Orgueil et préjugés (Simon Langton, 1995)
Orgueil et préjugés (Joe Wright, 2005)

Si la première adaptation d'un roman de Austen est assez précoce avec le Orgueil et préjugé de Robert Z. Leonard en 1940, il faut attendre les années 95-96 avec les multiples adaptations par la BBC et le Raison et sentiments de Ang Lee pour voir le corpus s'accroître véritablement

En s'intéressant principalement à la peinture de la société de son époque, Jane Austen se livre à des analyses qui s'apparentent à celles du roman de mœurs, ce sous genre romanesque qui examine les us et coutume et les comportements de la petite noblesse anglaise à l'aube du 19ème siècle. Cet écrivain se penche plus particulièrement sur les conflits que doivent traverser les femmes avant de trouver leur place dans la communauté. Par conséquent, parce qu'il est à la base de toute ressource économique pour elles, le mariage est un thème récurrent de ses romans.

Lydia Martin reprend dans Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen (L'Harmattan. 2007) la typologie proposé par Geoffrey Wagner dans The novel and cinema (1975). Celui-ci distinguait trois types d'adaptations. La transposition qui tente de rester au plus près de l'œuvre originale, le commentaire qui modifie le roman soit dans les détails en soulignant certains éléments soit en modifiant même sa structure générale. L'analogie qui utilise le roman seulement en tant que point de départ.

La majorité des adaptations de la BBC sont des transpositions avec un grand soin porté sur la fidélité même s'il est difficile de garder tous les personnages, les dialogues et les événements. Les commentaires font la part belle aux idées féministes, souvent explicitées et au romantisme. Chez Jane Austen les hommes sont assez fades et voir insignifiants. Les films rajoutent des scènes ou les héros, devenus séduisants, affirment leur désir de mariage et se montrent attentifs aux désirs de leur future femme.

Principales adaptations par odre chronologique

Love & friendship Whit Stillman U.S.A. 2016
Raison et sentiments John Alexander G-B. 2008
Northanger Abbey Jon Jones G.-B. 2007
Mansfield park Iain B. MacDonald G.-B. 2007
Persuasion Adrian Shergold G.-B. 2007
Orgueil et préjugés Joe Wright G.-B. 2005
Coup de foudre à Bollywood Gurinder Chadha Inde 2004
Orgueil et préjugés Simon Langton G.-B. 2005
Orgueil et préjugés Andrew Black G-B 2003
Le journal de Bridget Jones Sharon Maguire U.S.A. 2001
Mansfield park Patricia Rozeman G.-B. 1999
Emma Diarmuid Lawrence G.-B. 1997
Emma, l'entremetteuse Douglas McGrath U.S.A. 1996
Persuasion Roger Mitchell U.S.A. 1995
Raison et sentiments Ang Lee U.S.A. 1995
Northanger Abbey Gilles Foster G.-B. 1986
Mansfield park David Giles G.-B. 1983
Raison et sentiments Rodney Bennett G.-B. 1981
Orgueil et préjugés Cyril Coke G.-B. 1981
Emma John Glenister G.-B. 1972
Persuasion Howard Baker G.-B. 1971
Orgueil et préjugés Robert Z. Leonard U.S.A. 1940



Les oeuvres de Jane Austen et leurs adaptations

1794 : Lady Susan (publié en 1871 à Londres, 2000 à Pari)
1811 : Raison et sentiments (Sense and sensibility)
1813 : Orgueil et préjugés (Pride and prejudice)
1814 : Mansfield park
1816 : Emma
1818 : L'abbaye de Northanger (Northanger Abbey)
1818 : Persuasion


Lady Susan
1794

Lady Susan Vernon, veuve de Sir Vernon, se trouve à Langford, chez les Manwaring, et elle entretient une liaison avec Mr Manwaring. Lady Susan est une très jolie femme d'environ trente-cinq ans qui en paraît dix de moins, célèbre pour sa beauté et la séduction qui émane d'elle. Mais c'est aussi une femme égoïste, qui entretient plusieurs flirts appuyés, une mère tyrannique qui cherche un riche époux pour sa fille de seize ans, Frederica, très timide, et terrorisée par sa mère qui veut lui faire épouser le riche et stupide Sir James Martin. Lady Susan envisage également un mari pour elle-même, mais vit très bien en attendant sa vie de séductrice libre de tout engagement.

2016. Whit Stillman : Love & Friendship. Avec Kate Beckinsale (Lady Susan Vernon), Morfydd Clark (Frederica Vernon), Tom Bennett (Sir James Martin), Jenn Murray (Lady Lucy Manwaring), Lochlann O'Mearáin (Lord Manwaring), Sophie Radermacher (Miss Maria Manwaring), Chloë Sevigny (Alicia Johnson), Stephen Fry (Mr. Johnson). 1h32.

Lady Susan est un court roman épistolaire écrit par Jane Austen vers 1794, mais qui n'a pas été publié avant 1871. C'est l'une de ses premières œuvres importantes, une sorte de conte moral, probablement écrit lorsqu'elle a 18 ou 19 ans, dans un style qui annonce déjà ses grands romans. La forme épistolaire retenue par Jane Austen sera également utilisée par l'auteur pour la première version de Sense and Sensibility, ébauché en 1795 et appelé alors Elinor and Marianne. Le roman est composé de quarante et une lettres, correspondance essentiellement de Lady Susan avec son amie Mrs Alicia Johnson, et de Mrs Vernon (la femme de son beau-frère, née Catherine de Courcy) et sa mère Lady de Courcy qui déteste profondément Lady Susan. Plus quelques lettres d'autres personnages, comme Réginald de Courcy à Lady Susan.

 


Raison et sentiments
(Sense and sensibility)
1811

Après le décès du père d'Elinor, Marianne et Margaret Dashwood, celles-ci et leur mère se trouvent injustement privées de leur héritage par leur demi-frère (né d'un précédent mariage de Mr Dashwood) et sa femme. Leur situation financière considérablement diminuée, elles se retrouvent donc dans une position particulièrement difficile.

Forcées de quitter leur domaine de Norland dans le Sussex pour Barton Cottage dans le Devonshire, les jeunes filles sont rapidement acceptées par leur nouvelle société, particulièrement par un généreux parent et sa belle-mère Mrs Jennings. Marianne, dont le romantisme et la joie de vivre charment le secret Colonel Brandon, est bientôt profondément amoureuse du jeune et impétueux Willoughby. Elinor, dont les dispositions sont plus prudentes et considérées, qui cache ses sentiments avec attention, souffre de l'absence d'Edward Ferrars, le frère de sa désagréable belle-sœur, qu'elle a connu à Norland et qui vit à Londres.

