Je, tu, il, elle
1974
Genre : Drame de l'adolescence

Avec : Chantal Akerman (Julie), Niels Arestrup (le camionneur), Claire Wauthion (l'amie). 1h20

Une jeune femme seule dans une chambre. Pendant plus d'un mois, elle reste enfermée mangeant du sucre en poudre et écrivant raturant une lettre qu'elle abandonnera. Elle fait du stop, rencontre un camionneur avec qui, de halte en halte, elle noue une brève relation. Elle fait, la nuit, une halte chez son amante et repart au matin.

Julie, discrètement désespérée et hors du social, vit trois expériences frustrantes et intenses. Le film est structuré en trois blocs de durées sensiblement égales, constitués chacun de longs plans fixes compris entre trente secondes et neuf minutes. L'action, les relations psychologiques deviennent de plus en plus dense

La première partie retrace un long mois de réclusion dans une chambre et peut être décomposé en deux parties : l'exposition de la réclusion puis l'écriture d'une lettre. On a ainsi les quatre parties annoncées par le titre : "je, tu" dans le premier bloc puis le "il", retraçant la rencontre avec un routier et le "elle", la relation amoureuse avec la jeune amante de l'adolescente.

Le générique final, qui fait entendre la comptine "Nous n'irons plus au bois", renforce l'idée d'un parcours initiatique d'une adolescente confrontée à son corps, ses rêves, ses espoirs, l'ordre des adultes et son triste modèle du couple incarné ici par le camionneur.

Les seuls mouvements permis sont deux ou trois panoramiques droite-gauche puis gauche-droite recadrant un personnage sorti du cadre lors du "déménagement" des 3ème au 5eme jour ou pour saisir le routier dans une glace entre son rasage et son passage aux toilettes. Le film comprend aussi deux plans noirs au début dont l'un de près de 30 secondes.

JE-TU

Le texte off qui accompagne et souvent précède l'action minimaliste des plans est très émouvant dans son laconisme et sa sincérité : "Et je suis partie, une toute petite chambre blanche, au ras du sol étroite comme un couloir, où je reste immobile, attentive et couchée sur mon matelas. J'ai peint les meubles en bleu le premier jour. Je les ai repeint en vert le deuxième jour. Le troisième jour je les ai mis dans le couloir et le quatrième, je me suis couchée sur le matelas. Vide, la pièce est grande, je trouve. Le matelas, je l'ai changé de place le 5ème jour."

"Je suis couchée, et je lui écris couchée le sixième jour. Le huitième ou neuvième jour, j'ai recommencé la même lettre et mangé beaucoup de sucre en poudre. J'ai lu ce que je lui avais écrit et je me suis couchée sur mon matelas et je me suis levée pour me déshabiller et, nue, je me suis recouchée. Je me suis couverte de mes vêtements et j'ai attendu et puis j'ai essayé de contrôler ma respiration et puis j'ai oublié de continuer ce jeu et puis j'ai attendu. J'ai su qu'il y avait sans doute 28 jours que j'étais là"

"J'ai attendu quelque chose, que je crois en Dieu ou que tu m'envoies une paire de gants pour sortir dans le froid."

"Il a neigé pendant quatre jours. Il a cessé de neiger. La neige a fondu, je me suis levée, mes vêtements sont tombés dans le peu de sucre qui restait par terre et je me suis retrouvée nue."

A la fin de la première partie, elle se met nue pour que des passants la regardent. L'un passe, mais, dit-elle, ils sont de moins en moins nombreux. Elle se regarde dans la glace... puis s'en va.

IL

La lente éclosion d'une rencontre entre l'adolescente et le camionneur faites de haltes au restaurant, attablés regardant un polar à la télévision ou dans un bar. Le camionneur lui raconte en un long monoogue son histoire d'homme après qu'elle l'aie masturbé off. Sa femme rencontrée sur la route alors qu'il avait dix-huit ans et elle plus jeune encore. L'amour s'est éteint avec l'enfant. Les maîtresses qu s'accumulent : c'est rien, c'est pas mener une vie d'homme responsable, fonder un foyer. C'est un homme qui baise, c'est tout. Il parle de son cousin qui ne pense qu'à gagner de l'argent, de son frère, petit chef, qui donne des ordres et pense seulement à monter socialement. Lui est, à vrai dire, à peine mieux : il aime se battre avec les copains.

ELLE

La relation amoureuse avec l'amante qu'elle rejoint le soir n'est pas apaisée. Celle-ci la rejette d'abord avant d'accepter qu'elle reste. Elle la nourrit et elles font l'amour sur trois plans fixes. Au matin, elle s'en va.

 

critique du DVD
Editeur : Carlotta-Films, avril 2007. Son : mono. Format : 1,33.
critique du DVD

Editeur : Carlotta-Films DVD 1 et 2 : Jeanne Dielman. DVD 3 à 5 : Hôtel Monterey ; Je tu il elle ; News from home ; Les rendez-vous d'Anna.

suppléments : Saute ma ville, La chambre, entretiens, cinéaste de notre temps sur le tournage de Jeanne Dielman.

 

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dvd chez Carlotta Films
Thème : Autobiographie