(1960-1988)
Néo-expressionniste

Succédant aux vagues minimaliste et conceptuelle, Jean-Michel Basquiat sera un peintre figuratif à la fin du XXe siècle. Ce genre est alors discrédité et la figuration semble épuiséel. D'emblée, Basquiat se donne pour mission de faire exister la Figure noire, dans l’espace social et culturel. Il devient très tôt un peintre d'avant-garde très populaire et pionnier de la mouvance « underground ». Son style est original, spontané, naïf, énergique et parfois violent. Il s'approprie les cultures de New York à l’image de la culture hip-hop à l’émergence de laquelle il a contribué : la Bible, l’Égypte, le vaudou, les héros afro-américains, la bande dessinée voisinent avec Léonard De Vinci, Matisse, Picasso, etc., et avec des références contemporaines. De là, à partir du collage et du graffiti, Basquiat invente un langage totalement inédit.

Fallen angel 1981  
Red Kings 1981  
Irony of a negro policeman 1881 Ama Collection
Tobacco Versus Red Chief 1981 New York
Per capita 1981  
Crowns (Peso neto) 1981  
Untitled (Boxer) 1982  
Cabeza 1982  
Dos cabezas 1982  
Autoportrait 1982  
Tête noire sur fond bleu 1982  
Tenor 1985 Zurich
Financial District 1985 Milan
Alchemist 1986 Milan
She Installs Confidence and Picks His Brain Like a Salad 1987 Paris

Jean-Michel Basquiat nait à New York à Brooklyn le 22 décembre 1960. Sa mère Matilde est new-yorkaise d'origine portoricaine, et son père Gérard est d'origine haïtienne. Jean-Michel a deux jeunes sœurs : Lisane, née en 1964, et Jeanine née en 1967. Enfant précoce, Basquiat apprend à lire et à écrire à l'âge de quatre ans et parle couramment trois langues à l'âge de huit ans. Sa mère, qui est sensible à l'art, emmène régulièrement le jeune Jean-Michel dans les musées (The Brooklyn Museum, The Metropolitan Museum of Art, MoMA) et l'encourage à développer ses talents de dessinateur.

En septembre 1968, alors âgé de sept ans, Basquiat est percuté par une voiture alors qu'il joue dans la rue avec ses amis. Il est blessé au bras et souffre de lésions internes qui nécessitent l'ablation de la rate. Pendant sa convalescence à l'hôpital, sa mère lui fait cadeau d'un livre d'anatomie intitulé Henry Gray's Anatomy of the Human Body (ou plus communément Gray's Anatomy). Cet ouvrage influencera fortement l'artiste dans la première partie de son œuvre ; il s'en inspira aussi plus tard pour baptiser son groupe de musique Gray.

Ses parents se séparent la même année. Ses deux jeunes sœurs et lui partent vivre chez leur père pendant 5 ans, puis la famille déménage en 1974 à Porto Rico. Après deux ans à San Juan, ils regagnent New York. Jean-Michel a 15 ans. Basquiat est envoyé dans une école spécialisée dont la méthode d'enseignement s'appuie sur le précepte de l'apprentissage pratique. Il y rencontre Al Diaz, un graffeur avec qui il se liera d'une profonde amitié. En décembre 1976, il fugue dans Greenwich Village, errant une semaine autour du Washington Square Park, avant d'être arrêté et ramené à son père.

Basquiat abandonne l'école secondaire avant la fin de ses études, quitte la maison paternelle d'où il est définitivement banni, et part s'installer avec des amis. Il subvient à ses besoins en vendant des T-shirts et des cartes postales de sa fabrication dans la rue, et en travaillant dans une boutique de vêtements.

En 1976, Jean-Michel Basquiat et ses amis Al Diaz et Shannon Dawson commencent à graffer à proximité des galeries de Manhattan des messages qu'ils signent sous le pseudonyme de SAMO, pour « Same Old shit » (ce qui peut se traduire par « la même vieille merde »). À la même époque Keith Haring recouvre les murs de Radiant Babies. SAMO intrigue et finit par se faire une réputation au sein de la scène d'art d'East Village. Il est invité à une émission de télévision de Glenn O'Brien, et un article lui est consacré en 1978 dans The Village Voice. Il continuera à graffer en solo jusqu'en 1979, signant la fin du projet par l'inscription SAMO IS DEAD sur les murs de SoHo. La même année, il fonde le groupe de noise rock Gray avec Shannon Dawson, Michael Holman, Nick Taylor, Wayne Clifford et Vincent Gallo.

