Portrait du docteur Cuspinian 1502 Winterthur, Oscar Reinhardt Collection
Portrait d'Anna Cuspinian 1502 Winterthur, Oscar Reinhardt Collection
Nymphe de la riviere allongée... 1518 Leipzig, Museum der Bildenden Künste
Venus dans un paysage 1529 Paris, Musée du Louvre.
Les trois grâces 1531 Paris, Musée du Louvre.
La mélancolie 1532 Colmar, Musée d'Unterlinden
La fontaine de jouvence 1546 Berlin, Staatliche Museen
Autoportrait 1550 Florence , Gallerie des Offices

Lucas Müller dit Lucas Cranach l’Ancien, né le 4 octobre 1472 à Kronach en Haute-Franconie. Son patronyme dérive celui de sa ville natale. Il est le père de Lucas Cranach le Jeune (1515-1586).

Style

Peintre et graveur, Lucas Cranach est l'un des maîtres de la Renaissance allemande. Il se rattache pourtant souvent au maniérisme gothique qui réunit peintres et sculpteurs italiens, allemands ou français, admirateur de la "linea serpentina", qui leur semblait la plus belle de toutes les formes. Cranach ignore délibérement les conceptions de Dürer basées sur une étude objective et scientifique des proportions du corps humain, même s'il sait traduire les modèles plus contemporains de l'Italie dans sa langue personnelle aux arabesques linéaires comme le prouve sa Nymphe de la riviere allongée près de la fontaine (1518). Peintre de cour très apprécié, Cranach apparaît comme une sorte de François Boucher du 16ème siècle.

Biographie

Entre 1501 et 1504, Lucas Cranach voyage dans la vallée du Danube jusqu’à Vienne, où il fréquente alors les milieux humanistes. Hans Cranach (1503-1537) son père est aussi son professeur. Il peint durant cette période des tableaux d’inspiration religieuse (Saint-Jérôme - 1502, Crucifixion - 1503, Le Repos pendant la fuite en Égypte - 1504) ainsi que le double portrait, Le docteur Cuspinian, un humaniste viennois et sa femme Anne Cuspinian, en 1504.

À cette époque, son style, proche de ceux d'Albrecht Dürer et d’Albrecht Altdorfer, se caractérise par la prédominance des paysages agités, aux couleurs fastes, emplis d’une quantité de détails et de symboles, d’un lyrisme exacerbé, paysages quasi surréalistes où la tension psychologique est palpable, espaces vitaux dans lesquels s’insèrent avec harmonie des personnages élaborés et à l’expression énigmatique.

Il s’établit à Wittenberg en 1505 et devient peintre de cour auprès de l’électeur de Saxe Frédéric le Sage, il est anobli en 1509. Son activité change. Ses protecteurs, comme le cardinal Albert IV de Brandebourg attendent de lui non seulement des retables et des portraits mais aussi des œuvres décoratives pour leurs fêtes et les intérieurs de leurs nombreuses demeures. Pour faire face aux nombreuses demandes, Cranach met sur pied un atelier où ses deux fils travaillent. À partir de cette date, il tourne le dos à la spontanéité de sa période viennoise et son art s’oriente alors vers un style s’approchant du maniérisme : les formes s’allongent, deviennent plus souples, les personnages prennent de l’importance par rapport au paysage devenu simple décor et leurs différentes poses sont élaborées et codifiées, l’habillage raffiné. Certains historiens de l'art voient dans ce changement le début de la décadence qui va s'accentuant après 1525 alors que d'autres jugent la production des années 1505 à 1525 d'égale valeur, quoique très différente de celle des années viennoises.

Cette simplification voulue des formes, des compositions et des couleurs permet à son atelier de copier à la demande avec de simples variantes les créations du maitre. Il crée ainsi une figure féminine idéale et stylisée sur des canons anti-classiques. Cette figure gracile, représentée le plus souvent avec des déformations onduleuses (La nymphe à la source, 1518 ; Lucrèce, 1532), a été interprétée comme une persistance du gothique ou une participation au maniérisme international. Le pouvoir de séduction de l'artiste réside dans l'utilisation du pouvoir suggestif de la ligne sinueuse et du contraste des couleurs disposées en larges surface.

Dans La Vénus de 1529, Cranach reprend un sujet très classique de la Renaissance pour en faire une œuvre d'un érotisme ambigüe. Représentée nue comme le veut la tradition, la vénus est une jeune fille oblongue aux formes prépubères. Mais loin d'être pudique, elle porte un collier à la manière des courtisanes, elle montre son sexe d'un doigt et regarde le spectateur d'un œil aguicheur. Le paysage stylisé renvoie à l'Allemagne de son époque.

À Wittenberg, durant la même période, il fait la connaissance de Martin Luther avec qui il se lie d’amitié (et dont il réalisera de nombreux portraits). Acquis aux idées luthériennes, Cranach participera dès lors à la création de l’iconographie protestante, représentant des thèmes chers à la Réforme, tirés de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, introduisant quelquefois des citations de la Bible. Il peint également de nombreux portraits et scènes religieuses qui lui assurent la célébrité dans toute l’Europe, et à partir de 1525, intensifie son activité avec l’aide de ses fils, Hans et Lucas, et probablement d’un atelier important.

Propriétaire d’une pharmacie et d’une imprimerie, il est élu à trois reprises bourgmestre de Wittenberg et conserva sa charge de peintre de la cour sous les électeurs Jean-Constant et Jean-Frédéric, cour pour laquelle il peignit d’innombrables nus bibliques et mythologiques à l’érotisme allusif.

Son protecteur Jean-Frédéric ayant été capturé après la bataille de Mühlberg, Cranach accompagne sa captivité de 1550 à 1552 avant de revenir à Weimar, nouvelle résidence électorale, pour y mourir l’année suivante, après avoir produit plus de 400 œuvres. Après sa mort, son fils Lucas Cranach continue l’activité de son père et de son atelier.

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(1472-1553)
Renaissance