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Georges Méliès (1861-1938) apparaît comme l'une des figures les plus remarquables des premiers temps du cinéma. Tour à tour caricaturiste, peintre, prestidigitateur, directeur de théâtre, scénariste, machiniste, costumier, décorateur, opérateur, acteur, réalisateur et producteur, ce génial artisan fut l'inventeur du spectacle cinématographique. Créateur des "vues à transformations", des actualités reconstituées, des bandes publicitaires, des premiers effets spéciaux, des féeries en couleurs et du film de science-fiction, il a réalisé pas moins de cinq cent vingt films de 1896 à 1912. On trouvera ici rassemblés et annotés ses principaux écrits et propos concernant le septième art : "Les vues cinématographiques", "Les coulisses de la cinématographie.", "Le merveilleux au cinéma", "En marge de l'histoire du cinématographe", "Importance du scénario", "J'ai construit le premier studio du monde ! ", etc... ainsi que ses souvenirs écrits à la troisième personne du singulier en 1935 sous le titre "La vie et l'oeuvre d'un des plus anciens pionniers de la cinématographie mondiale, Georges Méliès, créateur du spectacle cinématographique".
Après avoir tourné au studio nombre de petites scènes comiques ou artistiques, Méliès eut un jour le désir d’aller prendre sur place quelques vues maritimes, afin de corser son programme par des vues de plein air, ou de documentaires, comme on dit aujourd’hui. Et, bravement, il partit pour Trouville, puis pour le Havre, chargé comme un mulet. Ces deux journées de travail furent terribles. La tempête faisait rage, car Méliès avait choisi un mauvais temps pour obtenir de plus jolis effets. Son appareil ne pouvait contenir que 20 mètre de pellicule, et ne pouvait se décharger ni se recharger en plein air. Aussi dût-il se livrer toute la journée à une gymnastique sans précédent, démontant tout son matériel entre chaque prise, et transportant le tout chez un photographe pour y faire ses opérations. Il était seul et n’osait rien laisser sur place de crainte que quelqu’un vint toucher son matériel et même… en emporter une partie. On peut se figurer la fatigue d’une telle opération répétée vingt fois dans la journée, avec des kilomètres à parcourir sur des plages sablonneuses, dans lesquelles, ainsi chargé, on enfonçait jusqu’au genoux. Mais Méliès, on s’en doute, avait le feu sacré. Il revint fourbu mais en rapportant triomphalement à Paris une quinzaine de vues qui produisirent sur les spectateurs un effet prodigieux. On n’avait pas encore vu cela ; aussi l’assaut des vagues furieuses sur les falaises de Sainte-Adresse, l’écume, le bouillonnement de l’eau, les gouttes d’eau projetées en l’air, les remous, les embruns qui voltigeaient, autant de choses banales aujourd’hui, fascinaient les spectateurs habitués à l’uniforme représentation de la mer au théâtre.
LES VUES DITES « À TRANSFORMATIONS» Je trouve cette appellation impropre. Il me sera permis, je pense, puisque j’ai créé moi-même cette catégorie spéciale, de dire ici que mon opinion est que le nom de vues fantastiques serait beaucoup plus exact. Car, si un certain nombre de ces vues comportent, en effet, des changements, des métamorphoses, des transformations, il y a aussi un grand nombre d’entre elles où il n’existe aucune transformation, mais bien des trucs, de la machinerie théâtrale, de la mise en scène, des illusions d’optique, et toute une série de procédés dont l’ensemble ne peut porter un autre nom que celui de « trucage », nom peu académique mais qui n’a pas son équivalent dans le langage choisi. Quoi qu’il en soit, le domaine de cette catégorie est de beaucoup le plus étendu, car il englobe tout, depuis les vues de plein air jusqu’aux compositions théâtrales les plus importantes, en passant par toutes les illusions qui peuvent produire ka prestidigitation, l’optique, les trucages photographiques, la décoration et la machinerie de théâtre, les jeux de lumière, les effets fondants (dissolving views, comme les ont nommé les Anglais), et tout l’arsenal des compositions fantaisistes abracadabrantes à rendre fous les plus intrépides. (…) Depuis le jour, et cela remonte à dix ans, où d’innombrables éditeurs de vues cinématographiques se sont jetés sur la confection des vues de plein air et sur celles des sujets comiques, excellents, bons ou mauvais, j’ai laissé de coté les sujets simples et j’ai crée la spécialité des sujets intéressants par leur difficulté d’exécution, auxquels je me suis exclusivement consacré. Cet art offre une telle variété de recherches, exige une si grande quantité de travaux de tous genres, et réclame une attention si soutenue, que je n’hésite pas, de bonne foi, à le proclamer le plus attrayant et le plus intéressant des arts, car il utilise à peu près tous. Art dramatique, dessin, peinture, sculpture, architecture, mécanique, travaux manuels de toutes sortes, tout est employé à doses égales dans cette extraordinaire profession ; et la surprise de ceux qui, par hasard, ont pu assister à une partie de nos travaux me cause toujours un amusement et un plaisir extrêmes. La même phrase revient invariablement sur leurs lèvres : « Vraiment, c’est extraordinaire ! Je ne me serais jamais figuré qu’il fallut tant de place, tant de matériel, et que cela demandât autant de travail pour faire ces vues là » Hélas ils n’en savent pas d’avantage après, car il faut beaucoup de temps pour connaître à fond les innombrables difficultés à surmonter dans un métier qui consiste à réaliser tout, même ce qui semble impossible, et à donner l’apparence de la réalité aux rêves les plus chimériques, aux inventions les plus invraisemblables de l’imagination. Enfin, il n’y a pas à dire, il faut absolument réaliser l’impossible, puisqu’on le photographie, et qu’on le fait voir !!!