Malgré leurs personnalités très différentes, les deux sœurs expérimentent de grands chagrins dans leurs affaires sentimentales : Marianne souffre avec ostentation tandis qu'Elinor ne permet à personne de voir ses maux de cœur. Ce sont, cependant, leurs qualités communes -discernement, constance et intégrité face aux mauvaises intentions des autres- qui leur permettent d'entrer dans une nouvelle vie de paix et de contentement.

1981 : Rodney Bennett. Série de la BBC. 2h54.

1995 : Ang Lee. Sense and Sensibility. Avec : Emma Thompson (Elinor Dashwood), Alan Rickman (Colonel Brandon), Kate Winslet (Marianne Dashwood), Hugh Grant (Edward Ferrars), Gemma Jones (Mme Dashwood), Tom Wilkinson (M. Dashwood), Greg Wise (John Willoughby), Elizabeth Spriggs (Mme Jennings). 2h15.

2000 : Rajiv Menon, Kandukondain, Kandukondain (Inde)

2008 : John Alexander. Raison et sentiments. Téléfilm avec : Hattie Morhan, Charity Wakefield, David Morissey. 2h30.

 


Orgueil et préjugés
(Pride and prejudice)
1813

À Longbourn, petit bourg du Hertfordshire, sous le règne du roi George III, Mrs Bennet est déterminée à marier ses cinq filles afin d'assurer leur avenir, compromis par certaines dispositions testamentaires. Lorsqu'un riche jeune homme, Mr Bingley, loue Netherfield, un domaine proche, elle espère vivement qu'une de ses filles saura lui plaire assez pour qu'il l'épouse. Malheureusement, il est accompagné de ses deux sœurs, Caroline et Louisa, plutôt imbues d'elles-mêmes, et d'un ami très proche, Mr Darcy, jeune homme immensément riche, mais très dédaigneux et méprisant envers la société locale.

Elizabeth observe avec amusement ce petit monde. Si elle apprécie le charmant Mr Bingley, elle est irritée par le fier Mr Darcy, qui, à leur première rencontre, au cours du bal organisé dans le bourg voisin de Meryton, a refusé assez impoliment de danser avec elle. De là naît le "préjugé" qu'elle nourrit contre lui ; préjugé que le séduisant Wickham, officier récemment arrivé qui connaît Darcy depuis l'enfance, entretient soigneusement par ses confidences.

Ayant donc des motifs personnels pour détester Darcy, elle se montre à la limite de l'insolence lorsque celui-ci, qui apprécie de plus en plus sa vivacité et son intelligence, cherche à mieux la connaître. Elle observe avec plaisir l'évolution des sentiments de sa sœur préférée pour Bingley, et prête une oreille attentive au beau Wickham qui ne la laisse pas indifférente. Il lui faut aussi garder son sang froid devant le ridicule Mr Collins, ce cousin qui héritera de leur propriété de Longbourn à la mort de Mr Bennet, selon le système de l’entail. Récemment nommé curé de Hunsford, dans le Kent, il cherche à prendre femme, comme le lui a conseillé Lady Catherine de Bourgh, sa protectrice, et a jeté son dévolu sur Elizabeth, à la grande satisfaction de Mrs Bennet, qui voit déjà ses deux aînées mariées.

Au cours du bal organisé à Netherfield où il invite Elizabeth à danser, Darcy se rend compte que le mariage de Bingley avec Jane Bennet est considéré comme pratiquement acquis par la société locale, et avec l'aide de Miss Bingley, qui, comme lui, le considère comme une mésalliance, convainc Charles Bingley de passer l'hiver à Londres. Mrs Bennet voit donc s'écrouler tous ses projets matrimoniaux : Bingley est parti et Mr Collins, refusé par Elizabeth, a demandé la main de sa meilleure amie, Charlotte Lucas.


Caroline Bingley, dans une lettre à sa "chère Jane" anéantit tout espoir : elle lui confirme qu'ils ne retourneront pas à Netherfield et avoue perfidement son souhait de voir son frère épouser la jeune sœur de Darcy. Wickham dénigre ouvertement Darcy maintenant que ce dernier est parti. Collins épouse Charlotte et l'emmène dans le Kent. Les Gardiner viennent passer Noël chez les Bennet et repartent avec leur nièce Jane à Londres où ils habitent. La rancœur d'Elizabeth augmente au cours de l'hiver : Jane, à Londres, n'a aucune nouvelle de Bingley, et elle est persuadée que Darcy en est responsable. Elle le rencontre sans plaisir à Pâques, à Rosings Park, chez Lady Catherine de Bourgh (qui se trouve être sa tante), Charlotte l'ayant invitée à passer quelques semaines au presbytère. Aussi, lorsque Darcy (qui, à sa grande surprise, est tombé amoureux d'elle) la demande en mariage (avec hauteur et condescendance, car il a le sentiment de déchoir en contractant un mariage avec elle du fait de la condition inférieure de sa famille, et il ne s'en cache pas), elle le refuse tout net, en lui reprochant son orgueil et sa vanité, affirmant qu'elle n'épousera jamais l'homme qui a empêché le bonheur de Jane et a honteusement traité Wickham.

Darcy choisit alors de justifier ses actions, et explique dans une longue lettre les motifs de son ingérence dans l'idylle de Jane et Bingley : il reconnaît qu'il n'a pas hésité à écarter son ami de Jane Bennet, et qu'il lui a caché qu'elle était à Londres. Il a pris sa réserve pour de l'indifférence, mais l'obstacle essentiel est, à ses yeux, le comportement et les relations de sa famille. Il détaille ensuite longuement les motifs de son attitude à l'égard de Wickham : ce compagnon de son enfance, joueur, fourbe et dépravé, coureur de dot, a failli l'été précédent réussir à persuader sa sœur Georgiana, alors âgée de quinze ans, de s'enfuir avec lui.

Elizabeth découvre ainsi, avec consternation, que Jane, pourtant irréprochable elle-même, a fait les frais de la vulgarité de sa mère et de ses jeunes sœurs, et qu'elle-même s'est laissée aveugler par sa vanité blessée. À la lumière de ces révélations, elle est forcée de revoir son opinion, et ses sentiments pour Darcy. Mais ces confidences, qu'elle ne peut pas entièrement partager avec Jane, pèsent sur son moral. Et elle ne peut pas davantage expliquer à son père pourquoi il lui paraît si peu judicieux que Lydia accompagne le régiment dans ses quartiers d'été à Brighton. Mais elle se réjouit de faire un voyage au cours de l'été avec son oncle et sa tante Gardiner dans le Derbyshire, et se laisse convaincre par sa tante de visiter Pemberley.

