Réflexions sur mon métier,
Carl Theodore Dreyer

Charles Tesson

Editeur : Cahiers du cinéma. Collection Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma. 188 p., 17 cm

Rassemble les écrits de Dreyer sur le cinéma, une sélection d'entretiens donnés par le cinéaste suédois, En appendice, choix de textes d'entretiens avec C. T. Dreyer et de témoignages de ses collaborateurs.

Entre ciel et terre par Michel Delahaye (article paru dans Les Cahiers du cinéma n°170, septembre 1965. Entretien réalisé à Silkeborg dans le Jutland où Dreyer est venu se reposer après l'accueil désastreux de Gertrud à Paris, seulement défendu par Les Cahiers).

... Comment avez-vous découvert qu'il y avait chez Falconetti quelque chose qu'elle pouvait donner ?

Je suis allé la voir un après-midi et nous avons parlé ensemble pendant une heure ou deux. Je l'avais vu au théâtre. Un petit théâtre de boulevard dont j'ai oublié le nom. Elle y jouait une comédie légère et elle y était très élégante, un peu évaporée mais charmante (...) Alors je lui ai dit que j'aimerais bien faire dès el lendemain un essai de prises de vues avec elle. "Mais sans maquillage, ai-je ajouté : avec votre visage tout nu." Elle est donc venue le lendemain, prête disponible. Elle a enlevé son maquillage et nous avons fait les essais, et j'ai trouvé sur son visage exactement ce que je cherchais pour Jeanne d'Arc : une femme rustique, très sincère et qui était aussi une femme de souffrance (p.127, 128).

 

Jeanne d'Arc était pour moi une grande chose. Auparavant, je n'avais jamais entrepris d'aussi grand film. Néanmoins, j'ai eu les mains libres, j'ai fait absolument ce que je voulais et, à l'époque, j'ai été très satisfait de ce que j'avais fait (...) Car pour moi, c'est avant tout la technique du procès verbal qui commandait. Il y avait au départ ce procès avec ses voies, sa technique propre, et c'est cette technique que j'ai essayé de transmettre dans le film. Il y avait les questions; il y avait les réponses, très courtes, très nettes. Il n'y avait donc pas d'autre solution que de mettre des gros plans derrière les répliques. Chaque question, chaque réponse, exigeait tout naturellement un gros plan. C'était la seule possibilité. Tout cela découlait de la technique du procès-verbal. De plus le résultat des gros plans était que le spectateur recevait les mes chocs que jeanne recevant les questions et torturée par elles. Et, de fait, c'était bien mon intention que d'obtenir ce résultat. (p. 131, 132)