Volume coordonné par Yann Calvet et Jérome Lauté

Dans l'éditorial, Le goût de l’ambiguïté, Yann Calvet et Jérome Lauté notent que depuis Seven (1995), son deuxième long-métrage, David Fincher fait figure d’auteur culte auprès du grand public et suscite l’intérêt d’une frange de plus en plus importante de cinéphiles, que la suite de sa filmographie n’a cessé d’élargir (Zodiac en 2007, L’étrange histoire de Benjamin Button en 2008). Dans son œuvre déjà conséquente, la fiction repose essentiellement sur une distorsion du réel enclenchée par le désir d’un personnage : le vrai découle du faux et cet effet-miroir nous dévoile la nature trompeuse des apparences, au sein d’un monde voué à l’illusion et à la duplicité. Toutefois, la véritable énigme est d’abord humaine : elle s’incarne exemplairement en Tyler Durden dans Fight Club (1999), en Mark Zukerberg dans The social network (2010), ou en Lisbeth Salander dans Millenium (2011), et c’est leur opacité existentielle que le cinéaste tente de percer, par le biais d’images qui ne sont que des traces d’existence. De ce point de vue, le travail de Fincher entretient un rapport étroit avec l’œuvre d’Orson Welles, comme en témoigne également ce geste qui consiste à revisiter et à réinvestir la forme puzzle à l’aune de son actualité numérique.

Dans Signes arrachés à l'invisibilité de l'être, Violene Caminade de Schuytter s'interroge pour savoir s'il reste une place pour le regard juste chez Fincher, capable de lire correctement des signes alors que son univers fourmille de regards usés (Sommerset dans Seven) ou puérils (The social network). Elle y répond finalement par la négative. Le cinéma de Fincher consacre l'impuissance du regard. C'est pourquoi ses films reviennent si souvent à leur point de départ.

Dans Le champ du signe, Michaël Delavaud affirme au contraire, les exceptionnels talents d'interprétation ou de maitrise des signes de Robert Graystmith dans Zodiac, de Mark Zuckerberg dans The social network et de Lisbeth dans Millenium. Les trois personnages sont originellement désignés par le signe. Robert Graystmith par les dessins qu'il exécute pour le San Francisco Chronicle, Mark Zuckerberg et Lisbeth par les codes et cryptages informatiques qu'ils bidouillent à leur gré pour s'ouvrir des portes et en fermer aux autres. L'aisance à lire le monde, leur maitrise des signes le constituant vampirisent les personnages fincheriens, les obsédant jusqu'à les empêcher de se nourrir ou de dormir. Décoder le monde aiguise la lucidité du regard qu'on porte sur lui, rendant ces herméneutes exsangues bien que toujours aux aguets mais faisant d'eux des monstres figés dans leur solitude. Le talent à décrypter les signes et la lucidité vis à vis de la complexité du monde s'accompagnent de leur mélancolique revers ; l'impossibilité de s'inscrire dans ledit monde et la triste sensation de le voir passer, indifférent.

Dans Des éclats de lumière, Hélène Vally s'interroge sur la fréquence des plans avec de sources lumineuses. Ellles désignent les tréfonds de l'horreur humaine que tentent d'explorer et de comprendre des éclaireurs, plus exactement des policiers (Seven) ou des journalistes (Zodiac) ; elles guident aussi vers les âmes sombres des meurtriers (Seven, Zodiac, Millenium) et exaltent la puissance d'illusion du cinéma (Seven, The game).

I. Lire les signes


II. Réapprendre à voir


III. Les belles et les bêtes


IV. L’être et le néant

 

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David Fincher, simulacre et réalité
131 pages. 12 euros. Décembre 2012. En librairie ou sur Le site de Eclipses.
Eclipses n°51