La visite du beau domaine de Pemberley l'enchante et lui présente Darcy sous un jour très différent, car il y est connu et aimé comme un maître généreux et bienveillant. Au cours d'une rencontre imprévue, il se montre aimable avec les Gardiner et lui présente sa sœur. Mais Elizabeth reçoit des nouvelles alarmantes de Longbourn : Lydia s'est enfuie avec Wickham. Il faut rentrer sans délai. Elle est persuadée que cette dernière épreuve va amener Darcy à définitivement renoncer à son attirance pour elle. Or elle apprend qu'il est intervenu pour sauver Lydia et obliger Wickham à l'épouser, puis découvre qu'il "a permis" à Bingley de renouer avec Jane ; elle accepte alors ses sentiments pour lui, et finit par accueillir avec joie le renouvellement de sa demande en mariage.

Le dernier chapitre traite de l'avenir des protagonistes : Lydia et Wickham vivent au jour le jour, toujours endettés, et quémandant sans cesse de l'argent à Jane et Elizabeth qui ouvrent leur bourse personnelle ; à Pemberley, les Darcy vivent heureux avec Georgiana ; Darcy pardonne à Lady Catherine le mal qu'elle a dit d'Elizabeth ; les Bingley, pour échapper à Mrs Bennet et aux commérages oppressants de Meryton, achètent un domaine près du Derbyshire, à la grande joie d'Elizabeth ; Kitty passe le plus clair de son temps chez ses aînées où elle côtoie une société plus distinguée ; Mr Bennet s'invite à l'improviste et les Gardiner sont toujours les bienvenus.

1940 : Robert Z. Leonard. Pride and Prejudice. Avec : Greer Garson (Elizabeth Bennet), Laurence Olivier (Mr. Darcy), Maureen O'Sullivan (Jane Bennet), Ann Rutherford (Lydia Bennet), Marsha Hunt (Mary Bennet). 1h58.

1980 : Cyril Coke. Pride and prejudice. Série de la BBC. Avec : Elizabeth Garvie (Elizabeth Bennet), David Rintoul (Mr. Fitzwilliam Darcy), Sabina Franklyn (Jane Bennet), Clare Higgins (Kitty Bennet), Priscilla Morgan (Mrs. Bennet), Natalie Ogle (Lydia Bennet), Tessa Peake-Jones (Mary Bennet). 4h25.

1995 : Simon Langton. Pride and prejudice. Série de la BBC. Avec : Jennifer Ehle (Elizabeth Bennet), Colin Firth (Mr. Darcy), Susannah Harker (Jane Bennet), Julia Sawalha (Lydia Bennet), Alison Steadman (Mrs. Bennet), Benjamin Whitrow (Mr. Bennet). 5h00.

2001 : Sharon Maguire, Le Journal de Bridget Jones. Avec : Renée Zellweger (Bridget Jones), Hugh Grant (Daniel Cleaver), Colin Firth (Mark Darcy). 1h37. Analogie.

2003 : Andrew Black. Pride and Prejudice. Avec : Kam Heskin (Elizabeth Bennet), Orlando Seale (Will Darcy), Benjamin Gourley (Charles Bingley), Lucila Solá (Jane Vasquez), Henry Maguire (Jack Wickam), Kelly Stables (Lydia Meryton), Amber Hamilton (Kitty Meryton). 1h44. Analogie.

2004 : Gurinder Chadha, Coup de foudre à Bollywood (Bride and prejudice). Avec : Aishwarya Rai (Lalita Bakshi), Martin Henderson (Will Darcy), Naveen Andrews (M. Balraj), Indira Varma (Miss Kiran Bingley), Namrata Shirodkar (Jaya Bakshi), Peeya Rai Chowdhary (Lakhi Bakshi). 1h52. Analogie.

2005 : Joe Wright, Pride and Prejudice . Avec : Keira Knightley (Elizabeth Bennet), Matthew Macfadyen (Mr. Darcy), Talulah Riley (Mary Bennet), Rosamund Pike (Jane Bennet), Jena Malone (Lydia Bennet), Carey Mulligan (Kitty Bennet), Donald Sutherland (Mr. Bennet), Brenda Blethyn (Mrs. Bennet). 2h09.

Difficiles pour ces adaptations de se porter au niveau du roman de Jane Austen (voir : l'analyse de wikipedia reprise ici). La société décrite par Jane Austen est un microcosme étriqué : cela est inévitable dans la mesure où les relations sociales sont tributaires des difficultés de transport dans l'Angleterre rurale d'alors.

Elizabeth Bennet est le personnage principal d'Orgueil et Préjugés, celle dont le point de vue est privilégié, et la seconde des cinq filles. Elle est intelligente, spirituelle et la favorite de son père. Sa mère la considère comme "beaucoup moins belle que Jane" mais Mr Darcy admire "la profondeur et l'intelligence de ses yeux sombres". Elle se fait aussi remarquer par son énergie et son goût pour les longues promenades solitaires, notamment dans le parc de Rosings.

Elizabeth paraît sûre de son jugement sur les autres et n'est guère intimidée par le rang social des personnes qu'elle rencontre, qu'il s'agisse de la hautaine et prétentieuse Lady Catherine de Bourgh ou de l'orgueilleux et dédaigneux Monsieur Darcy. Elle prend le risque de refuser deux offres de mariage qui assureraient son avenir matériel, car elle attend du mariage non pas la sécurité mais "un vrai et solide bonheur". Elle commence à douter d'elle-même lorsqu'elle découvre combien elle s'est trompée sur Darcy et sur Wickham et ne retrouve tout son entrain et sa joie de vivre que le jour où son père donne son consentement à son mariage avec l'homme qu'elle a appris à aimer et estimer.

Jane Bennet a vingt-trois ans. D'une grande beauté, de manières irréprochables, raisonnable, toujours prête à juger en bien autrui (elle est la seule à ne pas avoir de préjugés), elle assume avec sérieux son rôle d'aînée. Elle est très attirée par Charles Bingley, l'ami de Mr Darcy, et se lie d'amitié avec ses sœurs. Mais comme elle est discrète et peu expansive, son attachement naissant n'est pas reconnu pour ce qu'il est par les deux amis, et Caroline Bingley fait tout pour la décourager. Seule Elizabeth, qui connaît parfaitement sa sœur "très aimée" et partage ses soucis et ses responsabilité, a conscience de la profondeur de ses sentiments et de sa souffrance.

