(1928-1987)
Pop art
Voir :Andy Warhol cinéaste
 
Silver Car Crash (Double Disaster) 1963 Collection privée
Voiture verte accidentée 1963 Collection privée
Ten Lizes 1963 M.N.A.M.
Autoportraits 1966 New York, MOMA
Mao 1972 The Andy Warhol Museum, Pittsburgh
Camouflage 1986 The Andy Warhol Museum, Pittsburgh
Autoportrait 1986 The Andy Warhol Museum, Pittsburgh

Né à Forest City (Pensylvannie) en 1928, Andrew Warhola est issu d'une modeste famille d'origine tchèque. Il entreprend à partir de 1945 des études de graphisme à Pittsburgh, puis, après l’obtention de son diplôme en 1949, s'installe à New York comme illustrateur pour des revues telles que Vogue ou The New Yorker. Il réalise aussi des décors pour les vitrines de grands magasins : à cette occasion, il peint en 1960 ses premières toiles représentant Popeye ou Dick Tracy. Mais il constate l’année suivante qu’un peintre exposé à la célèbre galerie Leo Castelli, Roy Lichtenstein, s’est déjà approprié ces personnages pour les introduire dans l’art. Il leur préfère alors, à partir de 1962, d’autres poncifs de la société de consommation, tels que les boîtes de soupe Campbell ou les bouteilles de Coca-Cola, qu’il met en image grâce au procédé sérigraphique.

À la mort énigmatique de Marilyn Monroe en août 1962, il travaille à partir de clichés, largement diffusés par la presse mondiale, du visage désormais mythique de la star. C’est à ce moment qu’il devient l'un des artistes majeurs du Pop Art. Cette fascination pour l’image de la mort, qu'il exprime de nouveau dans les séries des accidents ou des chaises électriques, n'est pas sans lien avec son intérêt pour la reproduction mécanique où finalement il est toujours question de réduire l'être à sa simple enveloppe.

À partir de 1963, Warhol s’entoure d’assistants dans son atelier, la Factory, poussant ainsi à son paroxysme le caractère industriel de son travail. Il se consacre alors au cinéma ainsi qu’à l’organisation, vers la fin des années 60, de performances multimédias avec le groupe de rock le Velvet Underground.

En 1968, après avoir été grièvement blessé par balle dans son atelier par Valerie Jean Solanas, une féministe radicale, il met fin à l'aventure collective.

A partir de 1972, quand, après huit ans sans produire de peintures, mais des films, Warhol peintre refait surface (littéralement) avec le portrait de Mao, qui coïncide avec la couverture médiatique d'un voyage de Richard Nixon en Chine.

Pendant quinze ans Warhol va se livrer à l'exercice toujours plus rentable du portrait mondain (Mick Jagger, Calvin Klein) et à une quantité d'autres activités moins rentables dont on est loin d'avoir fait le tour. Pendant ces années, beaucoup de choses ne cadrent plus avec l'image convenue du peintre. On dirait volontiers que son commerce de portraits lui permettait de faire du non-commercial. Par exemple de tourner autour de l'abstraction de différentes manières, ou d'entreprendre un dialogue avec la peinture ancienne. Comme s'il fallait que le peintre trouve ainsi sa légitimité.

Les Shadows, des photographies d'ombres non identifiables, sont des grands moments d'abstraction. Les Oxidations (1978) aussi, en dépit de leur fabrication hasardeuse et collective. Les taches et coulures à la façon des expressionnistes abstraits qui les marquent sont le produit de jets d'urine sur un support de peinture au cuivre. Le grand format plein de nuances mordorées, de rouille et de fraîcheur de mousse tient des sous-bois et des nymphéas.

Les Rorschach, ces grandes toiles noires aux taches symétriques, suggérant quelque corps ouvert plutôt que des ailes de papillon, puis les Yarn aux tracés embrouillés all over sont encore des abstractions. Les Camouflages aussi. Appliqué à tout, au portrait ou à la Cène de Léonard de Vinci, le camouflage des militaires peut finir en superpositions de formes colorées dignes d'Arp et de Miro, dans l'oubli complet de ce qui est en principe dissimulé.

L'humeur batailleuse d'Andy Warhol, que l'on retrouve dans son portrait préparé comme un guerrier de tribu indienne, éclaire décidément cette fausse confidence de l'artiste prétendant : "Je suis profondément superficiel."

De portrait en autoportrait, de maquillage en camouflage, Warhol ne cesse de se confondre en dédoublements, pertes d'identité et mascarades. Avec rien dessous ? Mais si : tout l'homme, son crâne. La mort. Depuis la programmation de sa propre mort par une femme, en 1968 (Valerie Jean Solanas, une féministe radicale, tente de l'assassiner), la mort est chez lui une affaire de société, comme il le montrait à travers les séries d'accidents de la route ou les chaises électriques. C'est devenu une affaire individuelle, mécaniquement reproductible. Anonyme.

Quelques paroles justement intrigantes comme : "Je veux être une machine" accompagnent le parcours, qui, pour une fois, articule les peintures, les photos et les images mobiles, pas seulement les films, mais aussi les émissions de télévision. Soit beaucoup d'ingrédients susceptibles de mieux faire comprendre la complexité du personnage et sa constante productivité, dont on ne sait pas forcément grand-chose en France, ni ailleurs. Les différentes facettes de l'œuvre de Warhol n'ont d'ailleurs nulle part encore fait l'objet d'analyses d'images comparées sérieuses.

Les gens traitant du cinéma underground se sont-ils attardés sur ses peintures ? A l'inverse, les critiques d'art ont-il pris le temps de regarder ses films ? L'exposition de Lyon offre une belle occasion de mettre toutes ses images en relation, en présentant trois films, beaucoup d'autoportraits et portraits photographiques, ainsi que des planches-contacts.

Dans cette accumulation d'images ressort l'environnement mondain ou (et) intime du peintre, mais pas seulement. A côté de vitrines attendues de boîtes de conserve et de mannequins, ou de figures composées d'un couple d'hommes (en vue d'un poster demandé par Fassbinder pour Querelle), on trouve des photos d'architecture, prises parfois en marchant, ou lors d'une halte en Chine le long de la Grande Muraille, à Pékin devant l'entrée de la Cité interdite ou à Paris, face à une tour Eiffel dans la brume. A Londres, il fixe Big Ben... Des clichés qui sont aux villes ce que sont les dollars à l'Amérique, et sur lesquels il peut passer vite, alors qu'il va s'arrêter sur un champ de tulipes et en prendre quatorze images.

Ces contacts, au fond, jouent pour Warhol le même rôle que le dessin pour le peintre classique : le lieu du regard spontané et des premières pensées. On y pense lorsqu'on approche les travaux auxquels Warhol s'adonne en 1986, autour de Léonard, lorsqu'il multiplie les dessins et les relevés comme le ferait un restaurateur. Comme il peut encore le faire avec le dessin d'anatomie. Ne lui fallait-il pas creuser la surface des choses pour être vraiment "profondément superficiel" ? L'exposition est fidèle, tout en surfaces avec ses murs colorés et tout en profondeur par ses choix.

Au début des années 80, il encourage la jeune génération d’artistes new-yorkais, en collaborant notamment avec Jean-Michel Basquiat. Warhol est mort accidentellement à la suite d'une opération bénigne, à 57 ans, en 1987.