Principaux cinéastes : François Truffaut, Jean Eustache, Eric Rohmer, Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Pascal Bonitzer, Christophe Honoré, Wim Wenders, Jim Jarmusch, Hong Sang-soo.
peinture/cinéma : L'art in situ - la nouvelle vague : Daniel Buren - François Truffaut
La nouvelle vague et l'art in situ sont descendus dans la rue pour inventer une forme d'art à le fois plus ludique, plus jeune et plus optimiste. Ces deux mouvements cherchent à rénover le romantisme en liant passé et présent au sein d"histoires romanesques.

Nul ne conteste aujourd'hui l'importance historique, économique et même technique de la Nouvelle vague française (voir : Histoire de la Nouvelle Vague). Ce qui est remis en cause et régulièrement attaqué c'est son importance esthétique. Même Gilles Deleuze ne définit pas un concept propre pour la Nouvelle vague.

Méthode

Nous nous montrerons moins radical que le philosophe et suivrons pour définir l'esthétique de la nouvelle vague la méthode qu'il a employé pour renouveler le concept de néoréalisme : dépasser ce qui a pu réunir un temps historique donné des cinéastes très différents pour exclure du mouvement ceux qui s'en sont ensuite beaucoup éloigné. En revanche, nous agrégerons à ce mouvement ceux qui en ont retrouvé l'esprit beaucoup plus tard ou sous d'autres horizons.

Il nous apparaît aussi clairement que les originalités esthétiques de Jean-Luc Godard, Claude Chabrol et Jacques Rivette ne relèvent effectivement pas de la Nouvelle Vague mais, pour l'un, du cinéma de la pensée, pour l'autre du cinéma mental et pour le dernier de l'image cristal. En contrepartie, appartiennent pour nous à l'esthétique de la Nouvelle vague les cinéastes comme Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Christophe Honoré, Wim Wenders ou Jim Jarmusch et Hong-Sang-soo.

Définition

Historiquement, La Nouvelle vague s'est distinguée par une vitalité qui semblait pouvoir complètement renouveler le cinéma français avec la création d'œuvres fortes prenant le contre-pied des habitudes garantes d'un succès respectueux des traditions.

Esthétiquement on définira la nouvelle vague comme cherchant à inscrire le lyrisme dans les gestes du quotidien. Elle refuse l'esthétique autant que l'éthique fondée sur le rôle du destin avec des trajectoires narratives tragiques relevant du réalisme poétique, forme française de l'expressionnisme allemand. Elle se situe en phase avec son époque, ses réalisateurs, ses peintres et ses écrivains. Le refus du carcan de la narration va souvent de paire avec les moments de lyrisme. Le film interrompt ainsi parfois le cours de sa narration par des instants de bonheurs hors du temps et donc hors de la fiction (petits déjeuners, marches dans la rue) par des adresses au spectateur, des moments incongrus, des poussées de lyrisme musical ou pictural.

La nouvelle vague pourrait ainsi être le cinéma placé sous le signe d'une double composition entre un corps à prendre en compte et un esprit qui cherche sa voie dans le monde contemporain. A partir de cette position, deux voies plus radicales sont possibles. Il est ainsi des cinéastes qui choisissent de s'intéresser aux postures, au cinéma des corps alors que d'autres, suivant la voie d'Alain Resnais s'orienteront vers un cinéma du cerveau.

La nouvelle vague et les acteurs

La double composition entre le corps et l'esprit pour la Nouvelle vague agit aussi sous la forme d'une nouvelle relation entre le metteur en scène et l'acteur. Le premier crée un dispositif où le corps de l'acteur exprime un sens qui lui est propre définissant ainsi un personnage avec lequel le metteur en scène est amené à composer.

L'acteur dans la nouvelle vague est aussi important que pour le Néoréalisme ou l'actor studio. Il n'est plus un instrument mais doit donner de lui-même, participer à la mise en scène. La nouvelle vague partage aussi avec le néoréalisme, le refus du carcan du scénario dirigé vers une morale compréhensible par tous et en même temps. Mais contrairement au néoréalisme, elle ne rompt pas avec le cinéma classique en proposant des situations optiques ou sonores pures.

Cette façon de promouvoir des héros positifs, jeunes souvent, cherchant à découvrir leur personnalité au sein d'un monde difficile mais qui vaut la peine d'être vécu provient pour l'essentiel de modèles américains. Si le romanesque est une composante essentielle de la Nouvelle vague, il n'est cependant composé que de rares moments de lyrisme car l'inquiétude y est aussi très présente.

Emblématiques de cette position François Truffaut et Eric Rohmer. Chacun des films de Truffaut est le lieu d'une double lecture et projette simultanément deux histoires : l'une, réaliste, obéissant aux règles logiques d'un enchaînement narratif classique (histoire d'amour, chronique d'enfance ou intrigue policière) ; l'autre, fantasmatique, projection d'un vécu personnel où le fils tente de comprendre son rapport avec sa mère.

Les personnages de Rohmer confrontent leur discours (qui construit un dispositif piège) à la réalité de la confrontation avec le corps de l'autre, têtu et moins malléable que le voudrait le personnage central. L'être humain n'est pas une caméra. Il ne voit le monde que reflété par sa conscience, déformé par sa subjectivité.

Autour de François Truffaut et Eric Rohmer, figures tutélaires de la Nouvelle vague, figurent aussi Jean Eustache et plus tard Arnaud Desplechin, Wim Wenders ou Jim Jarmusch. Ils exploreront aussi des dispositifs de mise en scène tout en dialoguant toujours avec leurs acteurs lorsque ceux-ci se heurtent aux contraintes du système qu'ils imposent.