Les affinités de caractère des deux seours en font des amies affectueuses et dévouées. Elles font preuve d'une distinction qui manque complètement au reste de la famille Bennet sauf à leur père. Propriétaire du petit domaine de Longbourn, donc membre de la petite gentry provinciale et gentleman, Mr Bennet est un pince-sans-rire doté d'un incontestable sens de l'humour, qui ne manque jamais de plaisanter sur la sottise de ses trois plus jeunes filles. Il souffre de l'inconséquence et de la vulgarité de sa femme, et n'en apprécie que plus les bonnes manières de ses deux aînées et l'esprit affûté de Lizzie. Parfaitement conscient des insuffisances du reste de sa famille, par négligence, indolence ou désir égoïste d'avoir la paix et d'éviter tout conflit avec sa femme, il se dérobe à ses responsabilités paternelles. Ayant épousé une femme apparemment dotée d'une heureuse nature, mais dont il a rapidement découvert l'esprit étroit et le manque de jugement, il a pris l'habitude de se réfugier dans sa bibliothèque, au milieu de ses livres.

Avec Elizabeth Bennet, le second protagoniste important du roman est Fitzwilliam Darcy. Jeune homme de 27 ans, fier, voire hautain, peu loquace et cassant, il suscite l'animosité d'Elizabeth dès leur première rencontre à Meryton. Qu'il ait, par orgueil, lésé George Wickham et éloigné Charles Bingley de Jane, ne fait qu'attiser l'hostilité d'Elizabeth, sans la surprendre tant elle est prévenue contre lui. Monsieur Darcy est le maître du splendide domaine de Pemberley dans le Derbyshire et le neveu préféré de Lady Catherine de Bourg, la protectrice de Mr Collins. Il est obligé de revenir peu à peu sur les jugements peu charitables qu'il a portés sur Elizabeth et se sent très attiré par elle ; elle est la seule personne étrangère à son cercle d'amis avec qui il sort de sa réserve et aborde des sujets sérieux. L'amour grandissant qu'il lui porte l'amène à la demander en mariage malgré toutes les préventions qu'il a contre sa famille et, au lieu d'être découragé par son refus déterminé, à expliquer ses actes, prendre sérieusement en compte ses critiques, au point de réformer son comportement, lutter contre ses préjugés et même prendre le risque d'un second refus. C'est le personnage masculin le plus complexe et le plus élaboré de tous les romans de Jane Austen.


Mrs Bennet, mère de cinq filles, jolies certes, mais sans aucun héritage à espérer, est obsédée par l'impérieuse nécessité de les marier, en leur trouvant de préférence un prétendant fortuné. Elle ne manque d'ailleurs pas d'une certaine habileté pratique pour parvenir à ses fins. Mais sa vulgarité, sa prétention et sa sottise la poussent à se vanter publiquement des mariages avantageux qu'elle espère pour ses filles et à ne pas tenir compte des remarques de bon sens d'Elizabeth... ce qui entraîne le mépris de Darcy, et par voie de conséquence, l'effondrement de ses projets matrimoniaux pour sa fille Jane. Elle est frivole, égoïste, facilement rancunière, n'aime pas beaucoup Elizabeth, adore sa benjamine, Lydia, qui lui ressemble beaucoup, au point de tout lui passer, invoque, en cas de difficultés, le prétexte de ses « pauvres nerfs » et parle beaucoup pour ne rien dire.

Mary Bennet, troisième des filles est la seule à n'être pas jolie. Elle a donc cherché d'autres façons de se faire remarquer. Si elle lit beaucoup, elle n'a guère tiré parti de ses lectures, car elle a l'esprit étroit, et aime asséner à ses proches des vérités profondes, qui ne sont souvent que des lieux communs. Elle travaille beaucoup son piano, mais, n'ayant "ni génie ni goût", joue comme elle parle, de façon pédante et ampoulée. Catherine Bennet est frivole, superficielle et ignorante. D'un caractère faible, elle se laisse entraîner par Lydia, sa jeune sœur, dont elle est jalouse, mais dont elle admire l'aisance et l'assurance, sans voir l'impropriété de ses manières. Une fois séparée de Lydia et fréquemment invitée par ses deux aînées après leur mariage, elle évolue favorablement. Lydia Bennet a quinze ans au début du roman. Elle est frivole et superficielle, enjouée, impulsive et déterminée, peu intelligente et égoïste, le parfait portrait de sa mère au même âge; Elle rit facilement aux éclats, ce qui n'est pas un signe de bonne éducation. Sa seule préoccupation est de flirter avec les jeunes officiers de la milice, espérant trouver un mari avant ses sœurs, et de profiter de tous les plaisirs qu'offrent les bals, les loteries ou les cartes. Elle n'écoute personne, n'a aucun sens des convenances, et s'enfuit avec Wickham, dont elle s'est entichée, persuadée qu'il l'épousera, sans se soucier des conséquences de son acte, pour elle-même et pour la bonne réputation de ses sœurs. Caricature de l'héroïne romantique, elle a un comportement qui met en danger le reste de sa famille.

Le style de Jane Austen est vif, élégant et sans maniérisme, les descriptions sont brèves, les passages narratifs réduits, les interventions de l'auteur rares. C'est une prose du non-dit, toute en réticence et retenue. Virginia Woolf admire ses "merveilleux petits discours qui résument en une conversation tout ce qu'il faut savoir pour connaître un personnage". Et un lecteur moderne, même s'il est peu au fait des règles et conventions qu'elle critique et dont elle se moque, peut goûter la saveur du récit.

La première phrase du roman est aujourd'hui universellement connue : "It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife" (C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune est forcément en quête d'une épouse"), par la façon incisive et ironique à la fois dont Jane Austen rentre immédiatement dans le vif du sujet. Les premiers mots parodient le raisonnement philosophique, mais appliqué à une réalité banale à l'époque : le lecteur est invité à comprendre, par antiphrase, que ce sont les jeunes filles sans fortune qui sont désespérément à la recherche d'un mari fortuné, et doit s'attendre à une satire des conventions sociales. La suite : « si peu que l'on sache de ses intentions, [...] cette vérité est si bien ancrée dans l'esprit de ses voisins qu'ils le considèrent comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de leurs filles », l'invite en outre à se moquer du conformisme provincial. Mais le déroulement et l'épilogue de l'intrigue confirment, ironiquement, la vérité de cette sentence.