En 1980, il joue son propre rôle dans le film indépendant Downtown 81 d'Edo Bertoglio, écrit et produit par Glenn O'Brien. O'Brien présente Jean-Michel à Andy Warhol, avec qui il collaborera plus tard. En juin, Basquiat gagne en notoriété grâce à sa participation au Times Square Show, une exposition collective d'artistes commanditée par Colab and Fashion Moda. La même année, la manifestation New York / New Wave le conduit à exposer auprès de Keith Haring, Andy Warhol et Robert Mapplethorpe. Encouragé par ce succès, il quitte le groupe Gray.

En 1981, René Ricard publie un article élogieux intitulé The Radiant Child (l'Enfant Radieux) dans le magazine Artforum, propulsant la carrière de Basquiat. Annina Nosei organise la première exposition personnelle de Jean-Michel Basquiat à New York.

La galeriste Annina Nosei lui propose de s'installer dans le sous-sol de la galerie, le finance pour qu'il achète des toiles grand format, et organise sa première exposition personnelle. Il collabore à l'exposition de groupe Transavanguardia Italia / America organisée par Achille Bonito Oliva, qui expose ses travaux aux côtés d'artistes néo-expressionnistes tels que Keith Haring et Barbara Kruger, Julian Schnabel, David Salle, Francesco Clemente et Enzo Cucchi. Basquiat quitte la Galerie Annina Nosei avec fracas à la fin de l'année, passe l'hiver dans un luxueux hôtel de Los Angeles et dépense d'importantes sommes d'argent en drogue.

Il participe en mars 1983 à la Biennale du Whitney Museum of American Art, devenant à 23 ans le plus jeune artiste jamais exposé dans cette exposition. Au mois d'août, il loue un atelier appartenant à Andy Warhol. Ce dernier lui suggère de suivre des cours de dessin anatomique à la New York Academy of Art, et lui recommande de placer son argent. En novembre, sous la direction de Bruno Bischofberger, marchand de Basquiat, débutent « les collaborations » qui réunissent Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol et Francesco Clemente.

Début 1984 Basquiat part passer trois mois à Maui, à Hawaï où il lit et peint. Il expose à la Mary Boone Gallery à son retour, qui le présente au MoMA en mai, avec la collaboration de Bruno Bischofberger.

Sa première apparition en France a lieu à l’ARC/Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1984, lors de l’exposition «5/5. Figuration Libre France-USA». Sa présence y affirme l’effervescence d’une scène née entre rue et musée. Déjà, la critique signale les ascendances modernes de la peinture de Basquiat : Pablo Picasso, Jean Dubuffet, Willem De Kooning, Franz Kline, Robert Rauschenberg et surtout Cy Twombly...

En 1985, Basquiat fait la couverture du The New York Times Magazine pour le numéro intitulé New Art, New Money: The Marketing of an American Artist (« Art nouveau, argent nouveau, le marketing d'un artiste américain »).

En octobre 1986, il se rend avec son amie Jennifer Goode pour la première fois en Afrique, à l'occasion de son exposition au Centre Culturel Français (10 au 31 octobre) à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Le projet a été initié par Bruno Bischofberger qui a fait intervenir Claudio Caratsch, son ami Ambassadeur de Suisse en Côte d’Ivoire, afin qu'il trouve un lieu adéquat. À l'invitation de Georges Courrèges, directeur du CCF, Philippe Briet a assuré l'installation de l'exposition consistant en 23 œuvres provenant de la collection personnelle de l'artiste, dont les maintenant célèbres tableaux Stardust (1983) et Sugar Ray Robinson (1982).

Profondément affecté par la disparition d'Andy Warhol le 22 février 1987, Basquiat commence à mener une existence recluse et produit peu.

En 1988, après une année et demie d'absence, Basquiat expose à nouveau. Malgré le succès de son exposition, il se rend à nouveau à Hawaï au mois de juillet, afin de se défaire de sa toxicomanie. Il rentre à New York le 2 août et déclare être guéri de son addiction. Dix jours plus tard, Jean-Michel Basquiat est retrouvé mort dans son appartement de Great Jones Street d'une overdose d'héroïne et de cocaïne.

À 27 ans, Basquiat laisse derrière lui une œuvre de plus de 800 tableaux et 1 500 dessins. Depuis, la rétrospective du Whitney en 1992, l’exposition du musée Cantini de Marseille la même année et surtout les rétrospectives du musée de Brooklyn (2005), de la Fondation Beyeler à Bâle (2010), du musée d’Art moderne de la Ville de Paris (2010) et de la Fondation Louis Vuitton en 2018 n’ont cessé de replacer l’artiste parmi les plus grands. Apparu dans le temps d’un renouveau de la figuration, son travail peut aussi être lu, d’une certaine façon, comme un développement imprévu de l’art conceptuel par son analyse d’une réalité sociale et économique et sa critique des dispositifs de domination, notamment raciale.