New York, 1940. Enquêteur vedette d'une compagnie d'assurances, C. W. Briggs se heurte à l'énergique Betty Fitzgerald, engagée pour mettre de l'ordre dans la société. Chris Magruder, leur patron, les invite à fêter les cinquante ans de l'un de ses collaborateurs. Au cours de la soirée, le magicien Voltan plonge, à l'aide d'un scorpion de jade, Briggs et Fitzgerald en état d'hypnose. Le lendemain, le détective reçoit un mystérieux coup de téléphone lui ordonnant un vol de bijoux. Il s'exécute aussitôt. Également chargé de l'enquête, Briggs fait la connaissance de Laura Kensington, grande dévoreuse d'hommes qui s'offre à lui. Mais au moment de passer à l'acte, un nouvel appel lui commande de voler une cassette dissimulée dans une statue.

Devant l'absence de résultats de l'enquête, Fitzgerald engage les détectives Coopersmith. De son côté, Briggs soupçonne Fitzgerald de vouloir lui nuire. Caché dans l'appartement de celle-ci, il découvre sa liaison avec Magruder qui, ce soir-là, lui annonce son intention de rompre. Après avoir mis son amant à la porte, la jeune femme tente de se jeter par la fenêtre mais Briggs l'en empêche et la veille toute la nuit.

À la réunion de la compagnie, tout le désigne comme le coupable. D'autant que Laura a déclaré aux détectives sa hâte à le quitter quand elle tentait de le séduire. Chez Briggs, Fitzgerald, qui a découvert les bijoux s'apprête à le dénoncer quand le téléphone retentit à nouveau pour lui demander de déposer les bijoux à la gare. Elle a aussi tout raconté à Magruder, qui s'empresse de dénoncer Briggs envoyé en prison. Il s'évade grâce à Laura et se réfugie chez Fitzgerald qui, à son tour, sous l'emprise de l'hypnose, lui déclare sa flamme. À son réveil, elle a tout oublié et remet les bijoux à Voltan. Quant à Briggs, il démissionne de son poste mais trouve le courage de proposer le mariage à Fitzgerald, qui accepte.

 

Avec Le sortilège du scorpion de Jade, Woody Allen réussit une brillante comédie empreinte d'une énergie telle qu'on ne lui en avait plus vu depuis Meurtre mystérieux à Manhattan. Abandonnant pour une fois toute allusion à la psychanalyse, Allen s'abandonne dès la première séquence à son débit vocal habituel que viennent redoubler bien vite une goinfrerie alimentaire et sexuelle et une démarche assurée vive et coléreuse vers son bureau.

CW Briggs (Woody Allen) détective en assurance est en effet remis en cause dans ses méthodes aussi approximatives qu'efficaces par Betty Ann Fitzgerald (Helen Hunt), la nouvelle secrétaire de direction, gestionnaire moderne, de l'agence dans laquelle il travaille. Alors que tout paraît les opposer, une séance de spiritisme à laquelle ils assistent en soirée révèle que, sous hypnose, ils sont capables de s'aimer follement. Mais le mage est aussi un escroc de haut vol qui se sert de ses pouvoirs pour contraindre CW Briggs à commettre deux cambriolages pour lesquels il finit par se faire prendre. Ignorant ce qui lui arrive, Briggs soupçonne Betty Ann, la sauve du suicide et s'en fait une alliée grâce à laquelle il confond le mage. Libéré de son hypnose, il s'avoue portant l'amour qu'il porte à Betty Ann et l'empêche in extremis d'épouser son patron pour l'emmener avec lui.

Cette présence du mage permet à Allen de traiter ce thème si cher de l'opposition entre la banalité de la vie réelle et le romantisme de la vie rêvée. Sous hypnose, le petit homme est un audacieux gentleman cambrioleur, la manique de la réduction des coûts est une femme assoiffée d'amour. In fine nous apprendrons que ce que nous faisons sous hypnose révèle non pas une autre personnalité, mais tout au contraire notre nature profonde, c'est bien la vie rêvée qui apparaît comme la vraie vie, message constant de Woody Allen rejoignant celui de Hathaway dans Peter Ibbetson ou plus récemment celui de Burton dans Edward aux mains d'argent.

Pourquoi déplacer cette intrigue en 1940 comme le carton initial de la date en grosses lettres blanches sur fond noir nous le rappelle ? Probablement pas pour justifier la présence du mage magnétiseur, Allen l'ayant utilisé de manière plus contemporaine dans Alice. Peut-être pour rendre hommage au film noir. Le personnage de Laura Kensington (Charlize Theron) est une bien belle recomposition de Lauren Bacall ou de Véronika Lake et compose un personnage proche de la sœur de Lauren Bacall dans Le grand sommeil. Autre film source, Assurance sur la mort, avec le milieu dépeint (assureurs et enquêteurs), les personnages qui rappellent Edward G. Robinson (Woody Allen) ou Fred Mac Murray (Dan Aykroyd… le blues brother a bien grossi !) et la perruque blonde de Helen Hunt, modelée sur celle de Barbara Stanwyck. Mais c'est encore à un autre genre que renvoient la camaraderie, les flirts et les conflits entre patrons, secrétaires et autres collègues de bureau : la comédie loufoque du type The front page, et surtout son adaptation par Hawks, La dame du vendredi. Reposant principalement sur la vivacité des dialogues (rarement les dialogues de Allen ont été aiguisés) Le sortilège du scorpion de jade est aussi dans ses côtés les plus émouvants une comédie sentimentale dont la trame romanesque est proche du chef d'oeuvre de Billy Wilder, La garçonnière.

Mais plus encore que ces hommages multiples à trois genres du cinéma classique hollywoodien, il est possible qu'Allen aie seulement voulu utiliser une musique qui lui est chère avec une bande sonore dédiée au jazz et notamment la retranscription du thème classique de "Sur un marché persan".

 

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Le sortilège du scorpion de jade
(The Curse of the Jade Scorpion). Avec : Woody Allen (C.W Briggs), Helen Hunt (Betty Ann Fitzgerald), Charlize Theron (Laura Kensington), Elisabeth Berkley (Jill), Dan Aykroyd (Chris Magruder), David Ogden Stiers (Voltan). 1h42.
2001
Genre : comédie sentimentale