Jane Austen est impitoyable envers les sots, qui ne peuvent échapper à sa plume acérée : une phrase cinglante les décrit. Mrs Bennet est "une femme d'intelligence médiocre, peu cultivée et de caractère inégal", Mary a "un air pédant et des manières prétentieuses qui auraient gâché un talent plus grand que le sien". Certains font l'objet d'une caricature plus détaillée, comme Lady Catherine ou Sir William. Le personnage de Collins, le clergyman, est traité de façon particulière. L'auteur en fait une marionnette aussi ridicule dans son comportement que dans son langage. À travers ces personnages caricaturaux se profile la satire d'une société hypocrite où le rang, la richesse, l'apparence ont plus d'importance que les vraies valeurs morales. Les personnages sympathiques n'échappent pas davantage à la verve de Jane Austen. Elizabeth doit apprendre à revoir ses jugements et modérer ses expressions

Nourrie de préceptes néo-classiques, Jane Austen se méfie du lyrisme et du jargon, recherchant la précision et la concision. Elle précise les distances et même le temps nécessaire pour les parcourir : entre Lucas Lodge et Hunsford, par exemple, il y a "presque cinquante miles", ce qui représente "un peu plus qu'une demi-journée de voyage", mais il faut presque deux jours pour revenir d'une traite de Lambton à Longbourn. Elle est attentive aux dates, précise souvent le jour de la semaine où se passe tel ou tel événement majeur, comme le bal de Netherfield, qui a lieu un mardi, le 26 novembre, et elle ne décrit que ce dont elle est sûre, ce qui explique qu'elle se contente d'évoquer ce que peuvent faire les messieurs (par exemple chasser), lorsqu'ils sont entre hommes.

Les événements sont clairement inscrits dans le passage des saisons et le cycle saisonnier rythme l'action et l'évolution des personnages. Le roman dure quinze mois. Il débute en automne avec successivement l'arrivée de Bingley à la Saint Michel (le 29 septembre), celle du régiment qui prend ses quartiers d'hiver à Meryton début octobre, celle de Mr Collins, qui s'annonce d'abord par une lettre, puis arrive en personne le 18 novembre, comme Wickham. La pluie cause le rhume de Jane, et la venue d'Elizabeth à Netherfield, ce qui donne à l'auteur l'occasion d'éclairer les relations conflictuelles entre Elizabeth et Darcy. Tous les espoirs sont permis à Mrs Bennet, qui voit déjà Mr Bingley épouser Jane et trouve Mr Collins assez bon pour Elizabeth, mais la fin de l'automne voit s'évanouir ces espoirs, ce qu'a en quelque sorte annoncé la pluie persistante qui a précédé le bal de Netherfield.

L'hiver est la saison où tout se fige : Bingley parti, Jane a le cœur brisé et Collins est fiancé à Charlotte Lucas. Cependant l'arrivée des Gardiner pour Noël permet d'évoquer Pemberley avec Wickham, et le mariage de Charlotte en janvier entraîne l'invitation d'Elizabeth à Hunsford, au printemps.

Le printemps, même s'il voit fleurir l'amour de Darcy pour Elizabeth, n'amène pas d'espoir : Jane, toujours à Londres, est sans nouvelles de Charles Bingley, Elizabeth, à Hunsford, s'ennuie et n'apprécie que le parc, où elle peut échapper à la curiosité de Lady Catherine, mais où elle rencontre trois fois Darcy, de façon totalement inattendue pour elle, ce qui annonce les rencontres de Pemberley. Avril voit Elizabeth vivement rejeter l'amour de Darcy, mais, sous "le charme d'une matinée printanière" se plonger dans la lettre qui l'amène à réviser ses "premières impressions".

L'été est la saison des retournements de situation : Elizabeth a pris conscience des manquements de sa famille, mais ne peut empêcher le départ de Lydia pour Brighton ; elle espérait une excursion dans les splendeurs romantiques du Lake District, elle découvre finalement le charme paisible du Derbyshire et de son Peak District ; alors qu'elle craignait de rencontrer Darcy si elle visitait Pemberley, elle découvre sa généreuse hospitalité envers son oncle, qu'il invite à pêcher "aussi souvent qu'il veut", et elle-même, à qui il offre la possibilité de rencontrer sa sœur. Mais la fuite de Lydia avec Wickham l'empêche d'approfondir ces découvertes, et l'enfonce dans le silence, la douleur et la solitude à son retour à Longbourn.

L'histoire s'achève dans la même saison qu'elle a commencé, avec un « retour cyclique » des personnages à Meryton en automne, mais ils ont subtilement évolué. La scène d'introduction se reproduit quasiment à l'identique. Wickham revient, mais, marié à Lydia et ayant perdu toute son aura aux yeux des personnages principaux, il s'en va aussitôt avec elle loin dans le Nord ; Collins se manifeste par une lettre, puis par son retour, avec Charlotte, "en attendant que la tempête soit calmée". Bingley et Darcy reviennent, eux aussi, officiellement pour quelques semaines de chasse. Ce deuxième automne est comme un recommencement : Bingley fait la demande qu'il aurait dû faire un an plus tôt, et Darcy récolte les fruits de son changement d'attitude sur le chemin de Lucas Lodge : Elizabeth et lui rejouent la scène de la demande en mariage, mais dans un tout autre contexte : ils ont psychologiquement grandi et leur amour a mûri. La fin d'automne voit des départs sans larmes, et un mouvement important vers le nouveau centre d'intérêt, Pemberley.

Jane Austen se refuse autant aux épanchements lyriques et sentimentaux qu'elle ironise à l'égard des lieux communs. "Elle avait toutes sortes de procédés pour éviter les scènes passionnées", écrit Virginia Woolf dans The Common Reader. Si les mots "passion", ou "ardent love" sont employés par ses personnages, ils ne font pas partie de son vocabulaire personnel ; elle préfère strongs feelings (sentiments profonds) indiquant sa préférence plus pour la stabilité que pour la violence des sentiments. Elizabeth, dont le point de vue est privilégié, est la seule dont la voix intérieure, lorsqu'elle s'exprime en discours indirect libre, peut être confondue avec celle de la voix narratrice. En temps qu'auteur, Jane Austen se manifeste peu ; elle intervient, par exemple, au début du dernier chapitre : "Je voudrai pouvoir affirmer pour le bonheur des siens que la réalisation inespérée de son plus cher désir [...] a eu l'heureux effet de rendre Mrs Bennet aimable, discrète et judicieuse pour le reste de sa vie... ". Elle utilise parfois le point de vue omniscient, par exemple pour éclairer le lecteur sur la place que prend Elizabeth dans les pensées de Darcy, au cours de son séjour à Netherfied, mais présente en général ses personnages en focalisation externe, ou observés (plus ou moins ironiquement en focalisation interne) par Elizabeth.


