L'histoire
commence par l'image du cadavre de Joe Gillis flottant dans une piscine, et
c'est Joe Gillis lui-même qui entreprend de raconter comment il en est
arrivé là.
Petit scénariste sans grand avenir, poursuivi par ses créanciers, il se réfugie dans l'immense demeure à l'abandon de l'ancienne star du muet Norma Desmond, qui y vit seule avec son majordome et chauffeur Max (qui n'est autre que son premier mari). Norma veut faire du cinéma. Joe l'aide à mettre au point le scénario qu'elle a écrit pour son "come-back". Il devient son amant.
Norma
propose son scénario au metteur en scène de sa grande époque
Cecil B. De Mille, qui ne peut l'accepter malgré son amitié
pour elle. Joe qui a surtout essayé de se servir des relations de Norma
cherche à rompre avec elle pour retrouver sa dignité et l'amour
de Betty.
Norma le tue par jalousie et sombre dans la folie. Quand la police vient l'arrêter, elle joue pour les actualités une scène qu'elle croit être celle du film qu'elle voulait tourner.
Connu
pour la célèbre scène d'ouverture où un reporter
prétend nous raconter comment on en est arrivé à ce cadavre
flottant dans la piscine, meurtre dans lequel est impliquée une grande
star du muet.
Du visage déformé par la contre-plongée pris du fonds de la piscine sur le reporter, on passe à Joe Gillis narrant au présent son aventure. Ce n'est qu'à la fin, lorsque Gillis est abattu par Norma, que l'on a la certitude que Gillis et le mort ne font qu'une seule et même personne.
Durant le temps de la projection nous avons été vampirisés par l'histoire et ce n'est qu'à la fin de la projection que nous pouvons comprendre le réel. Cette implication du spectateur dans les rets du cinéma participe à la fable morale que nous compte Wilder sur la vampirisation par Hollywood de quiconque s'approche d'elle.
La première victime c'est bien sur Norma Desmond qui "mordue "par Hollywood ne peut décrocher de ses rêves et s'entête à cinquante ans à vouloir jouer comme à dix-neuf. Gloria Swenson qui interprète le rôle de Norma Desmond se projette Queen Kellly où elle jouait sous la direction de Eric von Stroheim. Celui-ci, dont ce film fut arrêté aini que sa carrière par l'arrivée du cinéma parlant, interprète von Mayerling, seconde victime, mari déchu qui communique avec elle dans le culte du cinéma muet.
Lors de son passage au studio de Cecil B. De Mille, Norma Desmond s'installe sur le siège du réalisateur et chasse de sa main un micro qui s'approchait trop près. Un éclairagiste qui la reconnaît braque alors un projecteur sur elle et tous la reconnaissant viennent la féliciter lui donnant ainsi l'impression de retrouver la gloire passée.
Wilder étend le pouvoir vampirique du cinéma aux temps présents en se moquant de De Mille qui est censé prouver à Norma que les temps ont changé et que l'on ne tourne plus de la même façon aujourd'hui alors qu'il est justement en train de faire un remake d'un ancien film muet toujours pareillement droit dans ses bottes de cuir emblème éternel du cinéaste.
Betty elle-même est vampirisée par le cinéma étant de la troisième génération, petite fille de la doublure d'une star du muet, parents éclairagistes et elle-même vedette ratée (malgré un nez refait) et adaptatrice de scénario.
Quatrième victime enfin Gillis. Lorsqu'il arrive dans la demeure de Norma, celle-ci est désertée évoquant le Xanadu de Citizen Kane ou une demeure fantastique balayée par les feuilles mortes et avec des rats dans la piscine à sec. Sa présence redonne de la vie à la demeure mais il en mourra.
Cinéma de la cruauté, réquisitoire implacable d'un Hollywood vampire où le visage de Norma, prête à toutes les tortures pour tourner à nouveau, se décompose en même temps que son esprit.
J.-L. L. le 29/06/2007 (après présentation du film par Youri Deschamps au cinéma Lux)
