantit le discours de Nuremberg de Hitler en reconnaissant Eudora dans la foule.

L'ensemble est dominé par la judéité de Leonard Zelig-Woody Allen. Traumatisé des l'enfance par des parents affolés et masochistes, Leonard est encombré d'un "moi" obsédant et hétérogène au monde qui l'entoure. Se sentant menacé par sa propre personnalité, il souhaite ressembler à Monsieur Tout-le-Monde afin d'être aimé. Il fait pourtant l'expérience que ce n'est là qu'un refuge illusoire, étant tout le monde, il n'est personne et n'est donc jamais vraiment aimé. D'où la fameuse séquence avec Hitler. Il est devenu nazi afin de se fondre dans la masse mais est réveillé de sa léthargie par Eudora.

La forme du faux documentaire permet de donner un peu de vraisemblance à ce discours mais s'avère vite assez lassante (heureusement le film est court). Le meilleur du film est probablement constitué par les séquences jouées entre Woody Allen et Mia Farrow : "J'ai travaillé avec Freud mais j'étais en désaccord avec lui : il ne réservait l'envie de pénis qu'aux femmes".

Jean-Luc Lacuve le 17/04/2013

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Zelig

(Zelig). Avec : Woody Allen (Leonard Zelig), Mia Farrow (Dr. Eudora Fletcher), Sol Lomita (Martin Geist), John Rothman (Paul Deghuee), Stephanie Farrow (Meryl Fletcher), Susan Sontag, Irving Howe, Saul Bellow, Bricktop, Bruno Bettelheim (eux-mêmes). 1h20.

1983
Genre : Comédie sociale