Mansfield park
1814

Tome 1. Les trois sœurs Ward se sont mariées trente ans plus tôt : Maria, la deuxième, est devenue Lady Bertram, Miss Ward, l'aînée a épousé M. Norris, un clergyman, ami de Sir Bertram, et Frances le pauvre lieutenant de marine Price, à la suite de quoi elle s'est brouillée pendant plus de dix ans avec sa famille. Maintenant Fanny Price (dix ans), la seconde de ses dix enfants, est invitée à quitter Portsmouth pour aller vivre à Mansfield Park, chez les Bertram, à l'instigation de Mrs Norris, qui déclare vouloir ainsi aider sa sœur dans le besoin. Sir Thomas y consent bien volontiers, car sa fortune est suffisante pour assurer l'éducation de Fanny en plus de celle de ses quatre enfants, Tom, Edmund, Maria et Julia.

Fanny est donc élevée avec ses cousins, tous plus âgés qu'elle, mais sa tante Norris lui rappelle constamment sa situation de parente pauvre. Seul Edmund fait preuve de gentillesse à son égard ; Maria et Julia la méprisent, Tom ne lui prête pas attention. Fanny maintient une correspondance régulière avec son frère aîné, William, aspirant de la Royal Navy. Elle acquiert en grandissant, notamment au contact d'Edmund, un sens moral qui lui sert de guide pour toute chose. La gratitude et l'affection qu'elle éprouve à l'égard de son cousin se transforment au fil des ans en un amour qu'elle garde secret.

Les années passent calmement à Mansfield. Lorsque Fanny a seize ans Sir Thomas est obligé de partir à Antigua, aux Caraïbes, mettre de l'ordre dans ses plantations, emmenant Tom. Son absence est ressentie comme une délivrance par ses deux filles. Au bout d'un an, Tom revient mais son père doit prolonger son séjour. Bientôt, de nouveaux jeunes gens venus de la ville arrivent dans les environs : Henry et Mary Crawford, frère et sœur de la femme du nouveau pasteur, le Dr Grant. Leur arrivée bouleverse la vie austère de Mansfield Park, sous les yeux de Fanny, qui vient d'avoir dix-huit ans. Henry flirte beaucoup avec Maria et un peu avec Julia, Mary cherche à se faire remarquer de Tom, mais il s'en va pour la saison des courses hippiques, et c'est Edmund qui tombe amoureux d'elle. Maria est courtisée par le richissime et stupide M. Rushworth qui propose à tout le monde de venir visiter sa propriété de Sotherton, et Edmund insiste pour que Fanny, que Mrs Norris avait dédaigneusement écartée, vienne aussi. Mary, découvrant qu'Edmund se destine à la vie religieuse, se moque de son manque d'ambition.

Tom revient avec un ami, Yates, qui propose de monter un spectacle ; tout le monde est très enthousiaste, sauf Edmund et Fanny, horrifiés par ce que cela implique. Mais Tom, arguant de son statut d'aîné, refuse d'écouter les objurgations de son frère. La pièce finalement choisie, le podium monté, le décor et les costumes confectionnés, les répétitions commencent. Julia, qui n'a pas obtenu le rôle qu'elle souhaite, se retire, Fanny est embauchée pour aider Rushworth à apprendre le sien, Maria et Henry, sous prétexte de répétitions, flirtent outrageusement et Edmund, qui se justifie de prendre un rôle pour empêcher l'arrivée d'éléments extérieurs, se rapproche dangereusement de Mary. Suite à la défection de Mrs Grant, Fanny, à son grand désarroi, est pressée, avec insistance par Edmund et Mary, et brutalement par Mrs Norris, de reprendre son rôle, mais le retour légèrement anticipé de Sir Thomas la délivre.

Tome 2. Trop heureux de retrouver sa famille, Sir Thomas, malgré sa colère, préfère oublier l'incident : il blâme sévèrement Mrs Norris, se montre affectueux envers Fanny, et pardonne à ses enfants. La vie à Mansfield reprend donc son cours vertueux ; Maria épouse Rushworth, puisque Henry ne s'est pas déclaré, et part en voyage de noces en emmenant sa sœur. Les Crawford prolongent leur séjour et deviennent des hôtes réguliers des Bertram. Edmund confie ses peines de cœur à Fanny, qui lui cache combien elle en est affectée. Ordonné à Noël, il reste indécis par rapport à Mary. Henry, décidé à rendre Fanny amoureuse de lui, en tombe lui-même amoureux.

La présence de Fanny est de plus en plus appréciée par Sir Thomas et Lady Bertram, et la visite à Noël de son frère William, qu'elle n'a pas vu depuis sept ans, leur donne l'occasion d'organiser un bal en son honneur, son premier bal officiel. Sir Thomas voit avec satisfaction la cour qu'Henry Crawford fait à Fanny, car c'est un beau parti. Espérant amadouer cette dernière, Henry sollicite le parrainage de son oncle l'amiral pour que William soit rapidement promu lieutenant. Fanny est ravie pour son frère, mais elle refuse la demande en mariage d'Henry.

Tome 3. Sir Thomas, extrêmement fâché de ce refus, pense la faire plier en l'envoyant passer quelques semaines dans sa famille, qu'elle n'a pas vue depuis neuf ans. Le choc est rude pour Fanny, mais elle trouve en sa sœur Susan une amie à qui faire découvrir la lecture et un peu de raffinement. Henry Crawford vient la voir à Portsmouth et se montre sérieux et plein de sollicitude. En la quittant, il parle d'aller sur ses domaines. Fanny n'a des nouvelles que par de rares lettres : Mary l'encourage à répondre favorablement à Henry, Lady Bertram lui annonce un jour que Tom est dangereusement malade, Edmund la prévient peu après qu'il vient la chercher, avec Susan, car rien ne va plus à Mansfield. Maria s'est enfuie avec Crawford, Julia et Yates sont allés se marier en Écosse, et Tom a rechuté.

