Editeur : Pyramide video. Juin 2008. DVD 1 : Crime et châtiment , Calamari Union . DVD 2 : Ombres au paradis, Hamlet gets business (1h26), Rich little bitch (0h04). DVD 3 : Ariel , La fille aux allumettes . DVD 4 : Leningrad Cowboys go America (1h18), Rocky VI (0h08), Thru the wire (0h05), L. A. Woman (0h05). Those were the days (0h05), These boots (0h05). DVD 5 : Les Leningrad Cowboys rencontrent Moïse , Total Balalaika Show. DVD 6 : J'ai engagé un tueur , Bico. DVD 7 : La vie de bohème, Tiens ton foulard, Tatiana. DVD 8 : Au loin s'en vont les nuages . DVD 9 : Juha. DVD 10 : L'homme sans passé DVD 11 : Les lumières du faubourg , La fonderie.

 

Suppléments :

  • DVD 8 : Le tango venu du froid, de Gilles Charmant et Benoît Finck. Séquence comentée par Philippe Azoury.
  • DVD 9 : Aki Kaurismäki, du Guy Girard pour la collection Cinéma de notre temps. Séquence comentée par Philippe Azoury.
  • DVD 10 : Extraits de la conférence de presse du festival de Cannes 2002. Séquence comentée par Philippe Azoury
Tout Kaurismäki : du naturalisme de Crime et châtiment au surréalisme des Lumières du faubourg

 

Le coffret contient presque toute la production, y compris les courts-métrages, de Aki Kaurismäki. Ne manquent en effet que deux oeuvres très mineures : Le syndrome du lac Saimaa (1981), le premier film réalisé avec son frère Mika et Les mains sales (1989), l'adaptation de la pièce de Sartre pour la télévision.

Le coffret comporte aussi deux documentaires et trois analyses de séquence ce qui constitue un bel exploit sachant l'aversion de Kaurismäki pour les bonus :

"L’idée d’un acteur analysant dans un bonus le sandwich qu’il a avalé entre les scènes ne me paraît pas très poétique". (Propos recueillis par Jean-Michel Frodon pour Les Cahiers du Cinéma, 2006) ou "Après une réflexion longue et douloureuse, je dois te dire non pour les bonus. Pas de bonus, à l’exception de photos et de chapitres si tu veux ! Personne ne va refuser d’acheter le DVD à cause de l’absence de bonus. Et pour moi, rester laconique est essentiel. (A Fabienne Vonier lors de l’édition en DVD des Lumières du Faubourg, 2007).

 

Dans ses meilleurs films, Aki Kaurismäki rejoint le naturalisme selon la conception deleuzienne qui en fait une forme de surréalisme. C'est ainsi le cas dans la trilogie ouvrière, Ombres au paradis (1986), Ariel (1988) et La fille aux allumettes (1990) ou de la trilogie des marginaux, Au loin s'en vont les nuages (1996), L'homme sans passé (2002),Les lumières du faubourg (2006). Le monde originaire ne manque pas de happer les personnages en quête d'un quotidien social normal. La réalité sociale tranquille, celle du travail, est refusée à la plupart des héros de Kaurismäki. Le monde originaire auquel ils retournent apparaît sous la forme des ordures que doit ramasser le héros éboueur de Ombres au paradis (1986) ou des usines de découpe de viande dans Crime et Chatiment (1983) et Ariel (1988), ou encore des ruines du cabaret dévasté de J'ai engagé un tueur (1990).

Cette misère éternelle apparaît aussi au détour des chansons tristes de bien des films : Damia dans La vie de Bohème, Serge Reggiani dans J'ai engagé un tueur et les trois chansons de bal de la trilogie ouvrière. ("Au-delà de l'arc-en-ciel, il est un pays de rêve, je me souviens de la chanson du pays de conte de fées.." dans Ariel, "De l'autre coté de la haute mer, il existe un pays où des vaques clapotent sur les rives du bonheur..." dans La fille aux allumettes).

Sauvent de la déchéance qui guette, l'amitié (celle du peintre, de l'écrivain et du musicien de La vie de Bohème), la maladresse (le clou dans J'ai engagé un tueur) et le hasard (la grève du gaz) dans ce même film.

Le burlesque de Kaurismäki tient au fait que le pire n'est jamais sur (le départ de la mine dans Ariel vaut mieux que le garage qui s 'écroule, le toit ouvrant dont le mécanisme ne se découvre qu'à la fin) mais que rien n'est jamais gagné (l'unique annonce de l'agence pour l'emploi). L'alcool joue aussi souvent ce rôle alternativement salvateur ou destructeur.

Si le quotidien échappe aux personanges, il en est de même de la réalité géopolitique mondiale. La répression sur la place Tien Anh Men, l'explosion de gaz en URSS et ses 700 victimes, la mort de l'ayatollah Komeny en Iran, autant de nouvelles télévisées reçues avec indifférence par La fille aux allumettes. L'industrie mondialisée n'apparait que sous une forme symbolique... celle des canards en plastique dans Hamlet gets business.

La vieille Europe, la froide Grande-Bretagne ou une France abstraite, où il réalise respectivement J'ai engagé un tueur (1990) et La vie de Bohème (1992) inspirent mois Kaurismäki que le Mexique lieu de destination de Ariel et des Leningrad Cow-boys go America .

Kaurismäki ne s'attarde pas sur des dialogues qui expliciteraient la psychologie de personnages toujours pris dans des situations incertaines et qui accueillent avec philosophie les coups du destin. Peu d'effets de mise en scène appuyés (si ce n'est des zooms avant vers ou à partir d'un visage, des gros plans d'objets (tour Effel, horloge, bouilloire puis corde et clou de pendaison) comme autant d'accessoires capables de changer le cours des choses. D'où cette tendance au laconisme. Il faut attendre sept minutes pour entendre une première phrase dans J'ai engagé un tueur : ce sera "la direction veut vous voir", vingt minutes pour entendre le "putain" adressé par le père dans La fille aux allumettes et bien sur l'absence totale de paroles dans Juha.

J.-L. L. le 10/09/2008

 

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