ALLOCUTION PRONONCÉE PAR GEORGES MÉLIÈS AU GALA ORGANISÉ EN SON HONNEUR, LE 16 DÉCEMBRE 1929, SALLE PLEYEL À PARIS Mesdames, Messieurs, je vous demande mille pardons, mais vous me voyez complètement rempli de stupeur. On me poursuit dans les rues, on arrache mes films de mes poches, on me jette sur la scène, quelle diable d’idée ont eu les organisateurs de ce gala. On me demande de dire quelques mots au sujet de films que vous venez de voir. (…) Il n’est nullement rentré dans l’idée des organisateurs, et vous l’avez bien compris de vouloir établir une comparaison quelconque entre des films faits il a vingt cinq et trente ans, et ceux d’aujourd’hui. Leur seul but a été de produire une sorte d’étude rétrospective et de montrer aux spectateurs d’aujourd’hui l’évolution de la cinématographie depuis sa création. Certes je suis le premier à reconnaître les immenses progrès réalisés depuis le début par la beauté photographique des images, due au perfectionnement incessant des appareils, perfectionnement auquel nous avons pris notre part dans une carrière de vingt cinq ans ; je reconnais aussi que la technique a changé du tout au tout. Donc, n’établissons aucune comparaison ; surtout alors que vous venez de voir un genre très spécial de films, genre dans lequel je n’ai pas de successeur. Ces films ont été retrouvés par hasard, dans la laiterie d’un château ! et dans quel état mon Dieu ! Or, quoique j’ai touché un peu à tous les genres en cinématographie, cet établissement ne prenait chez moi que des films fantastiques ou féériques ; ce pourquoi tous les films présentés ce soir sont remplis de truquages fantaisistes et fantastiques les plus cocasses, l’une de mes spécialités. Alors, le cinéma servait surtout à occuper la jeunesse, mais il fallait aussi intéresser les grandes personnes qui les accompagnaient. D’où cette accumulation énorme de trucs imprévus, qui frappaient de stupeur les spectateurs d’alors, complètement incapables de se rendre compte de la façon dont tout cela pouvait s’obtenir. Les jeunes s’amusaient, grâce à la naïveté voulue du scénario ; les grands étaient intrigués par des réalisations incompréhensibles. J’ai vu, et je redoutais un peu le contraire, que les spectateurs de ce soir ont pris le même plaisir à la vue de ces fantaisies que ceux d’il y a vingt ans et j’en ai été très heureux. Vous avez bien compris aussi, et je vous remercie de ne pas avoir été choqués, que les appareils avec lesquels ont été prises ces vues, étaient plus que rudimentaires, presque toujours construits par nous, et ne comportant aucun des perfectionnements et commodités actuelles. De plus nous n’avions pas ces merveilleux éclairages intensifs qui permettent des luminosités et des prises à contre jour admirables. Nous devions nous contenter de la lumière du jour qui nous jouait souvent des vilains tours, et nos pellicules négatives n’avaient pas encore la perfection et la sensibilité extrême de celles d’aujourd’hui. Enfin, mesdames et messieurs, j’ai vu que tout le monde s’est bien amusé, malgré les imperfections photographiques des vues ressuscitées, et je vous assure que je n’ai pas été le premier à me divertir, en retrouvant sur ces films nombre de mes anciens artistes, dont beaucoup m’ont fait le plaisir d’assister à cette représentation, et en me revoyant moi même vingt cinq ans plus tard, à l’époque où je me livrais aux compositions les plus humoristiques, et, permettez moi cette expression triviale, où j’exécutais les « galipettes » les plus échevelées pour amuser mes contemporains du XIXe siècle et ceux du commencement du XXe .