Le retour de Fanny est une joie pour Lady Bertram, et un soulagement pour les autres. Edmund, le cœur brisé, a rompu avec Mary, ayant découvert qu'elle espérait la mort de Tom et traitait avec désinvolture la scandaleuse liaison de Maria et Henry. Le dernier chapitre dévoile l'avenir des personnages : Fanny est heureuse de se découvrir utile et aimée de tous à Mansfield Park ; Sir Thomas comprend les erreurs qu'il a commises dans l'éducation de ses filles ; Julia et Yates se réconcilient avec la famille ; Tom, à 26 ans, s'est assagi, alors que Mrs Norris va rejoindre Maria, sa nièce préférée, dans l'exil auquel la condamne le double standard ; Henry regrette Fanny et Mary, qui vit avec Mrs Grant devenue veuve, cherche le mari idéal ; Edmund découvre enfin que Fanny est plus qu'une sœur pour lui et l'épouse, avec la bénédiction de son père, tandis que Susan prend sa place chez les Bertram.

1983 : David Giles. Série de la BBC. 4h21


1999 : Patricia Rozeman. Mansfield park. Avec : Hannah Taylor-Gordon (Fanny), Talya Gordon (Susan), Lindsay Duncan (Lady Bertram), Bruce Byron (le conducteur de chariot), James Purefoy (Tom Bertram), Sheila Gish (Mme Norris). 1h52.

2007 : Iain B. MacDonald. Mansfield park. Avec : Billie Piper (Fanny Price), Blake Ritson (Edmund Bertram), James D'Arcy (Tom Bertram), Michelle Ryan (Maria Bertram), Rory Kinnear (Mr Rushworth), Catherine Steadman (Julia Bertram), Hayley Atwell (Mary Crawford), Joseph Beattie (Henry Crawford), Joseph Morgan (William Price), Jemma Redgrave (Lady Bertram), Douglas Hodge (Sir Thomas Bertram), Maggie O'Neill (Mrs. Norris), Julia Joyce (Fanny enfant). 1h34.


Emma
1816

Emma Woodhouse vit avec son père veuf. Elle est d'une grande beauté et pleine d’assurance, et satisfaite de vivre en toute indépendance à Highbury, sans aucun souci financier et entourée d’amis fidèles. Le mariage de son ancienne gouvernante avec M. Weston la ramène à sa solitude et, pour se distraire, elle décide de s’occuper du mariage des autres. Elle est en effet persuadée d’avoir des talents d’entremetteuse.

Elle se consacre à sa nouvelle protégée, la très jolie Harriet Smith, qu’elle entend guider vers un mariage avec M. Elton, le vicaire de Highbury. Pour cela, elle doit tout d’abord détourner Harriet de son penchant pour Robert Martin, jeune fermier sans mérite aux yeux d’Emma. Les plans de la jeune fille semblent fonctionner.

M. Knightley, un ami de la famille qui connaît Emma depuis toujours, la met doucement en garde contre cette manie d’entremetteuse.

Mais Emma ne l’écoute pas, n’ayant de cesse de trouver un prétendant convenable pour Harriet.

Ses certitudes vont cependant vaciller lorsque les événements ou ses sentiments ne prendront pas le cours qu’elle avait imaginé ; Emma parviendra finalement à se remettre en question et à écouter les bons conseils de M. Knightley !

1972 : John Glenister. Série de la BBC. 4h17

1995 : Amy Heckerling, Clueless. Analogie : transpose le microcosme de Emma dans un lycée de Beverly Hills.

1996 : Douglas McGrath. Emma, l'entremetteuse. Avec : Gwyneth Paltrow (Emma Woodhouse), James Cosmo (M. Weston), Greta Scacchi (Mme Weston), Alan Cumming (Révérend Elton), Denys Hawthorne (M. Woodhouse), Sophie Thompson (Mlle Bates). 2h01.


1996 : Diarmuid Lawrence. Emma. Téléfilm ITV. Avec : Kate Beckinsale (Emma Woodhouse), Bernard Hepton (Mr Woodhouse), Mark Strong (Mr Knightley), Samantha Bond (Mrs Weston), James Hazeldine (Mr Weston), Dominic Rowan (Mr Elton) Samantha Morton (Harriet Smith), Prunella Scales (Miss Bates), Sylvia Barter (Mrs Bates). 1h47.

 


Northanger Abbey
1818

À 17 ans, après une enfance et une adolescence passée dans le presbytère de Fullerton à jouer au cricket avec ses nombreux frères ou à parcourir la campagne anglaise à cheval, la jeune et naïve Catherine Morland commence à s'intéresser à la toilette et prend conscience que son allure gauche et sa silhouette anguleuse ont fait place à une apparence nettement plus féminine et plus attrayante. C'est alors qu'elle est invitée par des voisins de ses parents, Mr. et Mrs. Allen, à séjourner avec eux pendant quelques semaines à Bath, ville thermale chic, très prisée de la bonne société anglaise.

Arrivée à Bath, Catherine fait la connaissance d'un jeune homme plein d'esprit, Henry Tilney, que lui présente Mr King, maître des cérémonies des Lower Rooms de Bath. Plus tard dans le roman, elle fera la connaissance d'Eleanor, jeune sœur d'Henry, belle et élégante jeune fille un peu réservée, mais très attachante.

C'est également aux Assembly Rooms qu'elle rencontre Isabella Thorpe, jeune fille charmante et avertie des choses du monde, ainsi que son frère John, fort imbu de sa personne, mais qui se révèle être un ami de James Morland, l'un des frères de Catherine. Outre ses vantardises, John Thorpe révèle bientôt une fâcheuse propension aux mensonges les plus éhontés, auxquels il recourt pour convaincre Catherine de l'accompagner dans son gig lors d'une excursion à Blaize Castle.

Après la piteuse conclusion de cette excursion avortée, Catherine répond avec empressement à la proposition d'Eleanor et d'Henry de se joindre à eux pour une promenade à pied à Beechen Cliff, la colline ombragée de verdure située juste au sud de Bath, de l'autre côté de l'Avon qu'elle surplombe. Là, une longue discussion littéraire et philosophique se déroule entre Henry, Eleanor et Catherine, à laquelle cette dernière prend le plus grand plaisir.

Catherine et Isabella, devenues très vite les meilleures amies du monde et unies par un intérêt commun pour le roman gothique, voient leur amitié se porter à son comble lorsque Isabella apprend à Catherine qu'elle et James se sont mutuellement déclaré leur flamme. John Thorpe en profite alors pour commenter l'événement à Catherine, en lui faisant remarquer que le mariage est décidément une bien belle chose

Tome II. À Bath toujours, Catherine Morland fait connaissance du frère aîné d'Henry Tilney, le capitaine Frederick Tilney, séduisant, mais sans les scrupules de son frère à l'égard des femmes. Aussi, lorsqu'il invite Isabella à danser, alors que James vient tout juste de partir demander le consentement de ses parents à son mariage avec Isabella, Catherine est-elle stupéfaite de voir son amie accepter, après s'être pourtant déclarée au désespoir du départ de son fiancé. Mais Catherine n'est pas au bout de ses surprises : Isabella l'entreprend, pour le compte de son frère John, très épris d'elle et auquel, selon ses dires, elle aurait donné des signes très nets d'encouragement.

Le père d'Henry et d'Eleanor, le général Tilney, qui se montre décidément très aimable avec elle, l'invite peu après à séjourner à Northanger Abbey, vieille demeure anglaise où Catherine trouve bientôt de quoi satisfaire son imagination débordante nourrie par des romans gothiques comme Les Mystères d'Udolphe, et attisée par les remarques narquoises d'Henry. Son intérêt se porte tout d'abord sur un vieux coffre imposant, à la serrure d'argent ternie par l'âge, qu'elle découvre dans un recoin de sa chambre. C'est ensuite un vieux cabinet laqué noir et jaune qui attire son attention ; dans ses tiroirs, elle finit par découvrir un vieux manuscrit qui, au matin, s'avère n'être qu'une ancienne note de blanchisserie. Peu après, lors d'une conversation avec Miss Tilney, Catherine entend pour la première fois parler de la mère d'Henry et Eleanor, morte alors que cette dernière n'avait que treize ans. Les circonstances de ce décès, survenu brutalement neuf ans auparavant sans qu'Eleanor puisse revenir assister aux derniers instants de sa mère, et la froideur à l'égard du souvenir de son épouse que Catherine a cru discerner derrière le visage affable que lui présente toujours le général, l'amènent aussitôt à imaginer qu'il a pu assassiner sa femme. Toute à son idée, la jeune fille s'en va en cachette explorer la chambre de Mrs Tilney, en quête de quelque indice, et manque d'y être surprise par Henry, qui, devinant les épouvantables soupçons qui l'ont menée là, la sermonne sur son imagination.

C'est pour Catherine une brutale prise de conscience : honteuse de ses excès, elle renonce à ses folles idées. Peu après, une lettre de son frère James lui apprend sa rupture d'avec Isabella, provoquée par la conduite légère de sa fiancée face aux avances du capitaine Tilney.

Cependant Catherine est enchantée par la visite à Woodston, du presbytère d'Henry, au charme si simple. Elle découvre toute l'hypocrisie d'Isabella, rejetée par le capitaine Tilney et qui cherche en elle un avocat pour plaider son retour en grâce auprès de James. Suit un séjour paisible à Northanger Abbey en la seule compagnie d'Eleanor, en l'absence du général ; mais un soir, à onze heures, après le souper, un carrosse arrive... Et c'est une Eleanor décomposée qui vient annoncer à Catherine que c'est le général qui vient de revenir et qu'il la chasse de l'abbaye, sans un mot d'explication, l'obligeant à rentrer à Fullerton en affrontant seule les difficultés d'un tel voyage.

Revenue sans encombre chez ses parents, Catherine se morfond en pensant à Henry et Eleanor, perdus pour elle. Après deux jours passés dans une morne apathie, comme elle demeure, indifférente à ce qui l'entoure, dans une torpeur dont rien ne peut la sortir, sa mère s'inquiète des moyens de dissiper cette morosité. C'est alors qu'arrive Henry Tilney, venu lui donner des explications sur le comportement de son père : John Thorpe, avec son habituelle mythomanie, avait initialement présenté Catherine comme une riche héritière, pouvant espérer dix ou quinze mille livres de ses parents, et le domaine de Fullerton, que lui lègueraient bien certainement les Allen. Lorsque ensuite, pour venger sa sœur et lui-même de leurs espérances matrimoniales déçues, il a expliqué au général qu'on l'avait trompé et que la situation de fortune de Catherine était plus que médiocre, ce dernier est entré dans une violente colère, chassant tout d'abord Catherine, puis ordonnant ensuite à son fils de l'oublier.

Mais tout se termine bien : Henry qui s'est révolté avec indignation contre la volonté de son père, est venu demander la main de Catherine. Et moins d'un an après, Eleanor obtient le consentement du général à son mariage et, du coup, à celui de Henry et Catherine, ce qu'il lui accorde lorsqu'il apprend que l'homme qu'elle aime vient d'hériter d'une fortune et d'un titre

 

1986 : Gilles Foster. Téléfilm BBC


2007 : Jon Jones, Northanger Abbey. Téléfilm ITV. Avec : Felicity Jones (Catherine Morland), J.J. Feild (Henry Tilney), Carey Mulligan (Isabella Thorpe), William Beck (John Thorpe), Hugh O'Conor (James Morland), Julia Dearden (Mrs. Morland), Catherine Walker (Eleanor Tilney), Liam Cunningham (Le général Tilney), Mark Dymond (Le capitaine Frederick Tilney), Sylvestra Le Touzel (Mrs Allen), Desmond Barrit (Mr Allen), Geraldine James (La voix de Jane Austen). 1h33.

 


Persuasion
1818

Anne Elliot est une beauté fanée et effacée de vingt-sept ans. Elle est la fille d'un baronnet veuf et prétentieux. Ayant trop dépensé, ce dernier doit louer sa propriété de Kellynch, et aller vivre à Bath. Le domaine est donc loué à l'amiral Croft et à sa femme. Pendant que Mr. Elliot et sa fille aînée Elizabeth partent pour Bath, Anne s'installe un temps chez sa sœur Mary, non loin de Kellynch.

C'est alors que réapparaît le Capitaine Wentworth, le frère de Mrs. Croft. Il fut fiancé à Anne des années auparavant. Lady Russell, la protectrice et amie intime d'Anne, lui avait déconseillé cette union, car elle estimait que le jeune homme, officier de marine pauvre mais ambitieux, n'était pas de même rang qu'elle. Elle l'avait ainsi persuadée de rompre ses fiançailles.

Mais désormais les choses ont changé, Frederick Wentworth est riche, et il cherche à se marier ... Son attention semble se porter vers les demoiselles Musgrove, les belles-sœurs de Mary, tandis qu'il feint d'ignorer Anne... Mais l'a-t-il vraiment oubliée ?

1971 : Howard Baker, Persuasion. téléfilm ITV. Avec : Anne Firbank (Anne Elliot), Bryan Marshall (Le capitaine Wentworth).
1995 : Roger Mitchell, Persuasion. Avec Amanda Root (Anne Elliot), Ciarán Hinds (Le capitaine Wentworth).
2007 : Adrian Shergold, Persuasion, téléfilm ITV. Avec : Sally Hawkins (Anne Elliot) Rupert Penry-Jones (Le capitaine Wentworth).

 

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